Tanzana. Un nom exotique pour un groupe venu de Glasgow, formé de Freya Talbot au chant, Lily Findlay et Sarah Dunn aux guitares, Katie Hare à la basse et Karolina Skinderskyte à la batterie. Retour, à l’occasion de la sortie ce vendredi 9 octobre de leur premier EP Etched In, sur notre rencontre avec le quintet lors de leur passage au Great Escape à Brighton en mai dernier.
J'ai lu que vous aviez monté le groupe pour une « bataille de groupes » au lycée. A quel moment avez-vous réalisé que ça allait devenir quelque chose de sérieux ?
Katie : Après avoir joué à la compétition, comme on l'a en quelque sorte gagnée, on s'est dit qu'il fallait faire ça bien et pour de vrai, non ?
Lily : On ne s'attendait pas à gagner, mais après ça on s'est dit que peut-être les gens voyaient quelque chose en nous. On avait très peu répété ensemble avant, mais en continuant on s'est vite rendues compte qu'on fonctionnait vraiment trop bien, notamment quand on a commencé à écrire nos propres chansons. Pendant quelques temps on a fait que des reprises, et quand on a vu comment on arrivait à écrire ensemble, on s'est dit que ça pouvait le faire.
Freya : Tout s'est mis ensemble parfaitement sans qu'on ait jamais eu à faire un effort, ou pousser, motiver quelqu'un. On a toujours été sur la même longueur d'onde, faites l'une pour l'autre.
C'était comme les projets de groupe en classe, le prof vous a regardé et il a dit « là vous cinq, faites un groupe ! » ?
Lily : On ne faisait même pas toute de la musique au lycée. On avait toutes joué d'un instrument avant, mais moi et Sarah on avait pas pris les cours de musique avant notre dernière année, alors que vous ça faisait déjà deux ans je crois.
Karolina : Notre professeur est venu nous voir, Freya et moi ou Katie et moi, et était là à dire « il y a cette bataille de groupes, et vous allez la faire ». On a un peu été forcées de monter un groupe, mais pas d'une mauvaise manière, on était pour, on était super excitées.
Katie : J'étais super nerveuse et je n'étais pas sûre de le faire au final, parce que vous aviez déjà répété ensemble mais j'avais dit non parce que j'étais trop stressée. Donc pour moi je n'allais pas le faire, et un des professeurs est venu me voir et m'a dit « tu peux le faire, tu vas le faire ». Et finalement je suis là !
Et vous pensez que tout ça aurait été possible ailleurs qu'à Glasgow ?
Lily : C'est vrai qu'il y a une très bonne scène musicale à Glasgow, où tout le monde s'entraide, où tout le monde est ami. A Edimbourg il y a aussi beaucoup de très bons groupes mais je ne sais pas s'ils ont ce même esprit de scène locale. On a eu de la chance de grandir à Glasgow mais je sais qu'il y a plein d'autres villes qui sont super pour ça. En tout cas Glasgow nous a aidé à gagner en confiance, en voyant tous les gens autour de nous devenir de plus en plus enthousiastes. Ça donne le sentiment d'être à la bonne place.
Karolina : Dans une autre ville, dans un autre pays, on aurait aussi monté un groupe. Mais pas sûr qu'on aurait réussi à se développer autant.
Freya : On a beaucoup progressé en jouant dans nos chambres, donc j'imagine qu'on aurait réussi à faire ça n'importe où !
Karolina : A Glasgow, les gens sont très amicaux, encore plus au sein d'un même domaine. Nous, par exemple, tout le monde est très gentil et nous encourage constamment à continuer.
Lily : Les gens veulent juste faire partie du projet, et aiment nous aider pour à peu près n'importe quoi. Tout le monde comprend à quel point cette vie peut coûter cher, tous les problèmes d'organisation que ça pose. Être aidées de ce point de vue là, ça nous sauve.
Je suis allé à Glasgow en décembre l'année dernière, je comprends maintenant pourquoi les gens là-bas s'entraident ! (rires)
Karolina : Décembre, ce n'est peut-être pas le meilleur moment oui !
C'était pour le dernier concert de Porridge Radio, toute une aventure...
Lily : Qu'est-ce que t'as pensé de Glasgow alors ?
Le street art est magnifique. Comme le quartier de l'université, très Poudlard. Le reste de la ville... On dira que c'est industriel !
Karolina : On aime bien comparer cette ville à Gotham City parfois.
Lily : Il y a des jolis parcs et de super restaurants à Glasgow, mais oui tous les quartiers ne sont pas forcément beaux à voir.
Je suis allé à Edimbourg juste avant, et je dirais quand même que Glasgow est une ville plus active, là où Edimbourg c'est beaucoup de touristes...
Lily : Oui, Edimbourg, si tu vas dans les magasins, la moitié sont des magasins à touristes, et la moitié des gens dans la rue sont des touristes. J'aime beaucoup y aller, c'est vraiment très beau, mais je dirais que Glasgow a plus de personnalité.
