Cette deuxième journée débute sous le grand soleil de la plage de Bon Secours pour les traditionnels concerts gratuits de l'après-midi entre baignade et crème solaire. Les touristes qui voient souvent les festivaliers comme une horde de démons à corne à éviter, peuvent eux aussi profiter des concerts de La Route du Rock.
Je sors donc de l'eau pour m'installer devant le concert du duo Québecois
Bibi Club et leur synth pop enflammée comme ma peau. On se prend au jeu de cette kraut-pop dérivante, portée par la voix aérienne de la chanteuse Adèle Trottier-Rivard. Les claviers mystérieux sont accompagnés par une guitare électrisante portée par une énergie cosmique. Le groupe n'est pas sans rappeler les belles heures de Blonde Redhead mais avec un chant en français aux échos lointains. Une excellente révélation pour cette fin d'après-midi de plagistes en goguette.

Retour au Fort de Saint-Père, aujourd'hui très british, pour le concert d'ouverture : c'est
Alice Costelloe qui aborde la scène des Remparts. L'indie pop joyeux de l'anglaise résonne comme une sucrerie à nos oreilles. Toute en légèreté et en mélodies, les compositions d'Alice Costelloe nous prennent par les sentiments. Cette voix grave qui parvient parfois à s'envoler dans les chœurs atterrit tout en délicatesse sur nos oreilles qui l'absorbe comme la beauté même. L'ancienne chanteuse de Big Deal touche la fragilité des doigts entre dérivations psyché et influences twee.

L'un des groupes les plus attendus dans les conversations pré-festival (hormis qui-vous-savez-tout-le-monde-a-le-t-shirt) est
Dry Cleaning. Grosse attente donc pour le quatuor anglais qui envahit la grande scène sans avoir oublié sa coolitude. La chanteuse Florence Shaw attire tous les regards, fredonnant de sa voix parlée, tantôt au ralenti, tantôt toute en tension. Leur post-punk évolue entre la complexité dissonante des guitares et une certaine simplicité vocale qui cherche à nous rassurer, jusqu'à ce qu'elle se mette à nous inquiéter. Les instrumentations sont bien là pour nous découdre et fait monter l'intensité en nous remuant les organes, tandis que Florence nous fredonne ses doux mots en spoken word. Dry Cleaning font honneur à sa réputation de groupe de live en nous gratifiant de ses sonorités rock qui ont fait le bonheur des 90's. On en redemande.

C'est au tour de
Moin de s'installer sur la petite scène. Le groupe est bien anglais malgré un nom qui veut dire bonjour dans le patois de Hambourg. Le public est avant tout subjugué par l'énergie déployée par la batteuse, pierre angulaire de ce groupe instrumental aux relents expérimentaux. Des sonorités d'avant-garde entre une électro libérée et un bruitisme délicat : Moin cherchent à nous faire partir vers la cinquième dimension. Il est parfois difficile de tout cerner dans ce mille-feuille sonore et on hésite entre fermer ou ouvrir grand les yeux. Cette rythmique folle qui ne cesse de changer ou de d'accélérer nous impressionne au point de ne pas y croire. Un autre OVNI s'est posé en ce vendredi mais il nous préparait à l'envol qui va suivre.

Les fans se sont placés aux avant-postes pour voir leur groupe préféré : évidemment les écossais de
Mogwai vont nous faire traverser de nouvelles frontières. Après la cinquième dimension, le vide spatial s'offre à nous avec les lentes mélopées post-rock d'un groupe qui nous fait avant tout trembler de l'intérieur. Partant de simples notes de pianos clairsemées, Mogwai s'embrasent vers des explosions stratosphériques qui nous font reculer la nuque. La précision d'orfèvre est de mise pour un son puissant et parfait, ou chaque note est étudiée, balancée et contre balancée. La plupart des titres sont bien sûr instrumentaux mais on ne rechigne pas à entendre la voix rare de Stuart Braithwaite sur certains titres qui prennent alors une autre dimension. Mogwai mutent alors en quelque chose de plus touchant diront certains, conventionnel diront d'autres, mais on aime ces mutations du Mogwai qui a mangé après minuit. L'excellent titre
Richie Sacramento fait plaisir à entendre autant que l'introspection haletante de ces crescendos débouchant dans un océan de larsens. Les chardons d'Écosse nous ont piqué à vif.

La soirée est décidément très britannique puisque le dandy weirdo
Baxter Dury est de sortie. Changement radical d'ambiance avec ces titres mêlant une électro-pop dansante à un rock ténébreux. Baxy n'a pas changé depuis tout ce temps, criant sur la foule en ouvrant la veste de son emblématique costume. Sa voix grave et sensuelle fait des ravages, autant que des textes frôlant souvent l'absurde comme sur
Miami et son « I'm the sausage man ». On ne peut s'empêcher de remuer son boule sur les quatre notes de synthé de
Pleasure où Baxter Dury, penché sur son micro à l'avant de la scène, nous ravit de ses mimiques. Le loser génial a encore livré un set pour ses fans et qui ravira ses haters.

Les nord-irlandais de
SPRINTS nous font passer de l'introversion à l'extraversion avec leur punk garage, porté la chanteuse débridée Karla Chubb. Dans la lignée des Lambrini Girls ou Amyl & The Sniffer, les décibels rageurs s'évadent des guitares, tandis que la voix rocailleuse déploie toute son énergie qui semble inépuisable. Le mosh pit prend forme dans le public qui est prêt à tout donner sur ce concert. Les textes politisés s'enchainent dans une ambiance de feu, SPRINTS n'hésitant pas à jouer avec le public en le faisant s'asseoir ou en organisant des circle pit de l'enfer. Karla a un petit mot pour la Palestine ainsi que pour les droits LGBT+ alors que les « siamo tutti antifascisti » se font entendre. De la pure énergie punk comme on l'aime.
La canadienne
Marie Davidson est chargée de nous achever sur la grande scène avec son show en solo à l'avant de visuels lumineux stroboscopiques. La productrice balance un techno hyper rapide chargée d'enflammer le dance-floor, tout en chantant d'une voix rocailleuse en force, qui ne ménage pas ses cordes vocales. Entre hyperpop et beats incisifs, la Québecoise ne choisit pas et tente d'aspirer le peu d'énergie qui nous reste en prenant au passage un bout de notre âme. Il ne reste qu'à sauter sur place en hurlant.
Cette deuxième journée so british se termine dans la folie et on n'oubliera pas de sitôt toutes ses prestations : Dry Cleaning, Mogwai, Sprints ou Moin qui nous ont touché chacune à leur manière. Et c'est déjà l'heure de quitter le fort avant d'attaquer le dernier soir !
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