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La Route du Rock

Saint-Malo, La Route du Rock, du 13 au 15 août 2026

Live-report publié par François Freundlich le 22 août 2026

C'est le dernier soir de cette 34ème édition de la Route du Rock, la soirée affiche complet depuis belle lurette avec Fontaines D.C. programmés en tête d'affiche. La plage de Bon Secours nous accueille, on slalome entre les transats et les t-shirts de du groupe nord-irlandais pour s'installer sur le sable, les yeux dans l'eau pour Lael Neale.

La folkeuse américaine nous fait vibrer d'émotions sous un soleil brûlant. Derrière son synthé et accompagné d'un guitariste, on vibre sous les échos de sa voix et des "palala" de son fameux tube I Am The River qui peut facilement se chanter à tue-tête. Ses nappes synthétiques planantes sont alternées avec des passages en guitare voix pour des moments lumineux et hors du temps. La voix de Lael Neale se perd dans le bruit du vent, des vagues et des goëlands qui lui sied à merveille. Une sieste musicale proche de la perfection sonore.


Le Fort de Saint-Père accueille des milliers de fans du groupe Fontaines D.C. qui occupent déjà les premiers rangs à l'ouverture des portes. Heureusement, cela se limite aux trois premiers. On peut donc tranquillement se diriger vers la petite scène pour apercevoir les danois de Snuggle qui proposent une prestation indie pop au ralenti portée par la voix nébuleuse d'une chanteuse hypnotisante. On retiendra quelques bons moments comme le titre Woman Lake inspirée par la folk américaine à la Phoebe Bridgers. Une bonne découverte pour débuter la soirée.


Le moment de grâce du festival est sans conteste le concert de Aldous Harding sur la grande scène. Bercée, par le soleil et dans une contemplation auditive du public, la néo-zélandaise va livrer le plus beau concert de cette édition. Assise comme à son habitude au centre de la scène avec sa guitare acoustique, Aldous Harding semble concentrée et peu communicative mais les émotions livrée par ses compositions sont vastes. Accompagnée par son groupe qui semble évoluer dans un studio tant la perfection est présente, les notes de piano saccadées se mêlent aux instruments à vent ou à la harpe pour des orchestrations soignées. On reste suspendu à son timbre de voix fragile mais qui peut s'intensifier subitement comme lorsqu'elle répète ses « Lover », qui surprennent tout le monde sur le titre Fever. On sent qu'il est difficile de passer d'un morceau à un autre et Aldous a besoin d'un temps pour se mettre en condition pour chaque chanson. Mais une fois qu'elle y est, elle tient le public en haleine, nous attirant dans tant d'harmonies musicales au point de se couper du reste. Avec Aldous Harding, on oublie tout et on s'émerveille. Le gros coup de cœur.


Le retour à la réalité est compliqué mais les anglais de Ulrika Spacek débutent leur set sur de longs étirements saturés de guitares shoegaze. Le groupe n'est pas sans rappeler les belles heures de Sonic Youth dans ce même lieu avec des compositions qui fleurent bon la noise pop et cette addiction déviante qui la caractérise. Les rockers de Reading nous font plaisir avec un son rappelant les belles heures du rock 90's, complété par des échos électroniques flottants. Leurs morceaux s'étirent en longueur jusqu'à ce que cette voix juvénile à la Stephen Malkmus nous fasse remuer de tension. Une bonne dose de psychédélisme british, c'est ce qu'il nous manquait.


C'est au tour de Kurt Vile, accompagné par son groupe The Violators, d'apparaître sur la grande scène. L'enchaînement après Aldous Harding se révèle parfait pour les fans de ce genre musical. Avec ses compositions folk-rock et sa chemise à carreaux, le compositeur originaire de Philadelphie nous emmène en vadrouille pour nous toucher au cœur. Tout marche au ralenti, dans une coolitude délicate et brute d'un chanteur qui attire tout à lui. De la musique laid back pour la personne laid back que je suis, il ne reste qu'à fermer les yeux et se laisser emmener par le psychédélisme de cette folk acide, rêveuse et hypnotique. Les titres prennent leur espace et leur respiration tandis que Kurt Vile, avec son air débonnaire, reste impassible au centre de la scène. Il finira par s'énerver sur quelques passages plus électrisants en libérer les guitares saturées pour finir de nous emporter.


On fait malheureusement l'impasse sur Friko pour rester avec les amis fans de la tête d'affiche du soir. Nous voilà à l'avant de la fosse lorsque Grian Chatten et ses comparses envahissent la grande scène dans la frénésie générale. Ne faisant pas partie de la fanbase, je me rends compte de l'impact qu'à ce groupe sur ces 12 000 personnes venues l'acclamer, le même qu'a pu avoir le groupe majeur de chaque décennie précédente, la même sensation du truc qui réunit les générations, tout en étant générationnel. Fontaines D.C. démarrent leur concert et Grian semble ne pas en croire ses yeux lorsque tout le monde chante ses morceaux par cœur. Alternant entre passages recroquevillé sur lui ou en mode pile électrique passant de droite à gauche, le charismatique leader chante penché en avant pour se donner en entier. Chaque riff est célébré, sauté sur place, comme ces quatre notes de Here's The Thing, accueilli comme le tube salvateur. La communion est totale, surtout avec l'enchainement sur Jackie Down The Line et ses chœurs répétés par l'ensemble de la fosse. Ça bouge un peu dans les travées mais on se maintient entre nous. Grian annonce que Kurt Vile va les rejoindre à la guitare sur Roman Holiday, une chanson qu'il a inspirée au groupe. Une collaboration magique comme seule la Route du Rock peut nous en offrir. Les tubes s'enchainent et les baskets s'élèvent jusqu'au nouveau morceau Marianne qui annonce une suite prometteuse. Fontaines D.C. à la Route du Rock c'était de l'énergie partagée par un groupe plus que jamais prêt à devenir la référence et à prendre un trône.


Il est temps de fuir l'angoissante chenille pour finir la soirée avec les parisiens de Chest. qui envoient la sauce sur la petite scène avec leur électro-noise hyper dansante pour un public toujours plein d'adrénaline à ras bord. Le quatuor mixe un post-punk noir avec des assauts rythmiques électro frénétiques, transformant la Route du Rock en club dans une cave humide et sombre. Au milieu du chant criard et des stroboscopes, les riffs quasi militaires sont martelés avec force sur un fond de house music hyper rapide. C'est le final qu'il nous fallait.

La Route du Rock s'achève ici, sur trois jours intenses mais merveilleux ! Une édition qui a accueilli 30 000 spectateurs pour un festival toujours en vie sans s'être transformé. Entre avant-garde et tête d'affiches reconnues, la place dans nos cœurs est indélébile.
artistes
    Lael Neale
    Snuggle
    Aldous Harding
    Ulrika SpaceK
    Kurt Vile & The Violators
    Friko
    Fountaines D.C.
    Chest.
    Big Wett
    Wolfïn
photos du festival