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Massive Attack

Lyon, Nuits de Fourvière - 11 juin 2026

Live-report par Lena Inti

Il est 21h00 lorsque nous prenons place au sein de l'amphithéâtre. Les Nuits de Fourvière, qui fêtent leurs 80 ans cette année, battent leur plein depuis deux semaines, avec comme toujours une programmation musicale très éclectique. Ce soir, nous assistons sur les hauteurs de Lyon à la deuxième représentation de Massive Attack, qui nous offrent un show musicalement impeccable, avec une scénographie-reportage qui s'étendra quasiment tout au long du concert. Pas de première partie prévue malgré l'horaire tardive à laquelle arrivera le mythique groupe de trip hop de Bristol : vu l'installation scénique conséquente, on peut aisément comprendre pourquoi.

Installée à l'arrière de la fosse, sur les petites marches afin d'avoir une vue imprenable sur la scénographie, je vois le duo arriver sur scène, accompagné de cinq musiciens. Toute la foule les acclame, dans l'amphithéâtre désormais archi complet. Avec une guitare, une basse et deux batteries (les batteurs réglés au millimètre, comme des machines), on se dit que le son s'apprête à rugir, et je prépare mes bouchons d'oreilles. Mais dès les premiers morceaux, une reprise de In My Mind de Gigi d'Agostino, suivie de la mystérieuse et élégante Risingson, le son est bien équilibré et propre malgré les effets de saturation de la basse, alors, fait rarissime avec mes oreilles ultrasensibles : je range mes bouchons. Ce soir, on se régale avec de grands classiques, entrecoupés de quelques reprises. Le mythique album Mezzanine est largement mis à l'honneur avec cinq morceaux qui en sont joués, notamment Risingson, Inertia Creeps et l'entêtant Angel, superbement chanté par Horace Andy. La reine Elizabeth Fraser arrive sur scène une première fois tranquillement, comme si de rien n'était, sur la scène, pour nous interpréter Black Milk, sa voix douce totalement intacte, en contraste avec l'instrumentation légèrement menaçante du morceau. La très grande classe.

Mais plus qu'un voyage musical idéal au sein de la discographie de Massive Attack, bien plus que ça, le groupe a décidé de nous retourner le cerveau en nous inondant d'informations à lire sur le gigantesque écran derrière eux, dans une sorte de dystopie perturbante, qui semble conçue pour nous mettre mal à l'aise. Mais, parce que les artistes ont décidé de ne pas nous ménager, on réalise peu à peu que ce n'est pas une dystopie : c'est bel et bien le monde dans lequel on vit. Ainsi on (re)découvre que Palantir Technologies (ndlr : entreprise de services et d'édition logicielle spécialisée dans les domaines du maintien de l'ordre, du renseignement et la sécurité) est surtout utilisée pour une surveillance de masse bien douteuse. Pour illustrer tout cela, un planisphère montre les innombrables lieux du globe où l'entreprise est implantée. Oui oui, il y a la France (mais c'est fini depuis très peu), et les visages de nombreux spectateurs sont projetés sur l'écran grâce à une caméra pointée sur la foule. On se sent scruté, des informations associées à chaque visage apparaissant...

Vous venez sur cette tournée de Massive Attack pour la musique ? Pour planer ? Vous changer les idées ? La musique, il y en a. Si vous voulez planer, c'est possible, mais alors fermez bien les yeux. Car sitôt que vous les ouvrez, la vérité vous revient en pleine face : Trump est maître de la planète, nous sommes espionnés en permanence, la corruption pourrit le monde, Israël a commis et continue de commettre jour après jour des atrocités dont vous pouvez lire le décompte en lettres rouges derrière les musiciens. Comme le dira finalement Robert Del Naja entre deux reportages et slogans marquants projetés (bien que souvent mal traduits en français) : « les gens nous disent souvent que nous sommes trop politiques, mais je pense que nous ne le sommes pas assez ! », remettant au passage à leur place toutes celles et ceux qui préfèrent que les artistes se taisent.

Alors est-ce qu'il y avait trop de slogans et reportages en arrière-plan ? Peut-être. En tous cas, il était difficile de ne pas être distrait(e)s par ceux-ci. Il est possible que cela nous sorte parfois brièvement de la musique. Est-ce que cela constitue un autre message en soi, celui d'un trop-plein d'informations qui surcharge notre attention ? Cela pourra certainement rebuter, ou pas. Une chose est sûre : Massive Attack ont fait le choix de parler d'un maximum de sujets différents, invitant à la réflexion ou bien à creuser certains sujets plus loin. Certaines reprises jouées par Massive Attack, comme celle de Regret Of The Times du groupe de rock et hip-hop coréen Seo Taiji & Boys, montre l'importance et le pouvoir de la musique qui dénonce, ce titre-là faisant spécifiquement référence à l'effondrement de deux ponts ayant tué des centaines de personnes en Corée du Sud en 1994 et 1995, causé par des coupes budgétaires...

Vers la fin du set, entre les singles Inertia Creeps et Angel, nous avons droit à une nouvelle reprise, à l'esprit bien punk et qui change l'ambiance, loin du style habituel de Massive Attack : il s'agit de Rockwrok d'Ultravox, titre assez foutraque. Alors, on se prend une bonne grosse basse qui retentit dans tous nos corps avec Safe From Harm, puis une belle claque avec le splendide Unfinished Sympathy, tous deux issus de Blue Lines et magnifiquement chantés par Shara Nelson.
Elizabeth Fraser se présente alors à nouveau sur scène pour deux morceaux supplémentaires issus de Mezzanine. Et, oui : le concert s'achève sur un Teardrop magistral qui suspend le temps. Tradition oblige, les coussins de Lyon (ceux servant de sièges au gradin, par les confiseries) volent et certains atterrissent sur scène. Attaque massive de coussins entre le public et Massive Attack, donc.

Parce qu'en deux heures de spectacle, on peut parler politique, jouer et écouter de la musique, et se balancer des coussins dans la tronche comme des gosses. Ce n'est pas incompatible, c'est même vital !
setlist
    In My Mind (Gigi D'Agostino cover)
    Risingson
    Black Milk
    Girl I Love You
    Regret Of The Times (Seo Taiji and Boys cover)
    Hymn Of The Big Wheel
    Take It There
    Future Proof
    Song To The Siren (Tim Buckley cover)
    Inertia Creeps
    ROckwrok (Ultravox cover)
    Angel
    Safe From Harm
    Unfinished Sympathy
    Levels (Avicii cover)
    Group Four / In My Mind
    Teardrop
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