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TOMORA

Paris, Days Off Festival - 1er juillet 2026

Live-report par Jean-Christophe Gé

J'imaginais volontiers TOMORA jouant leur musique électronique déjantée dans une rave en plein champ ou dans un festival chic à la Coachella. C'est pourtant bien dans le confort feutré de la Philharmonie de Paris que nous avons rendez-vous avec le duo composé de la très populaire chanteuse AURORA, qui a trois fois plus d'auditeurs mensuels sur Spotify qu'il n'y a d'habitants dans sa Norvège natale, et de Tom Rowlands, demi-dieu de la musique électronique et moitié de The Chemical Brothers. Le cadre majestueux de la salle soulignera d'autant mieux l'élégance de la musique de leur superbe album, COME CLOSER.


À 19h59, Harry Kane enlève les rêves de huitième de finale de la Coupe du Monde de football à la République démocratique du Congo, Tom Rowlands peut se détendre en coulisses. A 20h, extinction des feux, la salle est plongée dans le noir jusqu'à ce que deux spots se rallument et que, sous leurs faisceaux, apparaîsse Clara Kimera derrière ses machines, un micro à la main. La française s'est échappée du duo Agar Agar pour une pop électronique un peu kawaii et très inventive qui colle bien avec la tête d'affiche. Seule sur scène, elle lance les parties instrumentales et s'avance sur le devant de la scène pour chanter de sa voix claire.
Les mélodies sont bien foutues, Clara chante avec conviction, le concert démarre tout de suite et elle conquiert rapidement le public de la Philharmonie. Même seule sur scène dans une configuration un peu bricolée, les jeux de lumières assurent pour renforcer sa présence scénique. La sobriété dans le spectaculaire semble être le thème de la soirée, et ça colle parfaitement à l'architecture épurée et inventive de la Philharmonie, signée Jean Nouvel et Brigitte Métra.
Pour rester sur la musique, les morceaux s'enchaînent rapidement, en trente-cinq minutes la française va peut-être réussir à jouer autant de chansons que TOMORA ce soir ! Elle enchaîne une collection de compositions courtes et catchy. Mais à force, elles se ressemblent un peu toutes et on aurait peut-être préféré moins de titres qui s'étendent un peu. Les deux derniers sont plus dynamiques et font repartir le concert, la salle a été parfaitement chauffée.


Après un court entracte, les lumières s'éteignent pour TOMORA, le public exulte, la scène est baignée d'une lumière violette et l'ouverture du Paulus de Mendelssohn résonne. Il est enchaîné par le beat imparable de RING THE ALARM, et après quelques mesures je bondis de mon siège pour rejoindre la fosse. AURORA, en robe blanche et bottes fourrées, est accompagnée d'Amalie Holt Kleive qui a également participé à l'album. Elles se ressemblent comme deux sœurs, et en ont également la complicité. Je suis frappé par l'immédiateté de leur musique. Pour avoir vu AURORA et les Chemical Brothers en concert ces dernières années, leurs shows sont impressionnants, mais ressemblent à des machines trop bien huilées, hyper chorégraphiées et avec une telle synchronisation des vidéos qu'il est impossible de changer quoique ce soit en live. Ce soir, Tom commande les machines, AURORA et Amalie gèrent le chant et tout semble bien plus vivant et authentique.

Les morceaux s'enchaînent sans blanc, comme un DJ set. Sur My Baby, Tom nous rajoute une petite touche du Around The World des Daft Punk, je veux croire que c'est un clin d'oeil pour la date parisienne. Pendant ce temps les deux chanteuses/danseuses s'éclatent dans des chorégraphies en miroir. À seulement trois sur scène, il y a toujours quelque chose à regarder, un détail sur lequel accrocher. J'attendais une performance visuelle, et la qualité de la scénographie dépasse largement ce que j'imaginais. Les projections géantes sur le fond de scène sont là pour soutenir les refrains, et se veulent complètement au service de la musique et non une distraction.

Avec seulement un album à leur actif, les deux super-collaborateurs avaient le choix entre jouer tout l'album, ou faire des reprises pour compléter le morceau. Ils optent pour la seconde option, mais au lieu d'aller piocher dans le répertoire de leurs idoles, c'est de leur back catalogue personnel qu'ils ont extrait quelques titres : deux chansons du dernier album de AURORA, Salvation et My Body Is Not Mine, cette dernière ayant d'ailleurs été co-écrite par Tom Rowlands, quant aux Chemical Brothers, ils seront représentés par deux titres de No Geography sorti en 2019. Ce choix peut paraître étonnant même si c'est à mon avis le meilleur album du duo depuis vingt ans, voire, disons le franchement, au XXIème siècle. C'est surtout un disque qui avait marqué le début de la collaboration avec AURORA, la boucle est bouclée, ce qui est particulièrement important en musique électronique.


Sur scène, les morceaux gagnent en profondeur. THE THING est plus étrange, alors que les voix des chanteuses créent une sorte de transe obsédante sur SOMEWHERE ELSE. La complicité entre les musiciens et avec le public, est parfaite. On apprendra également ce soir que I DRINK THE LIGHT est le morceau que AURORA préfère sur l'album, l'interprétation en sera totalement délirante avec des sortes de flûtes samplées. Le deuxième scoop, c'est que le groupe avait encore un morceau sous le coude : ils joueront ce soir un nouveau titre, dans l'excellente lignée de l'album.
COME CLOSER commence très littéralement avec les deux chanteuses agrippées dans les bras l'une de l'autre comme une créature à quatre bras échappée du Freaks de Tod Browning. C'est aussi le dernier morceau du set. Le groupe revient vite pour une version dantesque de IN A MINUTE qui, elle, va s'étendre sur quinze minutes, comme si personne, ni dans le public ni sur scène, ne voulait que cette soirée se termine.

La prestation live a été parfaite, et comble ce qui manque aujourd'hui aux concerts des Chemical Brothers et d'AURORA, c'est à se demander si ce projet n'a pas tout simplement été créé pour la scène.
setlist
    RING THE ALARM
    MY BABY
    Starvation (AURORA cover)
    The Universe Sent Me (The Chemical Brothers cover)
    THE THING
    SOMEWHERE ELSE
    Eve Of Destruction (The Chemical Brothers cover)
    I DRINK THE LIGHT
    COME CLOSER
    New song
    My Body Is Not Mine (AURORA cover)
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    IN A MINUTE
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