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Rock en Seine

Saint-Cloud, Rock en Seine, du 26 au 30 août 2026

Live-report publié par Fab le 4 septembre 2026

Nous voici enfin au cinquième et dernier jour de l'édition 2026 du festival Rock en Seine, et sans doute le plus attendu de tous de par la venue tant attendue de The Cure, ces deniers clôturant par la même occasion une longue tournée estivale en Europe couronnée de succès. Mais avant d'évoquer le triomphe annoncé de Robert Smith et sa bande, retour sur les nombreuses très belles prestations ayant rythmé ce dimanche.


Sous un temps clément à défaut d'être radieux, Bertrand Belin lance les hostilités sur la Grande Scène avec un rock à la française ne manquant ni de classe ni de caractère. C'est pourtant la scène BoursoBank que nous rejoignons afin d'assister quelques minutes plus tard à la venue de Dry Cleaning, menés par l'atypique Florence Shaw. Comme à l'accoutumée, les performances de la formation anglaise ne peuvent laisser de marbre : si la frontwoman du groupe déclame ses textes proches du spoken word avec une nonchalance imperturbable, les quatre musiciens présents se démènent quant à eux comme de beaux diables. Cette dualité au sein même du groupe a longtemps été un de leurs atouts, mais elle semble aujourd'hui être un poids, en témoigne un set où succédera au départ en trombe avec Strong Feelings un certain ennui sur la durée. Insuffisant quoiqu'il en soit pour s'attirer les faveurs du public du jour.


Une course effrénée est désormais lancée, l'enchaînement des concerts ne laissant plus aucune minute de relâche. Sur la Grande Scène, alors que des milliers de fans font d'ores et déjà le pied de grue en vue de la prestation de The Cure, c'est au tour de Slowdive de prendre possession des lieux. Si l'accueil réservé est poli et mesuré, les anglais ne s'en laissent pas compter et vont proposer une heure durant un magnifique concert porté tant par les harmonies vocales de Neil Halstead et Rachel Goswell que les sons cristallin et aérien des guitares. En puisant dans l'ensemble de sa discographie pour construire le set, à commencer par le Star Roving inaugural, la réussite est au rendez-vous pour la formation anglaise, le public se laissant progressivement emporter, notamment durant la seconde moitié du concert au son des Sugar For The Pill et du formidable When The Sun Hits durant lequel les smartphones se démultiplieront dans la fosse. Un groupe toujours au sommet de son art.


Sur la scène BoursoBank, après un été couronné de succès outre-Manche, Wolf Alice ne vont aujourd'hui pas rencontrer la même réussite qu'auprès de leurs compatriotes. Si Ellie Rowsell ne ménage aujourd'hui pas ses efforts, tout comme le bassiste Theo Ellis tente à de nombreuses reprises de haranguer la foule, la sauce ne prend pas réellement. La faute sans doute à un public sans doute guère dans la cible du groupe, mais aussi à une setlist à la construction discutable : après avoir enchaîné dans un premier temps les titres extraits de leur dernier album en date, The Clearing, dont les rendus sur scène sont en majorité décevants et trop peu accrocheurs à l'exception du brillant White Horses et d'un touchant Just Two Girls voyant deux jeunes fans monter sur scène, ce n'est que dans un second temps que le groupe passe la vitesse supérieure et fait rugir ses guitares, notamment durant la paire Yuk Foo / Play The Greatest Hits, avant de déballer en clôture les deux titres les plus connus et efficaces de son répertoire : The Last Man On Earth et Don't Delete the Kisses. Un sursaut un peu trop tardif pour convaincre un public ayant déjà quitté les lieux en nombre pour retrouver la Grande Scène.


Une Grande Scène accueillant dans la foulée Interpol dont le nouvel album This Mirror Weighs A Ton a vu le jour deux jours plus tôt. Avec un line-up voyant Brandon Curtis, Brad Truax et Matt Barrick évoluer aux côtés des deux figures de proue du groupe, Paul Banks et Daniel Kessler, la formation américaine va se montrer aujourd'hui fidèle à sa réputation, livrant avec une certaine classe des interprétations soignées et extrêmement proches des enregistrements studio, mais sans réelle flamboyance. De plus en plus empressé de voir évoluer sur scène The Cure, le public massé face à eux écoute les interprétations religieusement, mais sans réellement s'enflammer, si ce n'est lors de quelques détours vers les compositions les plus populaires du groupe, essentiellement tirées de Turn On The Bright Lights et Antics, la faute au manque de relief et de rythme du concert. Il faudra ainsi attendre les ultimes minutes pour ressentir un frisson avec Slow Hands et PDA.


Alors que dix-huit mois se sont désormais écoulés depuis leur dernière escale dans la capitale, Mogwai effectuent aujourd'hui leur retour dans le Domaine National de Saint-Cloud dix-neuf ans après leur première et unique apparition à Rock en Seine. En pleine tournée Mogwai 30 célébrant les trois décennies de leur label Rock Action Records, c'est un concert balayant l'ensemble de leur discographie et se détachant du récent The Bad Fire que les Ecossais vont nous livrer aujourd'hui. Après une entame timide sur God Gets You Back, la machine désormais parfaitement huilée après de longs mois de tournée va rapidement tourner à plein régime, notamment le sublime et aérien New Paths To Helicon, Pt. 1, le "tube" Ritchie Sacramento tout aussi court qu'efficace, la puissance de Remurdered, les rugissements des guitares de We're No Here et le final majestueux et bruitiste que constitue Mogwai Fear Satan, le tout sous l'impulsion d'un Stuart Braithwaite inspiré et remerciant à plusieurs reprises le public les ayant suivi jusqu'aux dernières minutes de la prestation en dépit de l'imminence de l'arrivée sur scène de The Cure. Une leçon de post-rock sous toutes ses formes délivrée par une formation au sommet de son art, bien aidé dans son exercice du jour par une acoustique tout simplement parfaite.


Massivement entassé face à la Grande Scène, depuis de nombreuses heures pour les plus acharnés, le public peut enfin laisser entendre son euphorie lorsque The Cure prennent possession des lieux peu avant 21h. A l'image d'une tournée triomphale tout au long de l'été, Robert Smith et sa bande ne vont pas décevoir aujourd'hui, bien au contraire. Rôdés à la perfection, les anglais et leur frontman toujours aussi impressionnant au chant vont livrer une prestation magistrale de plus de deux heures où vont se mêler classiques et raretés balayant l'ensemble de leur vaste discographie, le long rappel proposé voyant par ailleurs la formation combler les plus novices avec rien de moins que The Lovecats, Friday I'm In Love, Close To Me et l'inévitable Boy Don't Cry. Le triomphe annoncé aura bien eu lieu.

Avec 175 000 spectateurs réunis sur les cinq journées de cette édition 2026, dont les trois dernières complètes ou presque, Rock en Seine aura globalement réussi son pari, des journées thématiques, mais souvent de qualité, lui ayant permis d'attirer le public en nombre et d'espérer un avenir en dépit d'un contexte financier compliqué pour de nombreux festivals. Rendez-vous est pris, espérons-le, pour 2027 !
artistes
    THE CURE
    INTERPOL
    SLOWDIVE
    DRY CLEANING
    BERTRAND BELIN
    KÜDETA
    LOVE SPELLS
    BLACK COUNTRY, NEW ROAD
    HUDSON FREEMAN
    DITTER
    ANNA VON HAUSSWOLFF
    WOLF ALICE
    MOGWAI
    ECCA VANDAL
    ILE DE GARDE
    ARTHUR FU BANDINI
photos du festival