Nous voilà à nouveau penchés sur le cas Makeshift Art Bar. Pour rappel, nous étions tombés en trance face à ce tout jeune groupe venu de Belfast qui avait illuminé notre soirée lors de la dernière édition des soirées Avant-Garde du Pitchfork Music Festival à Paris. A ce moment, dans un Supersonic Records plus occupé à boire des coups entre professionnels de la profession qu'à être attentifs au line-up, avaient déboulé sur scène une fille et trois garçons aux airs un peu renfrognés, et en seulement quelques secondes, leur rock très noise et ultra puissant avait fait se renverser pintes et verres de vin sans aucun préliminaire sous l'effet d'un son au rouleau-compresseur.
Plus tard, c'est en première partie de leurs compatriotes Chalk que nous avons retrouvé Makeshift Art Bar pour un set de quarante minutes qui donna l'impression d'en durer le double. Il est donc temps, après avoir récupéré notre retard sur leur tout premier EP Lackluster Writing Makes Fundamental Reading, de sauter dans le train Makeshift Art Bar avec la sortie de leur second essai Marionette, et autant vous dire qu'on ne rigole pas avec les règles avec ces jeunes gens.
Toujours composés des frères Joseph et Callum Sweener, Alleyah Boulaich et Callum McGuigan, les Irlandais nous offrent avec ce Marionette un nouveau recueil de singles qui appuie méchamment sur la pédale d'accélérateur. Tout y est amplifié : les guitares rugissent tout en laissant très souvent la basse gronder comme le tonnerre lors d'un orage de canicule (ces lignes étant rédigées sous 39 degrés, on comprendra pourquoi l'image est persistante), la batterie roule des mécaniques, elle nous entraine dans une cadence très fractionnée pour littéralement exploser sur les refrains. Ces jeunes musiciens maîtrisent parfaitement le sens de la mise en scène et l'atmosphère sonore qu'ils créent est aussi claustrophobe que libératrice.
Lors de l'interview donnée au mois d'avril au Trabendo, Joseph Callum nous expliquait que ce nouvel EP serait définitivement plus electronique. Une des raisons est évidement l'homme aux manettes, soit Daniel Fox de Gilla Band qui, lorsqu'il part en studio, réussit ainsi à bâtir un son irlandais identifiable entre mille. Makeshift Art Bar, en plus de le compter dans leurs références ultimes, ont ainsi su se nourrir de son aura et les quatre morceaux réussissent à briller tant par leur noirceur absolue que par leur rythme infernal.
La rage domine mais est distillée de façon méthodique. Chocolate débute sur une cadence presque binaire avec la guitare qui bouillonne en fond sonore pour se lâcher sur un refrain qui donne déjà une impression d'apocalypse. Crows laisse la basse dominer avec sa ligne grasse et pesante alors que Discipline flirte avec l'indus, les boucles de synthé très hypnotiques accompagnent la guitare toujours crescendo, pour atterrir sur la piste du techno punk et nous y retrouvons ici tout ce qui nous plait chez les amis de Chalk.
Le chant (ou les hurlements, c'est selon) de Joseph donnent un véritable cachet au tout, son timbre de voix très grave impressionne et colle parfaitement à l'ambiance de fin du monde de leur musique. L'EP se termine sur Servant, avec une apothéose de guitare qui, suramplifiées, font se terminer le disque dans un air d'anarchie totale alors que cela est bien évidement parfaitement orchestré.
Marionette trace le sillon de cette nouvelle spécialité irlandaise qu'est devenu le noise rock, et Makeshift Art Bar sont aujourd'hui extrêmement bien placés pour en devenir ses ambassadeurs légitimes. Leur premier album devra nous le confirmer.