Moins c'est plus, mais parfois plus c'est tout simplement plus. Comme le nombre de concerts d'une tournée qui ne cesse de s'étendre. Jarvis Cocker avait convaincu ses camarades de se reformer pour quelques dates, puis pour un album loin d'être anecdotique. Que ce soit le public ou le groupe, tout le monde y trouve son compte, depuis 2023 ils jouent une vingtaine de dates par an, la plupart en festival comme à la Route du Rock en 2025, aux Eurockéennes, Beauregard et Fourvière cette année, ou en salle comme au Zénith de Paris, et donc à l'O2 de Londres dont premier de ces deux soirs de juin 2025 sort aujourd'hui en album live.
Moins c'est plus, l'événement est rare, l'attente n'en est que plus grande et la captation devait être à la hauteur du culte pour Pulp et à la hauteur de l'intensité de leurs performances. Pour un groupe aussi marquant en concert il est étonnant qu'ils n'aient sorti que quelques concerts de la BBC et deux VHS rééditées en DVD. Pour l'événement, ils ont booké la plus grande salle de Londres, et demandé à Garth Jennings, auteur des vidéo clips de Help the Aged et A Little Soul ainsi qu'une poignée de long métrages, de réaliser le documentaire qui l'accompagne et qui doit répondre à la question que le groupe répète à chaque concert : What Do You Do For An Encore? Réponse le 25 septembre sur MUBI.
Plus fois moins c'est moins. Pour Live! Il faut séparer le fond et la forme. Commençons par évacuer cette dernière pour finir sur l'essentiel. "Si à cinquante ans on n'a pas joué à l'O2, c'est qu'on a raté son groupe" aurait dit un vieux pubard. Malheureusement l'acoustique approximative du lieu n'est pas à la hauteur de son prestige. Le groupe de Sheffield s'est fait plaisir en jouant dans la plus grande salle de Londres, mais sur l'enregistrement on entend une bouillie sonore, avec des grumeaux de guitares. C'est un mélange entre les bootlegs cassette qui écrasaient le son, et le retour de moniteur du guitariste qui donne parfois l'impression d'assister à une répétition.
Le producteur n'a pas non plus su décider de la place à donner au public qui gâche la musique en chantant par-dessus, mais pas assez pour qu'on distingue clairement les paroles. Au milieu de Babies, on entend les canons à confetti : ça passe sur un bootleg, ou quand on regarde le concert à la télévision, mais dans ses écouteurs, c'est juste inutile. Something Changed fait de la peine : entre les chœurs du public et le synthé trop en avant, on se demande pourquoi ce morceau figure sur le disque. Enfin, le mixage est non seulement épouvantable, mais les blancs entre chaque morceau sont embarrassants, espérons que cela est réservé à la version promo partagée avec la presse.
Pour le fond, plus, c'est plus que plus ! Même en sabotant le son, impossible de gommer l'énergie du groupe et de son leader. On entend Jarvis Cocker faire ses blagues et se donner tout entier à son public. Mais il serait injuste de limiter le charisme scénique du groupe à son seul chanteur. Jarvis en solo, ce n'est pas Jarvis avec Pulp, le groupe lui procure quelque chose d'unique qu'il amplifie et qu'il partage avec la foule qui en retour crée une énergie singulière. Une réaction en chaîne vertueuse qui fait de Pulp l'un des meilleurs groupes live en activité.
Pulp c'est beaucoup plus qu'un groupe de scène, c'est aussi un groupe au songwriting incroyable. Ils ont écrit des titres emblématiques des années 90 (Common People, Disco 2000, Babies), des tubes intemporels (This Is Hardcore, Do You Remember The First Time?). Alors forcément, entendre ces morceaux en live vous replonge dans la ferveur du moment, crée un sentiment de nostalgie, et de puissance qui pourrait vite devenir addictif. L'interprétation de This Is Hardcore en particulier est tout simplement magique, comme elle l'était sur scène à chaque fois que j'ai eu la chance de voir le groupe. Sur Mis-Shapes, Jarvis Cocker chante comme si sa vie en dépendait, la tension est à son comble, et j'en ai encore des frissons en écrivant ces lignes. Même Got To Have Love, qui ne profite pas de l'aura des vieux titres, dégage une énergie phénoménale. Demandez à ceux qui les ont vus, lisez les 44 pages du Topic Pulp sur notre forum Concerts et vous comprendrez.
Live! est un témoignage, prenez le comme une occasion d'écouter ou de revivre l'expérience d'un concert de Pulp. N'achetez pas le vinyle, mais essayez de voir le documentaire, et surtout, allez les voir sur scène s'ils passent (plus ou moins) près de chez vous.