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Les InRocKs Festival

Paris, Les InRocKs Festival, du 10 au 15 mars 2026

Live-report publié par Franck Narquin le 13 mars 2026

mardi 10
En 1986, Christian Fevret, Arnaud Deverre et Serge Kaganski lancent un fanzine qu'ils nomment Les Inrockuptibles. Une oasis dans le désert de la presse musicale française, prête à défendre bec et ongles la nouvelle scène anglaise, de The Smiths à New Order, de The Housemartins à The Jesus And Mary Chain.

Dès 1988, ils organisent leur premier festival sous l'impulsion du « passeur décisif » Jean-Daniel Beauvallet. Les plus anciens se souviendront de la fameuse soirée avec Pulp, Blur et Lush en 1991, du set chaotique et génial des tout jeunes Oasis à la Cigale, d'une soirée regroupant déjà Miossec, Dominique A et Katerine il y a près de trente ans et des débuts de The Divine Comedy, The Libertines, WU LYF ou Fontaines D.C. On a adoré Les Inrocks (pour mille et une raisons), on les a détestés (la une sur Cantat, la ligue du LOL...), on s'est abonné puis désabonné, on est passé à Magic, on est revenu et finalement on a décidé de prendre la plume pour défendre nous-mêmes bec et ongles la nouvelle scène anglaise. Quarante ans plus tard, le magazine tient toujours la barre, bon an mal an, et ce soir, nous avons simplement envie de lui souhaiter un joyeux anniversaire.

Cette première soirée propose un line-up plutôt bien vu entre jeunes pousses, chouchous de la rédaction et légendes 90's. Au programme, la révélation électro-pop anglaise The Itch, dont le premier album est attendu en avril prochain, le dandy danois Elias Rønnenfelt, en escapade solo de son groupe Iceage, les Parisiens Kids Return avec leur pop élégante faisant le pont entre Los Angeles et Versailles et, en clôture, les légendes Stereolab, qu'on ne vous fera pas l'affront de vous présenter.

Sensation UK oblige, on arrive tôt pour ne pas rater The Itch, prévus sur scène à 19h50. A 19h30, peu de monde devant la salle. Les détenteurs de billets entrent sans faire la queue tandis que les invités sont contraints de patienter une bonne vingtaine de minutes. Il faut dire que le CENTQUATRE n'affiche pas complet et sonnera même un peu vide pour le premier groupe. Salle trop grande, programmation trop pointue, retour de vacances ou soirée de Champions League ? On ne sait à qui attribuer la faute mais on se dit qu'on ne sera jamais de trop pour défendre bec et ongles les musiques indépendantes.

Il nous reste quelques minutes à patienter, faisons un petit tour. Au niveau -1, une exposition de de jeunes photographes, la diffusion d'un film d'Andrea Laszlo De Simone, un stand restauration assuré par le très branché Pantobaguette proposant un hot-dog au poulpe, du vin nature des alsaciens Pepins et des bières d'une grande marque sans intérêt. Quitte à assumer la carte bobo, l'an prochain mettez-nous des craft beers dignes de ce nom. Nous voilà rassasiés, passons à la musique.


En studio, The Itch est un duo originaire de Luton composé de Georgia Hardy et Simon Tyrie, anciennement connu sous le nom Regressive Left. Sur scène, c'est un solide quintet, guitare, basse, batterie, chant et machines (Moog, Roland, etc...). Influencés par des groupes comme LCD Soundsystem, The Itch proposent des titres mêlant house, new wave, synth-pop, techno et rock. Malgré leur belle énergie qui leur permet de rameuter au fur et à mesure le public vers la scène, on a du mal à se faire un avis définitif. Quand le groupe se met à groover et à virer vers l'électronique, il nous convainc, quand il se lance vers la new wave ou le post-punk, il semble bien plus commun. Une affaire à suivre, dont on reparlera ici même très bientôt.


Leader du furieux groupe de post-punk danois Iceage, Elias Rønnenfelt présente un tout autre visage en solo avec sa bedroom pop lo-fi et expérimentale. On se demandait comment ses titres flottants et nonchalants allaient passer l'épreuve de la scène. La réponse tient en trois mots : charisme, intensité et implication. En une demi-heure, Elias Rønnenfelt déroule ses titres avec un charme fou et une décontraction naturelle. On ne voit pas le temps passer et on est presque frustré de la durée de son set. C'est souvent le signe d'une grande prestation. Le coup de cœur de la soirée.


Entre pop californienne, indie anglaise et orchestrations vintages à la François de Roubaix, Kids Return ont déjà livré deux albums remarqués. On les voit pour la première fois sur scène et leur professionnalisme impressionne. Le public conquis chante les paroles dans une atmosphère bienveillante et souriante. Avec cette belle prestation, le bal est ouvert pour l'arrivée des vedettes de la soirée.


On croyait Stereolab rangés dans la confortable case de groupe culte des années 90 mais leur dernier album Instant Holograms On Metal Film, le premier en quinze ans, a réveillé notre passion. En grande forme, Tim Gane, Laetitia Sadier et leur bande nous proposent un set enlevé alternant à parts égales, chansons du nouvel album et tubes issus de leurs classiques Emperor Tomato Ketchup, Dots And Loops et Peng! . Le groupe a beaucoup tourné ces derniers mois et leur show est parfaitement rodé tout en laissant place à l'improvisation. De Aerial Troubles à Cybele's Reverie en passant par l'inévitable Miss Modular, pas un seul trou d'air à noter. On les sent prêt à continuer l'aventure Stereolab pour longtemps et ce n'est pas pour nous déplaire.

00h15 : fin du show. On se dépêche d'attraper le dernier métro. Cette première soirée a tenu ses promesses mais il faut garder des forces car la semaine anniversaire ne fait que commencer.
artistes
    The Itch
    Elias Rønnenfelt
    Kids Return
    Stereolab
photos du festival