Alors que Radiohead ont annoncé une série de 21 concerts en Australie et au Japon pour 2027, Ed O'Brien s'élance, en ce mois d'octobre, dans une tournée qui passe par la Salle Pleyel, à Paris, pour défendre sur scène son deuxième album, paru en mai et intitulé Blue Morpho. Pas facile de se promouvoir quand on évolue dans l'ombre d'un Thom Yorke, on le comprend. Cependant, après un premier essai, EOB, paru en 2020, l'Anglais nous a séduits avec ce second disque, atmosphérique et porteur d'une symbolique de transformation, de renaissance et de lumière intérieure, à l'image du papillon du même nom qui figure sur la pochette.
En arrivant à la Salle Pleyel, on ne sait pas qui allait assurer la première partie du guitariste de Radiohead. Un rapide passage devant le stand de merchandising, assez minimaliste, nous permet de comprendre qu'il s'agira de Eska, choriste présente sur l'album de l'anglais, qui va ouvrir le concert. Accompagnée de Dave Okumu, ex-The Invisible, et de trois autres musiciens, la Zimbabwéenne exilée à Londres enchaîne des morceaux teintés de neo-soul, de soul et d'afrobeat, le temps de trois titres qui dureront finalement trente-cinq minutes en raison des enchaînements entre les morceaux interprétés. Pas certain que les spectateurs présents s'attendaient à cela, mais les applaudissements sont néanmoins nombreux à la sortie de scène de la chanteuse et de ses musiciens.
Si la Salle Pleyel n'est pas comble ce soir, elle reste toutefois bien remplie pour l'occasion. Après vingt minutes d'entracte, la lumière s'éteint à nouveau pour laisser apparaître sur scène Eska et un musicien installé derrière les claviers. Entre bidouillages et vocalises, Thin Places ouvre le concert de Ed O'Brien, avant que celui-ci ne fasse enfin son entrée, dans une lumière bleue nuit. Le géant reçoit un bel accueil de son public, et l'interprétation dépouillée et touchante de Incantations donne le véritable coup d'envoi du concert. S'il n'a pas eu recourt pas d'emblée pour cette chanson à son instrument de prédilection, l'anglais s'empare cette fois de sa guitare pour une version groovy et plaisante de Teachers. Les musiciens qui l'entourent sont ceux-là mêmes qui officiaient lors de la première partie. Souriant et charmeur avec son audience, l'Anglais s'exprime en français : « Bonsoir Paris. Merci. C'est jeudi, c'est le week-end, on y va ! », lance-t-il avant d'interpréter Single File, un titre qui n'a pas été retenu pour Blue Morpho. Le final de cet inédit est rock'n'roll et assez déstabilisant, car on n'entendra que peu ce son au cours de la soirée.
En effet, ce sont plutôt des compositions atmosphériques, parfois délicates et envoûtantes, qui vont résonner dans la salle parisienne. Axant la première partie de son concert sur des chansons tirées de son dernier album, Ed O'Brien va ensuite panacher sa setlist avec des titres issus de EOB. Avant d'entamerSail On, il explique avoir été un peu malade dans la matinée, mais que l'esprit de résistance qu'il a observé devant un lycée dans la journée lui a redonné de l'énergie. Pour Cloak Of The Night, il s'aide d'une guitare acoustique pour un moment intimiste, véritable interlude avant une nouvelle interprétation de Incantations, qu'il dédie à Adam, venu de l'Indiana pour assister au concert, cette fois avec l'ensemble du groupe, un peu comme un second chapitre pour cette chanson. Cet acte sera tourbillonnant, notamment lorsque Ed et Dave jouent de la guitare face à face. Puis vient le temps d'une courte pause : le guitariste de Radiohead nous avoue alors qu'il fait partie d'un groupe depuis de nombreuses années, mais qu'il n'est pas habitué à être sur le devant de la scène. Il vient s'asseoir au bord de celle-ci le temps d'un Deep Days apaisant. Puis retour à sur scène et place au doublé final : Brasil, mélancolique dans un premier temps, avant de faire ensuite danser la Salle Pleyel comme sur une plage de Rio, suivi d'un Obrigado follement élégant en guise de conclusion.
Mission accomplie pour Ed O'Brien et ses musiciens qui ont enchanté la salle Pleyel pendant 1h35. Souriant et heureux d'être là, l'Anglais a su tenir son rang avec un groupe impeccablement à la hauteur de l'événement. Peut-être reverrons nous Ed et ses quatre compères habituels en France un jour. En attendant, on pourra toujours se replonger dans Blue Morpho et la discographie du groupe d'Oxford.