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Morrissey

Lille, Zénith Arena - 4 mars 2026

Live-report par Laetitia Mavrel

L'histoire de Morrissey est une fresque, à l'image des odyssées cinématographiques tels les Cléopâtre ou Ben-Hur d'antan, avec de somptueux hauts et de consternants bas. Musicalement comme personnellement, Morrissey est l'homme de tous les clivages, et ses nombreuses diatribes sous forme de billets d'humeur postés sur son site internet sont autant d'éléments qui complexifient encore plus un personnage unique en son genre.

Une certaine presse britannique s'est amusée à comptabiliser les annulations de concerts que Morrissey cumule depuis ces quinze dernières années. Les chiffres parlent d'eux même : avec 30% de ratés, acheter un billet pour un de ses shows est aussi risqué qu'un pari sportif. Dès lors, l'annonce de sa venue à Lille en ce début de printemps n'a pas déclenché la vague de booking espérée. Face à un Zénith partiellement rempli, le doute a persisté jusqu'aux dernières minutes avant le lancement des hostilités.

Fort heureusement, nos prières laïques ont été exaucées : Steven Patrick Morrissey a bien honoré son unique rendez-vous français en 2026. A seulement deux jours de la sortie providentielle de son nouvel album Make-Up Is A Lie, peut-être qu'une certaine dynamique a fait se bomber à nouveau le torse du Moz. Les fans ont tout de même répondu présents, malgré un tiers haut du Zénith bâché, nombre d'entre eux, comme c'est systématiquement le cas à chaque représentation, venant d'outre-manche et surtout d'Amérique latine, le personnage laissant s'y cultiver un culte de sa personne bien souvent malaisant.

Ce concert prend l'allure de tous ceux auxquels nous avons eu la chance d'assister depuis le retour de Morrissey dès 2022. Entre projections d'idoles de cinéma, de télévision et bien évidement de musique pop, Morrissey continue de développer son imagerie basée sur une élégance d'un autre temps. Pas de première partie, les quarante minutes de scopitones reviennent, durant lesquelles nous retrouvons de nouveau les idoles de jeunesse New York Dolls, David Bowie ou les Ramones. Un petit voyage dans la discographie personnelle du Moz, et un public qui, pour certains de ses membres peu habitués à l'exercice, commence déjà à s'impatienter. La tension monte et c'est bien à la suite de ses musiciens (dont le dernier line-up remonte à 2025) que Morrissey pénètre sur scène. C'est un frontman assez clinquant que l'on retrouve, la chemise jaune en soie ouverte sur le torse brillant, le jean trop large dont on perçoit quelques fleurs jaunes en sortir au niveau de la ceinture, et on se demande encore si ce look résolument kitch est mis en avant par goût personnel ou par provocation.

Passé cela, on plonge directement dans la setlist qui verra ce soir un mélange bien équilibré entre hits reconnus, titres plus rares et, malheureusement, morceaux plus indigents. Le concert débute avec le retour gagnant de Billy Budd, suivi plus loin de Now My Heart is Full, issus du chef d'œuvre indétrônable Vauxhall And I. Pour ce qui est des autres raretés, nous saluons le retour du somptueux Life Is A Pigsty, où Morrissey démontre qu'à soixante-sept ans bientôt, son coffre et la justesse de sa voix demeurent au top. S'agissant des morceaux les plus populaires, Suedehead fait chavirer tout le Zénith en tout début de concert, alors que Everyday Is Like Sunday, pourtant l'un des favoris de tout fan du Moz qui se respecte, continue d'être malmené par son auteur avec de très irritants « cuando » en lieu et place des paroles d'origine, et une introduction pompeuse au clavier qui n'apporte rien d'autre que de l'agacement.

Il est évident que les titres joués ne peuvent faire l'unanimité parmi tous les présents, tant le répertoire est dense et les préférences variées, cependant, on note depuis quelques années maintenant la présence quasi systématique de morceaux beaucoup plus communs, qui peinent à briller dans les tracklistings de leur disque respectif. Ainsi nous retrouvons où que nous soyons en France I'm Throwing My Arms Around Paris, l'invectivant The Bullfighter Dies (le sud de notre pays étant malheureusement encore empêtré dans cette pratique moyenâgeuse), ou encore I Just Want to See the Boy Happy, single qui n'a jamais vraiment réussi à convaincre.

Au même titre que pour son ancien camarade de jeu Johnny Marr, les concerts de Morrissey sont très attendus pour nous permettre de revivre la discographie parfaite de The Smiths. Le public est gâté ce soir grâce au retour de Strangeways, Here We Come avec A Rush And A Push And The Land Is Ours et le sublime Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, moment où le temps semble s'arrêter tant nous sommes pris dans l'incroyable émotion que Morrissey réussit à y distiller. How Soon Is Now?, devenue indispensable, est évidement présente et ce soir, le pic de folie sera atteint lors de l'ultime rappel, avec un There Is A Light That Never Goes Out de toute beauté, morceau que l'on a entendu également en octobre dernier à Paris avec Johnny Marr, mais qui trouve toute sa raison d'être chanté par son frère ennemi.

S'agissant des nouveautés, trois morceaux de Make-Up Is A Lie sont présents. Pas de surprises avec Notre-Dame, titre joué depuis 2023 maintenant, dont les paroles les plus polémiques ont été modifiées en vue de sa sortie en disque, et qui nous avaient, lors de notre présence à Leeds cette même année, extrêmement mis mal à l'aise. Nous goûtons pour la première fois sur scène à Make-Up Is A Lie qui voit son aspect un peu tango légèrement gommé et à ce qui se présente comme l'une des réussites de cet album, le très émouvant The Monsters Of Pig Alley, où l'on apprécie un Morrissey qui se déleste de ses manières de crooner de casino pour se plonger dans les souvenirs de sa vie d’avant le succès, y apportant une bien belle sensibilité.

C'est un Morrissey charmeur, blagueur et surtout pas dans la polémique que nous avons la chance de retrouver ce soir. Les échanges entre les morceaux sont brefs mais toujours très malicieux, et c'est dans ces moments là que nous ne regrettons pas de nous acharner à suivre sa carrière, car son esprit vif et irrévérencieux, lorsqu'il ne se laisse pas tomber dans l'aigreur et la facilité, nous offrent un personnage haut en couleur, qui a offert à la pop anglaise ses plus hauts faits depuis les années 80. Ce soir, c'est le Morrissey des grands jours que nous avons retrouvé sur la scène du Zénith de Lille, et malgré quelques faiblesses dans la setlist, l'ambiance très chaleureuse a démontré que le public français lui reste fidèle, quelle que soit la qualité des compositions les plus récentes.
setlist
    Billy Budd
    I Just Want To See The Boy Happy
    Suedehead
    Notre-Dame
    Make-Up Is a Lie
    A Rush And A Push And The Land Is Ours
    I'm Throwing My Arms Around Paris
    Now My Heart Is Full
    Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me
    The Monsters of Pig Alley
    The Bullfighter Dies
    Life Is A Pigsty
    Irish Blood, English Heart
    World Peace Is None Of Your Business
    How Soon Is Now?
    Everyday Is Like Sunday
    Jack The Ripper
    I Will See You In Far-Off Places
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    There Is A Light That Never Goes Out
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