We Love Green 2026 : Soleil, nostalgie et pop vintage !
Je me presse pour aller voir
Any Young Mechanic (que j'avais ratés au Great Escape à Brighton) pour me ressourcer doucement au son de leur indie folk Australienne. Le soleil revient. À l'heure où beaucoup de festivaliers cherchent encore leur premier café ou leur deuxième bière, le groupe ouvre la journée avec une élégance discrète. Le genre de concert qu'on ne place pas forcément en tête à a fin d'un festival, mais dont on se souvient encore quelques jours plus tard.
Le soleil persiste et les gens commencent à arriver par vagues, heureux. Je regarde mon application et décide d'aller voir
Erin LeCount, jeune femme Britannique qui construit depuis quelques années une pop étrange, entre journal intime digital, electro mélancolique et songwriting alternatif. J'arrive devant la scène sans trop savoir à quoi m'attendre. Elle n'a pas encore la notoriété des grosses affiches du week-end, mais autour de moi, plusieurs personnes semblent déjà connaître les paroles ce qui est positif quand on est une artiste en devenir.
Quand résonnent
I Believe puis
Marble Arch, mon ressenti est immédiat et je me mets à me perdre dans ses morceaux qui me font penser à des déambulations nocturnes dans une ville vide de l'Angleterre. Le moment le plus fort reste sans doute
Silver Spoon, son titre le plus connu. Sur disque, la chanson possède déjà quelque chose de très addictif ; en live, elle devient un hymne. D'un coup, le public jusque-là dispersé se rapproche de la scène pour chanter en coeur avec elle, le plus beau cadeau qu'on attend lorsque l'on est sur scène.
© Margot Lavigne
Après une pause méritée à l'espace presse sur un petit transat, je pars voir
Mac DeMarco que je n'avais pas vu jouer depuis la Route du rock 2014, époque
Salad Days. Il arrive avec le même look et la même nonchalance. Il joue comme si rien n'avait vraiment d'importance et le public (plutôt très jeune) le lui rend bien. Ils chantent à l'unisson autour de moi et je me laisse prendre par ce doux flottement. A nouveau j'ai ce sentiment d'avoir dix-huit ans et de revenir de mes épreuves du bac. Petite nostalgie. Merci Mac.
Après avoir déambulé dans le festival, je pars voir
Hayley Williams. Elle n'est pas si « nouvelle » que ça, même si beaucoup de gens présent ne le savent pas. Et oui tout le monde n'écoute pas Paramore chez les Gens Z. Mais elle n'arrive pas nostalgique de cette époque. Non, elle déploie tout un autre univers, une sorte d'alter ego. Déjà, ouvrir avec un hymne pro antidépresseur, c'était osé. S'en suivent des chansons « post-rupture » jamais mièvres, elle réussit à ramener un vent plus rock sur ce festival qui nous a fait beaucoup de bien à tous.
Il est encore tôt pour parler de nuit, mais trop tard pour se reposer. Petit coup d'oeil sur le line-up et je me dis qu'il faut varier les plaisirs et passer à une ambiance plus club. Ils sont Britanniques (enfin Gallois avant tout) et s'appellent
Overmono. Depuis quelques années, ils se sont imposé sur la scène électronique UK et arrivent à faire cohabiter garage, breakbeat et techno rave avec brio.
Les basses sont profondes (ce que j'aime tout particulièrement) , il y a de la rythmique, mais sans oublier cette couche émotionnelle qui parfois ôte de la « fadeur » sur certains sets electro. Sur
Good Lies, leur morceau le plus connu, la réaction est immédiate. Les premiers rangs explosent, mais même plus loin dans la foule, les corps s'animent, dansent. C'est l'un de ces morceaux qui réussit l'exploit de sembler à la fois euphorie et mélancolique. Quand arrivent
So U Kno et
Freedom 2, la prairie entière semble avancer dans la même direction. Pas dans un délire collectif spectaculaire, quelque chose de plus subtil et je me dis que c'est fou ce que deux frères derrière une machine peuvent produire en termes d'émotions.
© Isaac Ponseele
Il fait nuit désormais et je vois la foule partir dans la même direction, je ne voulais pas vraiment aller voir
Addison Rae mais je me dis qu'il faut lui laisser une chance. Après tout, elle réussit à galvaniser des foules donc pourquoi ne pas essayer de voir ce qu'elle vaut sur une scène ? Il est vrai qu'elle divise la petite américaine qui s'est fait connaître comme « influenceuse TikTok ». Moi, mes vingt-neuf ans et mon amour des artistes maudits, regrettant les années des Rock & Roll Friday du Givus où les groupes venaient faire des jams avant de devenir célèbre, sommes refroidis par le fait de construire sa carrière via des partenariats avec des marques de cosmétiques. J'essaie donc de mettre mes préjugés de côté pendant le show.
Elle est d'un professionnalisme qui me rappelle une jeune Britney Spears en maillot de bain noir ou robe à volants rose. Rien ne dépasse, tout est calculé à la seconde près, et les chorégraphies sont d'un très haut niveau, ce que je ne peux que saluer. Niveau musical, les morceaux s'enchaînent avec une logique très actuelle : efficacité immédiate, structures courtes et refrains pensés pour rester en tête après quelques secondes. Des titres comme
Diet Pepsi,
Headphones On ou
2 Die 4 fonctionnent comme des déclencheurs plus que comme des compositions au sens classique : le public chante à tue-tête avec elle. On ne peut que s'incliner devant ce qu'elle a réussi à accomplir, TikTok ou non.
Quand
Ki/Ki commence son set, je suis déjà fatiguée d'avance. Et pourtant, le corps revient. La techno fait ça : elle ne demande pas si tu es prêt. Elle te prend comme tu es. Les corps ondulent, les gens s'embrassent derrière la boiler room. Et moi même, je danse sans avoir décidé de danser.
1h, la fête est fini, le long chemin vers le métro nous ramène doucement à la réalité de Paris.