En parlant de scène écossaise, vous avez des influences qui viennent de là ou de la scène UK en général ?
Karolina : En influences on cite toujours Massive Attack. Nous avons toutes des goûts musicaux similaires, mais on a chacune notre sous-genre préféré, notre petite niche personnelle. Mais Massive Attack est probablement la référence qu'on partage le plus, on aime beaucoup le trip-hop et tout ce qui a cette vibe étrange, spatiale, parfois avec un aspect lourd et étouffant.
Freya : J'aime beaucoup Björk. Elle peut avoir l'air fofolle, et en même temps c'est hyper émotif, très organique comme manière de chanter.
Lily : Radiohead est aussi une grosse influence, comme Big Thief. Influence plus pour les parties de guitare, pour moi et Sarah.
Karolina : Les Cocteau Twins peuvent aussi être une inspiration pour nous, dans une forme de dream pop, dans des parties plus vaporeuses.
Katie : Et ils sont écossais !
Comme vous êtes très jeunes, comment vous avez découvert tous ces groupes qui ne sont finalement pas si jeunes ?
Freya : Via mon père, pour beaucoup.
Lily : J'ai découvert beaucoup d'artistes grâce à vous, les filles. J'ai toujours beaucoup écouté de musique mais j'étais plus dans des très vieux trucs ou du hip-hop. Et les filles m'ont fait découvrir des choses plus modernes et toute une partie de l'alternatif des années 90.
Karolina : Notre amitié a commencé parce qu'on aime toutes beaucoup la musique, donc on s'est souvent retrouvées à écouter de la musique ensemble, à partager nos goûts. On a créé un goût musical de ruche, un esprit commun.
Lily : Oui, on faisait ça bien avant l'idée du groupe. On pourrait dire que ça nous a aidé à être sur la même longueur d'onde quand on a commencé Tanzana.
OK, donc je peux écrire que les jeunes découvrent encore des choses hors de TikTok ?
Karolina : J'ai eu une phase plus jeune où j'écoutais de la musique TikTok absolument tout le temps. Et puis il y a eu des chansons où je me suis dit « oh j'aime bien, si j'allais voir plus de ce que fait cet artiste ».
Lily : Oui il y a de très bons artistes sur TikTok. Mais je dirais que les meilleurs ont réussi à percer en dehors maintenant.
Karolina : Parfois on regardait des groupes jouer sur Youtube aussi, et ça nous est arrivé de tomber sur des super trucs !
Et quand est-ce que vous avez commencé à écrire votre propre musique ?
Katie : Je me souviens d'un concert en juin 2023 où on ne jouait encore que des reprises, donc je crois qu'on a vraiment commencé à écrire vers fin 2023, quelque chose comme ça.
Karolina : Dès le début de Tanzana, on avait un peu essayé de composer, mais sans trop réussir à savoir où aller, comment faire. Après avoir joué quelques mois ensemble, on était plus à l'aise de jouer en groupe et donc plus à l'aise pour composer de la musique ensemble.
Freya : C'est très intime d'écrire une chanson. Evidemment, on se connaissait depuis longtemps, mais ça n'empêche pas de se sentir vulnérable, assis dans une pièce en attendant que ça vienne. Mais plus on le fait et plus on gagne en confiance, plus on renforce notre connexion et notre confiance les unes envers les autres.
Je comprends. Ecrire sur sa vie à côté de ses amies, et puis quelqu'un écoute les paroles et se dit « eh mais ça parle de quand j'ai pris le dernier cookie dans la boîte non !? »...
Karolina : Ça ferait sans doute une super chanson ! (rires)
J'ai vu que vous étiez à la fois chez Hideous Mink Records et SO Recordings. Qu'est-ce que ça fait d'avoir deux labels ?
Lily : Je ne saurais pas dire, techniquement on n'a jamais eu un seul label ! Mais c'est une aide incroyable, tout est tellement cher pour un groupe, ça nous donne vraiment la liberté d'enregistrer sans s'inquiéter de savoir si on a assez d'argent de côté pour le faire. Ils sont aussi de très bon conseil, ils nous aident pour toute la gestion de communication, d'organisation. Ils sont là pour qu'on se concentre au maximum sur la musique. Jed de Hideous Mink Records, qui est aussi le saxophoniste d'Opus Kink, nous aide tellement pour ça, c'est génial.
Comment c'était votre première fois en studio ?
Freya : C'était fun. Je mourrais de mes allergies au pollen, ce qui est moins cool, mais la partie studio était géniale.
Karolina : On adore enregistrer, c'est une super expérience. Tu peux regarder toute ta chanson avec une perspective différente, choisir d'ajouter ci ou ça, des effets, des voix.
