Le 7 novembre 2024 sortait chez Nice Swan Records un single au nom infiniment long d'un groupe parfaitement inconnu :
I've Never Met Anyone I Thought I Could Really Love (Until I Met You). La toute première pierre d'une discographie débutée en criant leur propre nom dans le fond de la pièce, un nom inspiré des cowboys faisant la circulation des trains à New York en 1900 : Westside Cowboy.
De l'americana, de la country, mélangée au slacker-rock de Pavement et aux lunettes de Weezer par des mancuniens, la formule avait de quoi surprendre et fera très rapidement son bout de chemin. Le groupe enchaîne les concerts, remporte le prix Emerging Talent à Glastonbury en 2025, remplit les salles partout où il passe en Angleterre, et c'est lors d'un premier passage à Paris un soir où le Paris Saint-Germain gagnait la Ligue des Champions que l'on est tombés amoureux.
L'aspect touchant et mélodique de chansons comme Shells, Drunk Surfer ou Don't Throw Rocks entrecoupé de pures débauches d'énergie juvénile country-rock, et face à nous une bande de gamins avec comme unique ambition de s'amuser et d'être ensemble. Westside Cowboy, des gamins supersoniques que l'on voyait pour la première fois il y a un peu plus d'un an, dont on chroniquait le deuxième EP en janvier de cette année, et qui déjà sortent leur premier album It Goes On, « ça avance ».
Sur la couverture, un bourrin sur une pelouse devant un HLM, l'union des grands espaces américains avec le quotidien d'une Angleterre morose, la tradition agricole face à la modernisation urbaine,s en un mot la Britainicana. Un terme inventé pour Westside Cowboy qui mélange Grande-Bretagne et americana, un mot-valise qui pourrait ressembler à une étiquette scotchée à tors et à travers si le quatuor n'était pas tombé dans son propre panneau.
Aoife Anson O'Connell à la basse, Reuben Haycocks et Jimmy Bradbury aux guitares et Paddy Murphy à la batterie, un peu tout le monde au chant selon la chanson, et de la brillante promesse de slacker-country californienne ne reste qu'un solide disque d'americana britannique, presque trop cohérent et sérieux pour son propre bien. Les harmonies sont moins harmonieuses, les pétages de câble moins pétés, et même en disant tout ça It Goes On est brillant, juste moins que la montagne qu'on s'en était fait. Kick Stones (The Boys) et Paper Chains lancent l'album sur les chapeaux de roue, le son est déglingué, le groupe produit à Leeds par Loren Humphrey n'a pas cherché à sonner plus moderne ou professionnel. Fidèle à lui-même les guitares s'entrecroisent en faisant gling-gling, les chansons multiplient les cabrioles, les montées a capella terminées sous des trombes de cordes grattées.
Allergiques aux pédales d'effet et amoureux des harmonies vocales ? Westside Cowboy est votre nouveau groupe préféré. Un son en circuit court, du producteur au consommateur sans passer par un quelconque intermédiaire distordu ou flangé, et derrière ça une démarche globale de retour à la simplicité. Du quatuor un seul posséderait apparemment un smartphone, adéquation parfaite entre la musique des cowboys et leur mode de vie. Fatigués par l'IA, l'électronique et la connectivité à outrance ? Aoife, Paddy, Reuben et Jim le sont aussi et en ont fait leur étendard : du rock spectaculaire fabriqué dans le garage de la grange d'un papy fermier du Greater Manchester. Dans cette veine, Well Done Kid You Did It et Pin Up Boys sont de merveilleuses pièces mélodiques et entraînantes, d'impressionnantes montées en puissance terminées en jetant toutes les voix dans un joyeux foutoir, la quintessence d'un premier album qui en fait à la fois trop et pas assez dans son dépouillement.
A côté de ça, Dobro se croit un peu trop dans l'Oklahoma, Big Wheels casse un rythme que l'album avait eu du mal à imprimer, et Take My Leaving As I Love You ne retrouve jamais la triste justesse sur le fil d'un Slowly I'm Sure. Heureusement que monsieur Coyote n'a pas encore abandonné le groupe et leur montre la route la plus rapide vers le rock n'roll : la magnifique voix d'Aoife O'Connell. Le contrepoint parfait au bordel DIY ambiant, et toute l'émotion des îles britanniques dans une seule vibration. You Could Have Died There On The Dancefloor boucle ce premier album des Westside Cowboy par une sympathique chanson qu'on aura probablement oubliée la semaine prochaine, ce qui nous amène logiquement à la conclusion.
Au vu de la hype, beaucoup attendaient It Goes On comme un album référence de la décennie (moi le premier), et force est de constater qu'il faudra se contenter d'un peu moins. Ecrit et enregistré très (trop ?) vite au milieu des tournées et de l'ascension incroyable du quatuor, peut-être aurait-il mieux fallu poser l'accélérateur et regarder de temps à autre dans les rétros. A l'écoute, on regrette de perdre en diversité ce qu'on gagne en cohérence. Comme des vieux cons on regrette de ne pas retrouver la fougue improbable et prête à tout des premiers EPs, cette joie instantanée, cette tristesse pudique et poignante qui illuminait les premiers titres de Westside Cowboy. A la place, It Goes On est un excellent album d'americana-rock un peu déglingué, un inimitable à la personnalité reconnaissable entre mille, et pour un premier album c'est déjà merveilleux. Et comme les cowboys sont toujours meilleurs sur scène, vous savez ce qu'il vous reste à faire, prendre vos places pour le Petit Bain et... Ah non, pardon, on me dit que c'est complet depuis des mois, mais qu'il reste Lille et Bruxelles ! Bref, vous savez ce qu'il vous reste à faire amis nordistes !