Le 13 avril 2024, deathcrash ouvraient pour The Jesus And Mary Chain dans un Élysée Montmartre bondé à Paris. Quasiment deux ans plus tard, jour pour jour, les Londoniens se produisaient ce samedi 11 avril 2026 dans une salle plus intime mais en pleine ascension : Le Chinois à Montreuil. Si les deux lieux sont difficilement comparables, il convient de souligner que le public a largement répondu présent pour cette date des Anglais en tête d'affiche.

Un peu avant leur montée sur scène, c'est le groupe franco-américain
Special Friend qui ouvre la soirée. Ce duo basé à Paris, composé de Guillaume Siracusa (guitare, chant) et Erica Ashleson (batterie, chant), est pour l'occasion accompagné d'un troisième musicien aux claviers. Les influences indie rock sont évidentes, des Pixies à Pavement, en passant par la scène néo-zélandaise — The Bats (qu'ils accompagneront le 21 août au Point Éphémère) ou encore The Chills. Alternant morceaux nerveux et ballades plus délicates, Special Friend déroulent pas moins de treize titres en cinquante minutes. Le final,
OOO, évoque Yo La Tengo avec son motif répétitif, presque krautrock. Une première partie séduisante, parfaite mise en condition avant l'arrivée des Britanniques.

Hasard ou clin d'œil,
Big Day Coming de Yo La Tengo résonne dans la salle quelques minutes avant le début du concert de deathcrash. À 21h30 précises, le groupe entre en scène et débute avec
Stay Forever, curieusement rebaptisé
Giant Swan sur la setlist. Le morceau est brut : guitares abrasives, tension sur un rythme typiquement slowcore. Les frappes sur la batterie de Noah Bennett sont sèches et puissantes, tandis que ses hurlements finaux répondent au chant de Tiernan Banks. Une entrée en matière particulièrement marquante.
Empty Heavy suit, dans un premier temps apaisé avant que la tempête ne commence à s'abattre lorsque Tiernan s'éloigne du micro pour chanter. Toute l'énergie de ce titre, extrait de leur second album,
Less, est ici parfaitement restituée. Le public, relativement jeune, semble conquis. Fort de trois albums, dont l'excellent
Somersaults paru récemment, le groupe va principalement piocher dans ce dernier opus, avec notamment
The Things You Did, renommée
Dinner Time pour l'occasion, sans oublier quelques retours vers les débuts, comme
Unwind.

L'évolution musicale du groupe est particulièrement perceptible sur
Somersaults. Le morceau éponyme, interprété les yeux fermés par Tiernan en première partie de chanson, serrant juste son micro, témoigne d'une partie de cette transformation. Presque accessible comme un single, elle se distingue par les harmonies vocales de Tiernan et Matthew et la mélancolie qui l'entoure. Visiblement satisfait de la version, Tiernan lance un enthousiaste "That was good !" avant de confier au public, en français, que sa fiancée est présente dans la salle.
Les morceaux du dernier album s'enchaînent :
Love For M,
Bella,
Triumph, ainsi que le très Pavementien
NYC, paru en 45 tours au tirage très limité. Le quatuor n'oublie pas pour autant d'inclure dans sa setlist
American Metal, un moment fort du concert. Découpé en deux parties, le morceau impressionne notamment par son redémarrage minimaliste, avant d'emporter la salle dans un tourbillon sonore vertigineux. Dix minutes de pure intensité. On croit que le concert va s'arrêter là mais c'est finalement
CMC qui vient clore le set. Presque lumineuse, portée par le refrain "This life is the best life", cette chanson résume parfaitement musicalement ce que sont devenus deathcrash aujourd'hui.
Entre déflagrations sonores et instants plus mélodiques mais toujours mélancoliques, deathcrash ont largement rempli leur mission en captivant pendant plus d'une heure le public de Seine-Saint-Denis. On espère revoir très vite sur scène ce quatuor, que l'on suit de près.