logo SOV

Eurockéennes

Belfort, Eurockéennes, du 2 au 5 juillet 2026

Live-report publié par Juliette Ritoux le 13 juillet 2026

Il y a des festivals qui cherchent à embrasser toutes les tendances du moment, quitte à perdre peu à peu leur identité initiale. Et puis il y a les Eurockéennes. Depuis plus de trente ans, le rendez-vous belfortain cultive un équilibre rare : celui d'une programmation capable de faire cohabiter mastodontes internationaux, pépites fraichement découvertes et artistes cultes, sans jamais renoncer à son ADN. Cette édition 2026 s'ouvre justement avec ce qui a longtemps fait battre le cœur du festival : une journée entièrement dédiée aux guitares (avec distorsion).

Autour du lac du Malsaucy, l'atmosphère se mue immédiatement en une énergie particulière qui fait la réputation des Eurocks. Les scènes semblent surgir d’entre les arbres, tandis que les festivaliers prennent possession des lieux avec une décontraction que seuls les habitués de festival connaissent. Les conversations se mêlent aux balances au loin, les premiers tee-shirts noirs aux logos des groupes croisent les familles nombreuses, les tatouages côtoient les sacs de randonnées XXL. Aux Eurockéennes, les générations ou les personnalités ne s'opposent pas ; elles s’entremêlent.

Quand un groupe est découvert, produit et se fait mixer ses albums par Ty Segall, c’est en général très bon signe. Le quintet d’Atlanta Upchuck dont les membres se sont rencontrés grâce au milieu du skate ouvre ce festival avec une énergie débordante. Depuis la sortie de I'm Nice Now, le groupe s'est affirmé comme l'une des formations les plus excitantes de la nouvelle scène punk américaine. Sur scène, les morceaux dépassent rarement quelques minutes, les riffs s'enchaînent sans laisser de temps de respiration et la batterie refuse de se calmer. Au centre de cette tornade, Kaila "KT" Thompson capte immédiatement le regard. Son énergie déborde des limites de la scène, transformant chaque titre en performance physique. Le pit semble gagner en intensité morceau après morceau. Les premiers pogos apparaissent, les barrières entre la scène et la fosse semblent disparaître. Et pour lancer cette édition 2026 des Eurockéennes, difficile d'imaginer une meilleure mise à feu.


Après l'explosion d'Upchuck, le contraste est saisissant. Là où les plus jeunes misent sur l’urgence, Social Distortion prennent tout leur temps. Mike Ness entre en scène avec cette allure singulière, mélange de rockabilly, de cowboy et de punk revenu d’outre-tombe. Sa voix sent désormais les années, les excès et les épreuves de la vie, mais c'est justement cette fragilité qui rend les morceaux plus touchants encore. Après son combat contre un cancer des amygdales, chaque concert semble avoir une saveur particulière, ce côté « et si c’était notre dernier ? ». Les Eurockéennes offrent au groupe une aire de jeu idéale : une scène ouverte, un soleil qui décline lentement et des milliers de voix qui reprennent Story Of My Life, Ball And Chain ou encore Reach For The Sky comme des classiques intemporels. Il existe des groupes plus spectaculaires qui jouent plus vite, plus fort ou plus technique. Social Distortion rappellent simplement qu'il suffit parfois de quelques accords, d'une voix éraillée et de chansons écrites avec les tripes pour captiver un festival entier.


Il suffit parfois de quelques notes pour mesurer le poids d'un groupe dans l'histoire du rock. Lorsque résonne l'introduction de Come Out And Play de The Offspring, la Grande Scène des Eurockéennes se transforme instantanément en une immense chorale à ciel ouvert. Les plus jeunes découvrent enfin en chair et en os ces chansons qui ont traversé les décennies, tandis que d'autres retrouvent, le temps d'un refrain, leur adolescence. Sur scène, Dexter Holland et Noodles n'ont plus rien à prouver. L'un affiche toujours une grande sobriété, l'autre conserve son éternel sourire et cette façon bien à lui de transformer chaque riff en une fête. Les morceaux s’enchainent (Want You Bad, Hit That, Bad Habit, The Kids Aren't Alright...) où se mêlent des covers qui me donnent la larme à l’oeil en pensant à Ozzy (Crazy train, Paranoid...). À mesure que la nuit tombe sur le Malsaucy, une évidence s’impose à moi : The Offspring ne jouent plus seulement leurs classiques, ils sont l’hymne d’une mémoire collective.


Il est près de minuit lorsque les premières notes de Ready To Rock déchirent le silence du Malsaucy. Après une journée où le punk a montré ses déclinaisons diverses, Airbourne viennent rappeler qu'il existe une autre école de la démesure. Plus bruyante, plus cash, presque primitive. Une école où les riffs remplacent les discours et où l'énergie suffit à rassembler. Au coeur de cette mécanique parfaitement huilée, Joel O'Keeffe reste un phénomène à part. Guitare en bandoulière, sourire aux lèvres, dégoulinant de sueur, il traverse la scène comme s'il jouait sa vie à chaque morceau.
Les solos techniques s'enchaînent, les amplis grondent, les canettes de bière volent en l’air dans un joyeux « bordel organisé », tandis que le frontman grimpe sur les retours ou disparaît au milieu de la fosse pour jouer au plus près du public. La setlist ne laisse aucun temps mort. Too Much, Too Young, Too Fast, Girls in Black, Back in the Game, Live It Up ou encore l'inévitable Runnin' Wild s'enchaînent sans me laisser le temps de respirer (une apnée néanmoins plaisante). « Jouer en France, c'est un peu comme revenir à la maison », confiait Joel récemment, évoquant ces premières tournées où les salles françaises leur ont offert un accueil inégalable.

Cette reconnaissance mutuelle se ressent dans chaque concert, comme si chaque passage était l'occasion de remercier un public resté fidèle depuis plus de vingt ans.
artistes
    The Offspring
    Airbourne
    Social Distortion
    Upchuck
photos du festival