Vendredi soir, tu sors avec tes besties. Tu passes un super moment jusqu'à ce que ton ex débarque au bras de quelqu'un d'autre. Tu détestes comment tu es sapée et te sens mal, mais au lieu de rentrer gentiment chez toi, tu écoutes le petit sheitan dans ta tête et tu te mets à boire comme un trou. Finalement, tu rentres seule au petite matin, pleine de mélancolie, de chaos et de colère. C'est l'histoire que raconte Maybe Not Tonight, le nouvel album de Lime Garden. Une virée nocturne entre filles, du début à la fin, de l'euphorie initiale à l'inévitable gueule de bois. Un disque à consommer sans aucune modération.
Revenons quelques vendredis en arrière. En novembre 2021 nous découvrions sur la scène du Supersonic le quatuor de Brighton composé de Chloe Howard (chant, guitare), Leila Deeley (guitare), Annabel Whittle (batterie) et Tippi Morgan (basse), programmé aux côtés de Wet Leg, NewDad et Yard Act (oui je sais, il fallait en être). Puis, en 2024, elles sortaient One More Thing, premier album parsemé de quelques singles fringants mais encore trop brouillon pour les distinguer du tout-venant de l'indie-pop-rock anglaise. En ce vendredi 10 avril 2026, ces quatre filles dans le vent retournent la table avec leur second album en dix titres et vingt-neuf minutes de wonk pop extatique et jubilatoire.
La première partie de soirée sera pop, festive et grisante. Cette impeccable face A démarre en fanfare avec 23 et sa basse groovy qui colle au cœur et au corps. Lime Garden y chantent avec malice les désillusions d'une hype précoce. « At 17 I had the world in my hands and at 23 I just lost it », une confession douce-amère sur la vitesse à laquelle l'industrie adore puis oublie ses nouveaux groupes. S'ensuivent quatre titres uptempo à la production inventive et ludique distillant de sympathiques effets électroniques. Cross My Heart invoque l'énergie baggy de Madchester et Downtown Lover celle des meilleurs titres de Wet Leg tandis que Maybe Not Tonight nous fait chavirer avec ses guitares tranchantes et son refrain dévastateur.
On attaque la face B. Plus rock, plus sombre et peut-être plus inégale. Comme souvent dans nos soirées, le coup de mou arrive sans crier gare. Si Body parle des complexes et Lifestyle de la jalousie digitale, ils le font de manière un peu convenue, tant sur le fond que la forme. Mais un Ricard et ça repart ! Undressed reprend l'électro-pop par les cornes avec ses synthétiseurs bien barrés et ses guitares à la Elastica avant un atterrissage en douceur. Always Talking About You nous fait penser à un English Teacher lubrique (« And I wanna fuck and I wanna make those business men hard ») avant que Do You Know What I'm Thinking ne clôture cette soirée avec sa mélancolie et ses éclats de guitares saturées.
Produit par Charlie Andrew (Wolf Alice, alt-J) et Annabel Whittle, Maybe Not Tonight parcourt les plaisirs et dangers de la fête avec une nonchalance angélique et une précision diabolique. Qu'on se le dise, l'envol de Lime Garden, c'est définitivement pour ce soir.