Lily : Juste le fait d'entendre ce que t'as créé, c'est génial. Et surtout d'entendre toute la chanson clairement, et pas seulement de ton point de vue, parce qu'en live tu n'entends que ce qu'il te faut pour jouer, tu te concentres sur ce que tu joues. Ça fait tellement plaisir d'entendre ses chansons posée dans un canapé.
Katie : Ça permet aussi d'ajouter des couches, de repenser une chanson sur le vif d'une manière totalement différente de ce qu'on aurait pu faire en pur live.
Lily : Oui, il y a une chanson qu'on a enregistrée en janvier, on a changé toute la fin en studio et on a adoré le résultat final. Parce qu'on avait travaillé avec Richie Kennedy (ndlr : producteur pour Divorce, Cliffords, Brògeal…) sur
Pulse, Pose, Position, et il nous a beaucoup aidées sur quoi faire avec la fin, sur la post-production qu'on pouvait ajouter, comment profiter du studio pour améliorer la chanson live.
Freya : Et en même temps, on cherche toujours à garder l'énergie live dans ce qu'on enregistre, ne pas perdre l'humanité de la performance dans trop de couches et de post-prod.
Vous avez joué au festival Left Of The Dial l'an dernier, comment c'était de sortir du Royaume-Uni pour jouer ?
Katie : C'était même la première fois hors d'Ecosse, parce qu'on avait encore jamais joué ailleurs que Glasgow et Edimbourg. Aller jouer à Rotterdam c'était fou, et je me dis que je pourrais m'habituer à ça. C'était super cool, de découvrir une ville qui aime autant la musique, de voir comment le public réagit différemment du public écossais, comment les néerlandais ressentent notre musique.
Karolina : Le public était fou, j'ai adoré.
Freya : J'étais en mode « ah ouais mais vous aimez vraiment ce qu'on fait en fait ! ».
Karolina : C'était surréaliste de partir jouer dans un autre pays aussi « loin ». On était super nerveuses, terrifiées de tout ce qui pouvait se passer avec nos affaires, notre matos, on ne savait pas du tout à quoi s'attendre et au final on a passé notre meilleure vie là-bas.
Lily : On aimerait tellement y retourner.
L'avantage aux Pays-Bas c'est que les gens parlent plutôt très bien anglais. Des fois en France le chanteur va faire un speech hyper engagé en parlant vite et à la fin les gens applaudissent mais personne n'a rien compris...
Karolina : C'est tellement moi ça ! Souvent j'entends très mal ce que disent les gens sur scène, donc même s'ils parlent anglais je ne comprends rien, juste j'applaudis, je crie et je passe un bon moment ! (rires)
Sans parler des accents écossais ou irlandais. On a eu Belle and Sebastian à Paris récemment, c'était un voyage !
Lily : Je sais que c'est vraiment dur pour les gens de comprendre ce qu'on dit, encore plus quand on parle vite. (rires)
Karolina : C'est normal. Parfois que tentes de comprendre juste le dernier mot et tu te dis que tu as à peu près compris le truc !
Et c'est quoi votre vie en dehors du groupe ? Vous travaillez, vous étudiez ?
Katie : On est toutes allées en première année de fac de musique, et moi et Lily on va bientôt finir notre deuxième année. On a aussi des petits boulots à temps partiel pour boucler le mois.
Karolina : Et on bosse pour le groupe. On fait presque tout ensemble finalement. On sort ensemble, on répète ensemble, on bosse ensemble, on va à l'école ensemble, on joue aux cartes ensemble. On aime bien jouer aux cartes. Faire du crochet aussi.
Freya : On va à la piscine des fois aussi.
Katie : On est des amies qui bossent ensemble au final. Et d'apprécier et de rechercher chacune la compagnie des autres ça rend tout tellement plus simple.
Lily : On est juste des copines qui partent à Brighton ensemble et qui vont jouer un concert.
Karolina : Et voir plein de groupes, et se balader !
Katie : Oh regarde il y a des gens qui montent là-dedans ! (ndlr : l'interview se passait en terrasse en bord de plage, et l'i360, la grande tour d'observation de Brighton se mettait à monter)
Lily : Oh on aurait dû faire l'interview là !
Karolina : J'ai cru que tu disais que quelqu'un était en train de grimper à la tour ! Mais mon dieu non, j'aurais trop peur d'aller aussi haut !
C'est votre premier jour à Brighton ?
Lily : Oui, c'est trop sympa, j'adore le fait qu'il y ait la mer. C'est sûr qu'à Glasgow il y a aussi un peu la mer, enfin le Clyde, la mer écossaise quoi. C'est différent.
Ma dernière question, vous venez quand en France ?
Karolina : On te le dit, mais seulement si tu coupes le microphone (ndlr : le 5 novembre au Supersonic pour les soirées Avant-Garde du Pitchfork Music Festival, c'est bon, ça a été annoncé depuis !) !