Pour faire suite à notre soirée chaleur et coudes dans les côtes de mercredi avec DEADLETTER, suivie de la nuit rock et contusions du vendredi au POPUP! avec GANS, rien de mieux qu'une double affiche nord irlandaise afin d'achever en beauté ce qu'il nous reste de fibres musculaires dans les bras et les jambes. Le choix se porte sur l'incroyable line-up de la soirée au Trabendo, qui réunit Makeshift Art Bar et l'un des chouchous de la rédaction, de ceux que l'on colle à la culotte depuis ses tout débuts, Chalk.
Pour les connaisseurs, Chalk est synonyme de fièvre lorsque sur scène le duo diffuse en intraveineuse son noise punk étourdissant. Fort de trois excellents EPs en trois ans depuis 2023, Chalk ont semé les graines d'une musique extrêmement déconcertante en ce qu'elle fait appel en nous à nos instincts les plus primaires. Ce qui les fait sortir du lot est évidement leur don à créer un genre hybride, appelé Berghain rock, où punk et techno se mêlent et s'entremêlent à volonté, permettant aux auditeurs de se défouler comme jamais, mais toujours avec une mélodie qui transpire dans tout ce chaos. Car Chalk, en plus de leur son vibrant, c'est aussi une voix et une présence, celle de Ross Cullen, entre hooligan de match de foot et elfe gothique, un mélange surprenant visuellement et une capacité à s'auto envouter par ses propres morceaux, révélant un personnage complexe et fascinant.
Un programme de haute-volée nous attend, porté par la sortie récente de
Crystalpunk, le très attendu premier album qui a remporté haut la main le défi de cette première étape décisive pour un jeune groupe. En guise d'entrée, nos amis ont eu la très bonne idée d'inviter une autre formation issue de Belfast que nous avons eu la chance de découvrir lors de la dernière édition des soirée Avant-Garde du Pitchfork Music Festival à Paris. Une sélection qui passe ou qui casse, la hype des groupes mis en avant par les programmateurs se résumant souvent à des pétards mouillés. Mais en novembre dernier, un groupe à particulièrement attiré notre attention,
Makeshift Art Bar, lors d'un mini set au Supersonic Records qui avait mis tous les présents d'accord.

Ainsi, à la suite de la parution de leur premier EP
Lackluster Writing Makes Fundamental Reading l'an passé, Makeshift Art Bar peuvent enfin se frotter à un public plus conséquent dans la capitale. Après une rencontre backstage qui fut leur toute première interview française, nous retrouvons Joseph et Callum Sweener, Alleyah Boulaich et Callum McGuigan sur scène, qui dès les premières notes de
Discipline, nous plongent dans une atmosphère brute et sans concession. Le style se veut en cohérence avec ce que proposent Chalk, les jeunes belfastois maniant un noise rock très puissant. Dans la semi pénombre, Joseph au chant se démarque immédiatement, entrant dans la peau de ce personnage torturé avec son timbre de voix très grave, ce qui épate chez un garçon aussi jeune.
Comme lors de leur courte prestation au Supersonic Records, le jeu est immédiatement poussé à son extrême, et dans cette atmosphère qui sied beaucoup mieux à leur musique, le groupe exprime son art sans aucun filtre. Baignés dans les albums de leurs idoles et mentors Gilla Band, la férocité tout comme la précision définissent les morceaux qui agissent comme des scalpels de chirurgiens, basse et guitares vrombissantes, section rythmique cathartique, le tout enveloppé de cette aura un peu glacée digne des premiers pas de Nine Inch Nails. Défilent trop rapidement
Notice Me,
Sonic Shelf et le militaire
Bedwetter issus de leur premier EP, avec le nouveau single
Chocolate que l'on retrouvera dans leur prochaine sortie,
Marionnette, à paraître en juin, dont le groupe nous a annoncé sa texture plus synthétique. Dans un Trabendo qui a su se remplir petit à petit malgré la terrasse plus qu'attirante, Makeshift Art Bar ont convaincu tous les présents, et la jolie petite ovation qu'ils ont reçue ce soir n'a fait que les motiver encore plus pour revenir rapidement dans la capitale, on espère cette fois-ci en tête d'affiche.
Trente minutes plus tard, le temps pour les dernières pintes d'arriver entre les mains des spectateurs déjà pas mal essoufflés, la pénombre tombe à nouveau sur le Trabendo et c'est avec
Tongue, l'explosif premier titre de
Crystalpunk que Chalk entrent en scène. A gauche, lunettes sombres qui ne le quitteront pas de la soirée, tout de noir vêtu se trouve Ben Goddard qui se partage entre guitare et samples. Au centre de la scène, un grand espace vide qui permettra à Ross Cullen de se mouvoir à volonté. Accompagné d'un batteur, le duo qui reste donc trio sur scène va entamer un set sans aucune respiration, proposant un très bon équilibre entre le nouvel album et leurs trois EPs.

La couleur de ce premier LP a permis de nuancer ce que proposaient Chalk sur leurs trois EPs réunis. Brisant un peu la coquille de ce son noise très industriel qui a marqué leurs débuts,
Crystalpunk offre une respiration bénéfique dans le panel de possibilités que nous réserve la plume des deux garçons, qu'ils ont évoqué avec nous lors d'une
interview juste avant de débuter le concert. Et l'on ressent ainsi cette ouverture que nous fait découvrir l'album dans le jeu de scène de Ross Cullen, qui nous semble ce soir plus ouvert au public, bien que se laissant toujours emporter par l'intensité de sa propre musique, notamment lorsqu'il vient danser parmi les spectateurs en pleine fosse. On a donc devant nous un homme envoûtant et envoûté, au langage corporel très expressif, proposant ainsi un contraste intéressant avec Ben, très concentré mais faisant tout autant part de son énergie derrière ses instruments, n'hésitant pas lui aussi à se rapprocher de la foule, en venant également la traverser.
Les morceaux que sont
Pain ou
Can't Feel It résument bien l'univers de Chalk, brutaux et dansants à la foi, et cet équilibre savamment trouvé fait immédiatement effet sur le public, très rapidement en mouvement. S'enchaînent plus loin
Skem et
I.D.C. à la puissance de feu. Les titres plus calmes tels
Longer et
One-Nine-Eight-Zero offrent des moments où la tension redescend un peu, comme une accalmie dans la tempête qui met aussi en exergue le chant profond de Ross. On retrouve disséminés quelques titres forts des EPs
Conditions, tels
Claw et
Them à la bile très acide,
Static et
Bliss plus techno et cadencés ou
Pool Scene et
Afraid, issus du troisième volume à la patine electro indus très marquée. On attendait surtout de découvrir en live les singles qui nous ont le plus étonnés, comme le très beau
One-Nine-Eight-Zero et l'odyssée aux délicieuses saveurs d'Underworld,
Béal Feirste où l'on entre littéralement en transe.
Un concert véritablement éprouvant de Chalk durant une heure et dix minutes qui nous aura fait l'effet d'un marathon tant les Irlandais ont poussé nos curseurs au maximum, entre défouloir et communion au son de leur electro punk incroyablement addictif. Des sensations uniques à retrouver au plus vite lors du festival This Is Not A Love Song à Nîmes le 6 juin prochain ainsi qu'au God Save The Kouign à Penmarc'h le 13.