Au commencement ils étaient trois, puis plus que deux. Chalk, c'était cette fusion Berghain-rock-techno-punk, avec des guitares parfois bien grasses et des boucles de synthétiseurs entêtantes, à ne pas écouter avant la tombée de la nuit au risque d'oublier qu'il fait jour. Trois EPs et un nouveau batteur plus tard, le désormais duo sort enfin son premier album, attendu de pied ferme par tous les fans d'ambiance indus et d'électro-rock qui tape fort les tympans.
Mais alors, Crystalpunk, serait-ce le début d'un nouveau mouvement musical ? Ou bien un album perdu au milieu d'un océan d'EPs ? Comment ça de quoi je parle ? Je n'y peux rien, moi, si Chalk font des mystères à envoyer des signaux contraires... Promis il y aura des tentatives de début de réponse dans la suite de cet article.
Je vous parlais de tympans : Tongue (ndlr : « langue », du coup ça n'a rien à voir avec les tympans mais attendez, vous allez comprendre), c'est le titre qui ouvre ce tout premier (et dernier ?) disque. Et Tongue, c'est peut-être le titre le plus violent de la discographie de Chalk, et pourtant il y a de la concurrence... Ça monte en tension, ça crisse, ça stridule, ça frappe et ça s'impatiente, les décibels montent en intensité, jusqu'à exploser. A littéralement exploser les tympans de cette pauvre femme un peu maso qui ne pourra plus jamais écouter Chalk de sa vie, quelle triste vie...
Sur cet album, Chalk explorent des thèmes personnels comme les relations toxiques ou le deuil, laissés de côté sur leurs EPs. On y retrouve les ambiances très sombres et agressives de leurs débuts (Tongue, Skem), mais aussi des titres plus pop comme Longer, au tempo un peu plus lent, mais tout de même puissant et intense. Il permet de respirer entre deux compositions ultra électro et auto-tunées, le single Can't Feel It, et One-Nine-Eight-Zero, moins un hommage aux années 80 qu'un morceau musicalement enfantin, des paroles dures sur un père en souffrance, peut-être difficiles à chanter sans vocodeur.
Le tout premier single, Pain, redoutable, fait quant à lui le pont parfait entre l'électro jouissive de Chalk et un post-punk chanté nonchalamment par Ross Cullen, comme on aime. Le duo n'a pas une direction unique sur Crystalpunk, mais plusieurs voies différentes, et chaque morceau est assez inattendu. La première écoute en est assez déroutante. C'est ainsi qu'après un milieu de disque assez calme et planant, Skem débarque avec ses gros sabots électro, exit les guitares et exit (ou presque) le chant, bonjour le noise et les bruits métalliques et les boucles synthétiques de Ben Goddard. Ce n'est pas subtil, mais ça fait le plus grand bien.
A quelques jours de la sortie du disque, Chalk ont annoncé avoir écrit avant son enregistrement un manifeste énonçant que serait leur seul. Alors est-ce que c'est le vrai début de Chalk, sa fin, ou est-ce qu'il y aura d'autres EPs ? Est-ce que la craie ne jouerait pas avec nos nerfs ? Insaisissables, ne cherchez pas à les suivre, appréciez juste le mystère et perdez-vous dans la rave party Crystalpunk. Le triptyque final est un régal avec le fiévreux et provocateur I.D.C., puis Béal Feirste, hommage à Belfast, un voyage sonore de huit minutes rappelant Underworld, et enfin Ache, davantage expiré que chanté, sur une bande sonore rave aérienne et planante, titre idéal pour clore l'album.
Un album qui défie les attentes et cherche à définir un genre entre intensité punk et vulnérabilité, par des guitares moins présentes et une voix passée sous divers filtres, et par du tapage métallique adouci par des sons cristallins. Oui, Crystalpunk a une certaine identité, et l'on saluera toujours l'exploration et la fusion des genres, sans lesquelles la musique meurt.