Chronique Album
Date de sortie : 22.05.2026
Label : Transgressive Records
Publié par
Emmanuel Stranadica, le 18 mai 2026
Alors que nous restons dans l'expectative du dixième album studio de Radiohead, ses membres continuent de s'activer en solo. Après Thom Yorke et ses différents projets parallèles, Philip Selway ou encore les nombreuses BO publiées par Jonny Greenwood, c'est au tour d'Ed O'Brien de revenir sur le devant de la scène. Six ans après un premier disque paru sous l'appellation EOB pendant la pandémie, le voici avec Blue Morpho, un disque qu'on pourrait qualifier d'inespéré, tant le guitariste de Radiohead a connu une période compliquée dans son existence ces dernières années.
A l'aide notamment de la méditation et de méthodes de respirations, ainsi qu'en n'abandonnant jamais les idées musicales qu'il avait en lui, Ed O'Brien a tout de même réussi à traverser ces longs moments tumultueux. Les années furent longues mais elles lui ont permis d'accoucher des sept compositions que l'on trouve dans Blue Morpho. Ce titre qui donne son nom à l'album est une merveille de six minutes où élégance et majestuosité sont de mise. Derrière les cordes et la sublime acoustique de la guitare, on croit par moments percevoir des vocalises perdues de Thom Yorke, alors qu'il n'en est rien. Avec celle-ci, Ed O'Brien nous entraîne dans un rêve musical splendide. Incantations qui ouvre le disque porte bien son nom. La chanson de près de huit minutes s'apparente à une transe chamanique avec ses boucles musicales répétitives qui lui profère une apparence de tourbillon sonore dont on ne peut sortir indemne. Cet esprit musical ne peut encore une fois nous empêcher de penser aux fantômes de Radiohead rôdant dans cette folle odyssée.
On se souvient que Earth, l'album d'EOB, était un disque aux sonorités world. Ed O'Brien et sa famille ont vécu au Brésil pendant plusieurs années, ce qui n'est forcément pas étranger à ce premier accouchement musical. Pour ce nouvel disque, on ne retrouve pas cette même ambiance, à l'exception peut-être de Obrigado, conclusion du disque. C'est d'ailleurs le rare moment qui nous a le moins séduit tout au long des trente-huit minutes de l'album. On lui préfère ces moments d'intimité tels que Sweet pot, où l'on retrouve un certain parfum du Radiohead des années 90, avant que leur musique ne prenne une tout autre direction. Ed O'Brien s'amuse aussi à jouer avec des espaces plus ambient le temps de petits moments tels que Solfeggio ou Thin Places qui n'atteignent ni l'un ni l'autre les trois minutes. Teachers est pour sa part davantage groovy avec ce sacré son de basse sur un rythme entrainant et hypnotisant. On l'appréciera d'autant plus qu'on ne s'attendait pas à ce moment du disque de se retrouver dans une telle atmosphère.
Dix après la sortie de A Moon Shaped Pool, nous ne savons toujours pas si un nouveau disque de Radiohead verra le jour. Thom Yorke sortira probablement un nouveau disque en solo dans les prochains mois, mais pendant ce temps Ed O'Brien fait mieux que nous faire patienter avec cet album. Il se révèle en effet comme un songwriter de très grand talent et Blue Morpho va inévitablement lui permettre de révéler au grand jour la qualité de ses compositions ainsi que l'inévitable influence qu'il doit exercer sur la musique de son groupe. Ce disque occupera assurément l'été qui arrive et nous fera patienter avant son passage à la Salle Pleyel à Paris le 8 octobre prochain.