Alors que le Tout-Paris se presse à la Cigale pour assister aux concerts de Geese et Westside Cowboy, en bonnes fourmis, nous préférons traverser tout Paris jusqu'à Petit Bain pour voir PVA défendre
No More Like This, leur excellent second album sorti fin janvier. Le concert ne débutant qu'à 20h30 et n'affichant pas complet, nous avons le temps de siroter un verre sur l'agréable terrasse de la péniche à côté d'une actrice française oscarisée. Prends ça le Tout-Paris !
Rappelons le CV de PVA. Ce trio du sud de Londres s'est formé en 2017, a écumé la scène du Windmill où il a rencontré Dan Carey avant de sortir en 2022
BLUSH, premier essai électro percutant quoi qu'un peu convenu. Ella Harris, Josh Baxter et Louis Satchell ont ensuite pris quatre ans pour se réinventer de fond en comble et livrer l'un des meilleurs albums de ce premier trimestre, un disque qui nous fait voyager entre le trip-hop de Bristol, les expérimentations de South London et les clubs berlinois. On avait donc hâte de voir ça sur scène.

Il ne fallait surtout pas arriver en retard car la première partie était assurée par
POiSON ANNA, l'un des secrets les mieux gardés de la scène underground londonienne, collaboratrice de Dean Blunt et A$AP Rocky. Seule sur scène et baignée d'une lumière bleue intense, l'Anglaise livre un set magnétique et envoûtant. Elle chante, rappe ou susurre sur des sons trip-hop sombres, électroniques et moites, quelque part entre Tirzah et Tricky. Le public, médusé et conquis, applaudit l'artiste à tout rompre à l'issue de ces trente minutes en forme d'introduction parfaite.
À l'arrivée de
PVA sur scène, la fosse s'est bien remplie mais il reste assez d'espace pour danser, ce qui s'avérera bien utile d'ici quelques titres. Le groupe attaque par ses morceaux les plus downtempo,
Rain et
Enough, qui s'enchaînent parfaitement avec le set de POiSON ANNA. L'ambiance monte d'un cran quand Ella prend le micro pour entonner
Peel et
Hero Man, petites pépites électro-pop mid-tempo. Mais le groupe ne cherche pas l'effet immédiat. Il prend son temps, sûr de son fait et laisse ses chansons les plus délicates s'exprimer pleinement. Vient alors une série de trois titres trip-hop, dont le point d'orgue sera le très suave
Boyface.

Il est désormais temps de lâcher les chevaux et de transformer le Petit Bain en nightclub avec les bombes dancefloor
Send et
Untethered. Louis se déchaîne sur sa batterie et le jusqu'ici flegmatique Josh se met à danser frénétiquement devant ses machines. La salle exulte face à ce qui restera comme l'acmé de la soirée. On reprend notre souffle avec le très contemplatif
Okay avant de terminer en beauté avec une version épique de
Moon, bien plus électronique et enlevée que sur disque.
Ce soir, PVA ont confirmé leur mue en offrant un set assez court, mais parfaitement pensé et agencé. Une heure à peine, mais largement de quoi rappeler que pendant que le Tout-Paris courait après les têtes d'affiche et la hype venue de Brooklyn, le concert le plus excitant de la soirée se jouait peut-être dans une petite péniche amarrée dans le treizième arrondissement.