Le dernier jour des Eurockéennes a un parfum de fin de vacances. Un peu de nostalgie, beaucoup d'excitation et de fatigue, et cette envie de profiter jusqu'au dernier riff de guitare. Entre reggae solaire, punk incendiaire, post-punk et rock inclassable, cette ultime journée aura parfaitement résumé ce que les Eurockéennes savent faire de mieux : mélanger les styles avec harmonie.

Difficile de mieux commencer l'après-midi :
Joe Yorke apporte une vraie bouffée d'air chaud estival avec son reggae teinté de soul et de dub. Pas de démonstration, pas de grand discours : tout repose sur le groove, les arrangements et une voix incroyablement chaleureuse. Sous le Chapiteau, l'ambiance devient rapidement détendue, presque contemplative, avec un public qui se laisse embarquer doucement. Les morceaux
Love On Your Side, Little Bird ou encore
Careful installent cette atmosphère solaire où personne ne cherche à en faire trop. Les cuivres apportent de la profondeur, les lignes de basse sont irrésistibles et chaque titre semble respirer naturellement. Une très belle entrée en matière, idéale pour me reposer avant les concerts beaucoup plus explosifs qui suivront.

S'il existe un groupe capable de transformer une foule entière en gigantesque pogo en moins de deux minutes, c'est bien
The Hives. Je me souviens d'une chaude soirée à Marmande lors d'un Garorock caniculaire pendant mes années de fac de lettre où j'avais adoré leur énergie sur scène. Depuis le temps à passé et dès leur arrivée sur la Grande Scène, costume noir et blanc impeccable, Pelle Almqvist reprend immédiatement le contrôle comme auparavant. Entre deux morceaux, il multiplie les blagues, fait asseoir le public avant de le faire bondir d'un seul coup (ça m'avait manqué !) et occupe chaque mètre de la scène avec un charisme toujours aussi fou.
La setlist enchaîne les classiques sans temps mort :
Bogus Operandi, Main Offender, Walk Idiot Walk, Rigor Mortis Radio, Hate To Say I Told You So (ahhh les souvenirs de jeunesse qui reviennent !) puis l'inévitable
Tick Tick Boom. Les guitares restent tranchantes, la section rythmique ne ralentit jamais et le groupe donne l'impression de jouer chaque concert comme si c'était le dernier ou le tout premier. Ce qui impressionne toujours autant chez The Hives, c'est cette capacité à mêler précision chirurgicale à la suédoise et énergie complètement incontrôlable. Tout paraît spontané alors que chaque seconde est parfaitement maîtrisée. Un des concerts les plus fédérateurs du week-end qui m'a fait revivre mes 20 ans.

Changement radical d'ambiance. Là où The Hives jouent l'explosion permanente,
Jehnny Beth préfère installer une tension presque oppressante. Premièrement, c'est une femme qui fait du rock, elle est française et elle n'a pas 18 ans (on a besoin de plus de diversité dans le rock, on ne cesse de le répéter !) Dès les premières minutes, sa présence scénique capte tous les regards. Chaque geste paraît calculé, chaque regard lancé au public renforce l'intensité du moment.
Entre
No Good For People, Flower, I'm the Man et plusieurs titres de
You Heartbreaker, You, elle alterne spoken word, nappes électroniques et déflagrations rock avec une facilité déconcertante. Sa voix passe du murmure au cri sans prévenir, créant des contrastes permanents qui rendent le concert hypnotisant. L'ancienne chanteuse de Savages confirme qu'elle est aujourd'hui une artiste à part entière, capable de construire un univers beaucoup plus personnel. Un concert physique, sombre et hypnotique qui, (en tant que femme de 30 ans qui fait du rock) me donne envie de dire une seule chose : merci.

S'il fallait retenir une découverte de cette dernière journée,
Madra Salach seraient sans doute tout en haut de la liste. J'avais tenté d'aller les voir à Brighton mais la file d'attente était bien trop longue. Les Irlandais proposent un post-punk nerveux qui rappelle parfois Fontaines D.C. ou The Murder Capital, tout en développant une identité plus mélodique et atmosphérique. Les morceaux
Youth, The Clearing, Dead Lines ou
Firestarter prennent une ampleur supplémentaire en live grâce à des guitares qui oscillent entre tension permanente et envolées plus aériennes. Le chanteur ne cherche jamais à surjouer : tout passe par la musique, les montées progressives et une vraie cohésion entre les musiciens. Le public francophone découvre progressivement le groupe et finit par totalement adhérer. C'est précisément le genre de concert qui fait la réputation des Eurockéennes : tomber par hasard sur un groupe encore discret et repartir convaincu de le revoir très bientôt.
Impossible de prédire ce qui va arriver avec
Ecca Vandal. Punk, rock alternatif, rap, électro... tout se mélange sans jamais sembler forcé. Dès son entrée sur scène, l'énergie est décuplée. Elle saute partout, harangue le public et impose un rythme infernal pendant toute la durée du concert. Les titres
Bleed But Never Die, Cruising to Self Soothe, Price of Living ou encore
Damage Control prennent une dimension beaucoup plus agressive en live. Sa voix passe du chant mélodique au flow hip-hop puis au cri punk en quelques secondes seulement, tandis que le groupe enchaîne les riffs. Loin d'être un simple mélange de styles, Ecca Vandal réussit à créer quelque chose de totalement cohérent. Le public répond immédiatement et les premiers rangs ne s'arrêtent presque jamais de bouger. Une performance bien explosive qui clôt parfaitement cette journée.
Voila c'est fini... Cette dernière journée résume parfaitement l'ADN des Eurockéennes : des mastodontes toujours aussi impressionnants, des artistes qui repoussent les frontières des genres et des découvertes qu'on n'avait pas forcément cochées avant d'arriver sur le site (mais qui iront loin !). The Hives ont rappelé pourquoi ils restent une référence absolue du rock de notre temps. Jehnny Beth a offert un concert intense comme on les aime. Joe Yorke a apporté une parenthèse lumineuse, Madra Salach s'est imposé comme une très belle découverte de cette année et Ecca Vandal a terminé le week-end de manière explosive. Un dernier jour éclectique, généreux et fidèle à ce qui fait des Eurockéennes un festival où l'on repart toujours avec quelques nouveaux groupes à écouter en boucle.