Il y a des signes qui ne trompent pas :
Maroquinerie,
Trabendo,
Gaîté Lyrique, Trianon... à chacun de leurs passages parisiens, Dry Cleaning jouent dans une salle un peu plus grande, et, à chaque fois, c'est complet. Pas étonnant pour ce groupe dont les prestations tiennent autant de la représentation théâtrale (d'avant-garde) que du concert de post-punk (inspiré). Leur dernier album,
Secret Love, est comme les précédents très réussi, même si, malgré un changement de production, il reste dans la continuité de leurs travaux antérieurs. Je suis d'autant plus curieux de voir comment cela se traduira sur scène.

En première partie, Dry Cleaning ont invité les gallois de
The Tubs. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre tant leurs albums explorent des genres différents, de la pop Smiths-ienne au garage pré-punk. La formation est manifestement ravie d'être là et nous accueille comme un groupe de pub chargé de lancer l'ambiance. Ils sont gentiment lourds, mais ça marche. Le batteur a un micro, mais ce n'est pas pour faire les chœurs, c'est pour vanner le public entre les morceaux. Son accent est très plaisant quand il lance un “let's fucking boogy”. Le chanteur s'amuse de ces intéractions et introduit
Narcissist comme un morceau écrit pour Taylor Stewart, le batteur blagueur, le seul membre du groupe dont on apprendra le nom ce soir.
Sous leurs airs un peu bouffons, il y a de belles mélodies et, l'air de rien, le guitariste fait de très belles choses avec sa Rickenbacker. Sur scène les chansons s'enchaînent naturellement avec un son plus cohérent dans un style pop rock intemporel, exactement ce que l'on attendrait dans un pub. Malgré un dialogue difficile avec le public de par la barrière de la langue et la taille de la salle, ça fait sourire, et l'ambiance prend petit à petit, le patron sera content. Le groupe termine son set par
One More Day, un morceau plus sérieux et plus intense qui fait son petit effet et me donne l'impression que le groupe nous plante là comme un lâcher de microphone.

On peut compter sur Florence Shaw pour le rattraper !
Dry Cleaning commencent leur set par
Sliced By A Fingernail, un morceau étrange qui semble spécialement écrit pour ouvrir leurs concerts. Sorti en marge de leur album une semaine avant le début de la tournée, il permet de placer l'ambiance sinistre et inquiétante. Le morceau déconstruit au début se met en place petit à petit et ils peuvent enchaîner sur
Blood, extrait de l'album qui sera joué en quasi totalité ce soir.
Les voir jouer
Secret Love sur scène permet de mieux comprendre la direction musicale qu'ils prennent. La guitare acoustique, jouée par un cinquième musicien, est très présente, et la basse très mise en avant. On dirait qu'elle fait le lien entre deux groupes jouant simultanément : un combo post-punk aux guitares tranchantes et une performeuse conceptuelle. Chacun de ces demi-groupes pourrait suffire, mais ensemble ils créent quelque chose d'original et de plus fort.
C'est aussi cette superposition qui donne un groove incroyable aux chansons, les différents éléments rythmiques prenant davantage d'importance alors que la voix est plus monotone. Comme pour rappeler le potentiel entraînant de leur musique,
Gary Ashby vient s'intercaler entre les nouveaux morceaux, et le sol rebondit sous mes pieds pour le premier morceau que le public reconnaît bien.
Avec ses longs cheveux, ses longs doigts et sa longue robe, Florence Shaw a une gestuelle très cinématographique évoquant les vieux films de vampires fascinants. Il faut la voir, comme possédée, se parlant toute seule loin du micro pendant les parties instrumentales. Si la chanteuse n'était pas aussi volubile dans ses paroles, elle pourrait être remplacée par les guitares de Tom Dowse dont les lignes ne manquent pas d'inspiration et semblent avoir des choses à dire. Lewis Maynard n'est pas moins impressionnant à la basse, il tourne comme un lion en cage, et délivre des lignes implacables, parfait pour tenir les parties rythmiques avec Nick Buxton à la batterie. Ce dernier lâchera ses fûts pour un saxophone sur le début d'
Anna Calls From The Arctic, donnant au morceau une ambiance de polar noir un peu inquiétant.

Florence Shaw nous rappelle que les chansons qui suivent peuvent se danser et qu'ils aimeraient que le public s'exécute. Le spectacle n'étant pas forcément réservé à ce qui se passe sur scène, surtout dans une aussi belle salle. L'enchaînement de
Her Hippo,
My Soul/Half Pint et
Cruise Ship Designer se conclut par
Scratchcard Lanyar, le "tube" du groupe à dix millions de streams. L'interprétation est à la hauteur du morceau et le public est ravi. Le surcroit d'énergie se fait ressentir jusqu'au titre suivant,
Evil Evil Idiot, pourtant plus calme et moins connu. A mi-chemin, le public est définitivement sous l'effet de Dry Cleaning.
Le set se termine sur
Conversation, extrait de leur premier EP, avec un éclairage monochrome rouge comme sa pochette, et une conclusion sur une longue distorsion alors que le groupe pose ses instruments et quitte la scène. Ils reviennent vite alors que les haut-parleurs grésillent encore pour un
Hit My Head All Day très entraînant avec des choeurs, des nappes de synthé vintage et une guitare très rétro qui donne un côté 70s à cette version envoûtante.
Le gimmick mélodique restera en boucle dans ma tête pendant une bonne partie de mon trajet de retour en métro.