Cusk est la bonne surprise de cette fin d’été. Un groupe que les anglais ont jusqu'à maintenant gardé pour eux à l’exception d’un passage au festival Momo de Rotterdam et d’une apparition sur notre playlist Sound of July.
L’aventure d’Esmé Creed-Miles et Evie Hilyer-Ziegler a commencé sur les deux scènes les plus pointues de Londres. Elles se sont rencontrées au Moth Club pendant une session d’improvisation. Le courant passe si bien qu’elles se mettent sérieusement à composer puis donnent leur premier concert au Windmill. L’histoire se poursuit en ouvrant pour des pointures du "post-punk" : premières parties pour DIIV et Geordie Greep, ex-leader de black midi, avant de prendre la route avec The Murder Capital. Pour couronner le tout, elles signent sur The Bird Records, le label co-fondé par Charlie Wayne, batteur de Black Country, New Road, et Mita De qui a travaillé avec eux chez Ninja Tune.
Ce qui frappe dans ce parcours météorique, c’est que le buzz et le soutien ne sont pas venus des médias, mais d’autres musiciens qui ont tout de suite perçu l’amour que porte le duo pour la musique. On l’entend jusqu’au soin apporté à la production, réalisée par Esmé Creed-Miles et Jorge Elbrecht. Alors, à quoi ça ressemble Cusk ?
Les chansons sont personnelles comme de la folk, la voix couvre un large registre d’expressions, le son est rugueux comme du rock à guitares, et il y a une forte influence américaine, entre King Hannah, le plus americana des groupes anglais, et Sonic Youth, pour la peine les plus New-Yorkais des New-Yorkais. Le côté lyrique et à vif rappelle également PJ Harvey. La guitare lead est remplacée par un violon grinçant et le reste des instruments est essentiellement acoustique (guitare, piano, violon, batterie), mais la brutalité du son donne une intensité électrique malgré la quasi absence de distorsion, sauf sur Don't change I love you avec une guitare déjantée qui montre aussi l’étendue du talent du groupe.
Les paroles, quant à elles, sont poétiques, barrées et directes comme un film underground : Blu Tac Piano commence par "Pay me in art I said / So I don’t forget you / You are so far away / And I feel tired I feel concave". Plus tard, ça devient "Pay me in art I said / Cause you can’t pay me in sex". Le sens de la narration est privilégié à une construction classique des morceaux en couplets et refrains, renforçant le sentiment d’intimité.
La force d’un duo qui compose est d’avoir à la fois un large espace d’expression individuel et la puissance de plusieurs cerveaux. D’autant que les deux protagonistes sont chacune multi-instrumentistes, voire un peu touche-à-tout puique Esmé Creed-Miles est également actrice (ndlr : dans la série Hannah ou The Chronology Of Water de Kristen Stewart) et a réalisé le vidéo clip de Goodgirl pour Jockstrap, et que Evie Hilyer-Ziegler a d’autres projets qui touchent au classique, au jazz ou aux musiques contemporaines.
Les deux protagonistes de ce duo ont tellement de possibilités qu’on espère qu’elles trouveront le temps et l’énergie de développer Cusk, la collision de deux univers complémentaires qui en fait un projet passionnant.
tracklisting
01. Blu tac piano
02. Did it make you cry
03. Beauty queen
04. Don't change I love you
05. Dooms banjo
titres conseillés
Did it make you cry - Don't change I love you - Dooms banjo