Il y a trente ans, nous faisions la découverte d'un jeune groupe venu de Glasgow qui ne s'entichait pas des étiquettes Britpop du moment et détonnait par sa fraîcheur, son élégance et sa petite pointe de lyrisme. Derrière cela, se cachait une bande d'amis, au no look le plus absolu, menée par un duo de Stuart, ceux-là appelés Murdoch et David. Sortait alors leur tout premier disque nommé
Tigermilk, qui allait sans le savoir incarner la Twee Pop dans toute sa splendeur. Simplicité et harmonie, voilà le crédo de Belle And Sebastian qui vont sur leurs trois premiers albums purifier nos âmes de vils rockeurs, nous menant avec délicatesse aux portes du XXIème siècle.
Ayant connu depuis quelques bouleversements dans son line-up, reste fermement ancré à la barre Stuart Murdoch qui a continué son odyssée, aujourd'hui heureux papa de douze albums studios et d'une longue liste d'EPs. Malgré cette carrière prolifique, il faut reconnaître que l'on revient à Belle And Sebastian surtout pour leur trois merveilleux premiers albums. Dès lors, l'occasion de savourer les deux premiers d'entre eux,
Tigermilk et
If You're Feeling Sinister, dans leur intégralité et qui plus est dans une des plus belles salles de spectacle parisienne, le Grand Rex, était à ne pas manquer.
Trente années de chansons aux harmonies parfaites et nous nous retrouvons pour la première des deux soirées, celle-ci dédiée à
Tigermilk, le premier album sorti en juin 1996. Le concert se découpe en deux sets : le premier qui voit le groupe interpréter le disque dans son ordre d'origine et un second set dit de « fans favorites » où, chaque soir, Belle And Sebastian proposent une sélection de titres avec en prime, un dernier rappel « à la criée ».

Le Grand Rex n'est pas loin d'être complet, et sa configuration assise, avec ses sièges capitonnés, offre un écrin de velours à la musique de Belle And Sebastian. La largeur de la scène n'est pas de trop pour accueillir les nombreux instruments dont ont besoin les musiciens, entre pianos, claviers, contrebasse, batterie, trompette et tous les pieds de microphones autour desquels s'alignent les nombreuses guitares électriques et acoustiques. Neuf musiciens en tout, et placé au-devant, nous accueillons Stuart Murdoch, le Glaswégien le plus rayonnant de la scène musicale écossaise qui va durant plus d'une heure et demie communier avec son public de la façon la plus bienveillante possible.
On ne présente plus Stuart Murdoch, aux commandes depuis les tout débuts, et sa personnalité lumineuse. Toujours armé de son humour de comptoir, l'écossais va, entre chaque morceau entamer la conversation avec ce public un peu trop à l'aise dans ses sièges à son goût. C'est en s'adressant directement aux gens, en venant danser parmi les rangs puis plus tard dans le concert en faisant monter les spectateurs sur scène que Stuart Murdoch continue d'écrire la légende de Belle And Sebastian.
Ainsi, la première partie du concert se voit entièrement dédiée à
Tigermilk. En fond de scène, des projections d'images d'archive, de vidéo clips d'époque et durant les interludes, une photo d'un studio d'enregistrement, probablement celui qui a vu naitre le disque. En introduction, la voix de Stuart David, membre fondateur qui avec son délicieux accent à couper au couteau nous raconte la genèse de Belle And Sebastian. Deux amis qui veulent simplement jouer ensemble et qui petit à petit se donnent les moyens, en recrutant d'autres passionnés, de faire un « vrai album ». Un rêve peut être plus accessible pour le tout venant il y a trente années, et c'est donc sur les propos émouvants de David qu'arrivent les héros de la soirée. Sur le devant de la scène, les sept membres officiels en 2026, soit Stuart Murdoch, Stevie Jackson, Chris Geddes, Sarah Martin, Bobby Kildea et Dave McGowan.

L'album
Tigermilk se voit dans de telles conditions embellit. Sous des lumières vives, Stuart va s'approprier l'espace et va offrir une flamboyance inattendue à ces dix titres qui ont bercé pour la plupart d'entre nous notre adolescence. Passant de la guitare au piano, abreuvant les spectateurs d'anecdotes drôles et émouvantes, le frontman porte tout l'univers de Belle And Sebastian et, un peu à l'image d'un autre fier ambassadeur de la pop de chambre britannique (et que nous allons très bientôt croiser à nouveau sur scène), Neil Hannon, son esprit cocasse rend sa musique encore plus attachante.
Le premier set voit le public encore un peu timide, et Stuart Murdoch viendra donc le chercher quand, durant
Electronic Renaissance, il part à la rencontre des premiers spectateurs debout devant leur siège en train de danser, puis ira se percher au balcon pour finir le morceau avec son Melodica. On se laisse bercer par
My Wandering Days Are Over et ses visuels de pochettes de disques aux paroles de la chanson, tout en appréciant les déhanchements de Stuart qui, à certains égards, nous évoque la danse dite « à la Molly Ringwald » (nous laissons nos lecteurs les plus jeunes allez parfaire leur culture cinématographique sur YouTube).
Mary Jo et son interprétation renversante clôturent ainsi ce disque devenu depuis un indispensable de toute discographie.
Vient le moment du set dit « Best Of », qui propose chaque soirée un petit florilège des titres variés de Belle And Sebastian, accompagnés de quelques raretés. C'est évidement l'album phare des Écossais qui est mis en avant,
The Boy With The Arab Strap, avec pas moins de cinq de ses titres dont son single éponyme, durant lequel les spectateurs du parterre sont invités à monter sur scène. Le morceau le plus récent sera
Nobody's Empire, puis on repart au début des années 2000 avec
If She Wants Me et
Another Sunny Day, nous rappelant que le groupe a fourni de bien belles compositions depuis sa trilogie devenue culte.
Le titre qui remportera le plus de suffrage de la part du public maintenant bien entassé au pied de la scène sera
Sleep The Clock Around, un choix évident et à nouveau un focus sur l'apogée de Belle And Sebastian. Nombreux sont les fans à lever la main pour signifier qu'ils seront présents lors de la seconde soirée dédiée à
If You're Feeling Sinister, ainsi Stuart Murdoch, en plus de remercier très chaleureusement les vieux et les plus jeunes (même s'il souligne qu'ils ne sont pas très nombreux), donne rendez-vous à ses fidèles dès le lendemain.
Bien que la soirée soit placée sous le signe de la nostalgie, Stuart Murdoch nous rappelle en 2026 que son œuvre n'est pas encore à remiser au rayon des bacs à solde. Cette première soirée en compagnie de Belle And Sebastian aura été menée de main de maître par un groupe qui a toujours su se maintenir au sommet de son art, et qui continue trente ans après son magnifique debut album à se maintenir au rang d'indispensable de la pop britannique.