Le parc de La Villette commence à prendre des airs de printemps, il fait encore beau en ce début de soirée et le staff de la salle est d'autant plus surpris de voir le public faire la queue de bonne heure pour une salle où le placement n'est pas très compliqué. En ayant tourné de manière intensive avec The Cure, The Twilight Sad se sont constitués un petit noyau de fans. Le groupe n'est d'ailleurs pas venu à Paris depuis son concert à l'
Accor Arena en 2022, et sa précédente prestation en tête d'affiche remonte
à 2019, avant le COVID-19, autant dire une éternité.
Dans la salle, il y a beaucoup de t-shirts à leur effigie bien sûr, mais aussi à celles de The Cure et Mogwai, les parrains du groupe. C'est la dernière date de leur tournée sur le continent, et au stand de merchandising, il ne reste plus que dix copies de leur excellent dernier album,
IT'S THE LONG GOODBYE.

Au même stand, il y a aussi une femme et un homme que nous retrouvons sur scène sous le nom de
For Marcy, le groupe de Kamran Kaur, accompagné par Lorcan Forder (tous deux issue de AtticOmatic). À 20h pétantes, ils ont fermé boutique, Kamran saisit sa guitare, déclenche une boîte à rythme et entame directement le premier couplet. À deux, la musique est forcément dépouillée, mais il y a en plus un côté lo-fi qui prend vite des airs ludiques, surtout quand le refrain "she's in a band" est répété en boucle. C'est la première tournée de For Marcy, et le duo a l'air vraiment content de l'expérience et de l'accueil du public.
On est à mille lieues du mur du son des écossais, c'est plutôt le calme et le bouillonnement culturel de la ville côtière de Brighton que l'on ressent dans leurs chansons colorées. Mais il y a ce côté magique que l'on retrouve dans les contes pour enfants, et une véritable sensibilité qui en font finalement une bonne ouverture pour The Twilight Sad. Le fait qu'il n'y ait encore aucune musique disponible en ligne et que leurs comptes bandcamp et Instagram soient vides ajoute une couche de mystère qui leur va bien. Je suis très curieux de savoir à quoi va ressembler leur première production avec les possibilités du studio. On murmure d'ailleurs dans les coulisses qu'il ne faudra pas attendre longtemps : leurs voisins du label Bella Union prépareraient une sortie, c'est une maison qui leur ira très bien.
La playlist qui passe entre les deux groupes nous rapproche doucement de l'univers plus sombre et électrique de Ecossais. Elle évolue doucement vers les racines du post-punk et je suis surpris d'entendre
Je Veux Ton Amour de Section 25. Le morceau est enchaîné avec
Another Journey By Train de The Cure qui chauffe bien le public, jusqu'à ce que le morceau soit interrompu par des grésillements de distorsion...

C'est bien sûr le signal qu'attendaient
The Twilight Sad pour monter sur scène. Le set démarre très fort avec
DEAD FLOWERS dans une version encore plus noisy que sur l'album. Le chanteur, James Graham s'avance sur le devant comme une bête qui patrouille. Son chant est ultra clair presque comme un rap qui marque le rythme. Andy MacFarlane, l'autre pilier fondateur du groupe, reste plus en retrait avec sa guitare.
Cette tournée est la première avec leur nouveau line-up. Simone Butler les a rejoints à la basse après quatorze ans chez Primal Scream, ainsi que Cat Myers qui a joué avec Texas, KT Tunstall, et a même assuré un remplacement chez Mogwai. On reste bien dans la famille de la scène de Glasgow. Simone fait les chœurs sur quelques titres, ce qui ouvre de nouvelles possibilités pour le groupe, mais celles-ci sont encore un peu sous-exploitées. Le jeu de Cat Myers est très visuel, avec ses mouvements très amples et l'impression qu'elle cogne la batterie avec toute son énergie.
La concentration maximale avant le démarrage de
ATTEMPT A CRASH LANDING – THEME, l'un des titres phare de l'album. Le son de la guitare est énormissime et, encore une fois, la voix est très bien tenue. Cette tournée est importante pour James, c'est la première fois que le groupe reprend la route depuis son burn-out, il est sobre et l'album a été écrit à fleur de peau, mais c'est aussi un test pour savoir si le groupe a encore le feu sacré et peut prendre du plaisir à jouer. Manifestement, l'énergie est là et le public a répondu à l'appel.
Waiting For The Phone Call commence par une boîte à rythme qui fait monter la tension en attendant que les musiciens ne jouent leurs parties. Cette touche électronique place le morceau à la croisée entre la dance et le rock et, quand il explose, devient un exutoire cathartique. James est content et lâche un "yes" de victoire à la fin de la chanson. Les synthés sont malheureusement préprogrammés, sauf sur
There's A Girl In The Corner, que Simone joue dans un coin de la scène, dos à James alors qu'il chante le refrain "she's not coming back", ce qui est du meilleur effet.
Après quatre morceaux, c'est le moment de glisser quelques classiques de leur répertoire dans la setlist. J'aime tellement
IT'S THE LONG GOODBYE que ça ne me dérange pas d'avoir des nouveautés, mais
VTr est toujours un moment fort de leurs sets. Elle est suivie d'une très belle version de
Last January et surtout
The Arbor, dans une version déchirante avec une guitare qui alterne entre distorsions et arpèges mélodiques alors que la batterie reste d'une rigueur imperturbable.
Quelqu'un dans le public réclame
The Wrong Car, faisant rire James, peut-être parce que c'est aussi le morceau que lui réclame Robert Smith... et le patron de Sound of Violence juste avant le concert. Mais si le titre a bien été répété, il ne sera pas joué sur la tournée. À la place nous aurons
INHOSPITABLE/HOSPITAL : la scène est éclairée par lumières blanches et froides comme des néons d'hôpital.
Les deux derniers morceaux seront enchaînés, c'est la dernière chance pour James de remercier le public. Il est content de son concert, et heureux de terminer cette partie de la tournée à Paris, une ville qu'il a beaucoup visitée plus jeune, saluant un membre de sa famille toujours installé ici. Le final est à la hauteur du reste du set :
And She Would Darken the Memory et
TV PEOPLE STILL THROWING TVS AT PEOPLE ont un son colossal, il est vrai que le groupe mériterait une salle gigantesque et la sono qui va avec, mais on ne va pas cacher son plaisir de les voir encore dans des salles à taille humaine.