Deuxième rencontre pré-concert en ce samedi au Trabendo à Paris, avec les héros de la soirée, Chalk, validés lors de leur toute première prestation parisienne en 2024 lors d'une soirée They're Gonna Be Big au Supersonic. Leurs aventures sur disque depuis lors avec trois EPs et leur debut album Crystalpunk sorti il y a tout juste un mois n'ont fait que confirmer tout l'amour que nous portons à ce duo électro noise transcendant. Ross Cullen et Ben Goddard se prêtent à l'exercice de l'interview en toute décontraction une petite demi-heure avant de monter sur scène et, à nouveau, tout chambouler sur leur passage.
Nous sommes ravis d'enfin vous rencontrer ! Et également fiers de vous suivre depuis vos premiers EPs après avoir assisté à toutes vos prestations parisiennes...
Ross : C'est notre troisième fois à Paris ce soir, à chaque fois ça a été génial. Je serai bien incapable de prédire comment va se passer le concert de ce soir, nous ne savons jamais ce qui peut arriver, mais j'espère que ce sera comme nos précédentes venues.
Le point commun entre toutes vos prestations est leur intensité. Vos concerts sont des expériences qui prennent aux tripes, on n'en ressort pas indemne. Qu'est-ce qui vous guide quand vous entrez sur scène ?
Ross : Nous nous laissons totalement emporter par la musique, et ce qui arrive, arrive ! Tu peux potentiellement te casser la figure mais ça n'a pas besoin d'être parfait. Quand tu joues en tête d'affiche, tu peux en plus compter sur ta fan base avec qui tu as déjà créé un lien.
La façon dont vous embrassez l'expérience du live est donc naturelle ? Depuis vos tous débuts, pensez-vous avoir évolué, est-ce que vous êtes satisfaits de ce que vous exprimez aujourd'hui ?
Ben : C'est une bonne question. Parfois, nous nous sentons nerveux, d'autre fois, non. Je continue de me sentir nerveux avant un concert, mais moins qu'avant bien sûr car un jour on s'habitue à ce trac. Comme le dit Ross, nous nous laissons volontairement emporter par la musique, et c'est probablement ce que nous réussissons le mieux. Parce que c'est du live, pas le disque. Le sentiment devient viscéral, nous nous enfermons dans cette bulle et nous essayons de transmettre cette sensation au public, avant de quitter la scène. C'est aussi pourquoi nous sortons du concert éreintés, mais c'est bon signe quand nous revenons pour le rappel très fatigués !
Vous vous êtes rencontrés à l'université, lors de vos études de cinéma. Je trouve que votre musique est très cinématographique, chaque titre est comme un petit film, avec un point culminant. Est-ce que votre formation vous a aidés à modeler votre son ?
Ben : Nous aimons raconter des histoires, emporter les gens dans un voyage, un récit mais les albums sont toujours très personnels. Peut-être que nous réussissons mieux à imager nos chansons, à nous exprimer nos visions techniquement, et nous réfléchissons toujours à comment nous allons les jouer en live. Ross : Quand nous composons, nous avons besoin dans les chansons d'un milieu, d'un revirement et, en effet, d'un point culminant.
Je pense que c'est cette façon de fonctionner qui fait de vous un groupe à part parmi la scène irlandaise actuelle. A ce propos, j'évoquais avec Makeshift Art Bar tout à l'heure cette incroyable richesse qui nous vient d'Irlande : certes les styles divergent mais il se passe véritablement quelque chose dans votre pays depuis quelques temps...
Ross : Oui ! J'essaye de réfléchir à un moment clé dans la culture et les arts en Irlande. Il y a une dizaine d'années, nous avons eu un groupe comme Gilla Band, qui est notre préféré. Ont en effet suivi Fontaines D.C. et The Murder Capital, des références que tu as bien citées, ça correspondait dans notre vie au moment où nous étudions le cinéma et où nous commencions à faire de la musique. Nous nous sommes sentis naturellement absorbés par cette vague de créativité, et nous nous en sommes naturellement inspirés, mais nous avons aussi bien travaillé à trouver notre propre style. Ce qui est génial, c'est que cette vague de groupes continuent de déferler, ça ne s'arrête plus.
En Europe, nous avons été très focalisés sur la scène anglaise depuis le début des années 2000, malgré l'existence de très bon groupes irlandais à ce moment. Nous avons bien senti que l'Irlande revenait en force en 2019, et maintenant, on semble presque uniquement se focaliser sur ce qu'elle produit...
Ben : Pour être honnête, c'est bien en Angleterre que tout a débuté au début des années 2000 avec des groupes comme Arctic Monkeys, qui ont remis la guitare au goût du jour, alors qu'en Irlande, on cumulait déjà le nombre le plus important de prix Nobel ramené au nombre d'habitant, et la scène n'a cessé d'exister depuis 50 ou 60 ans. Mais je pense que cette émergence du rock anglais à l'époque a tout emporté, tous les Irlandais partaient s'installer à Londres, comme mes propres parents dans les années 80 ! Aujourd'hui on revient vers la mise en avant de la scène locale, également au niveau des récompenses comme le Mercury Prize qui inclut des artistes irlandais.
Vous tournez avec Makeshift Art Bar en ce moment, qui viennent également de Belfast, on retrouve beaucoup de doubles affiches irlandaises, et souvent ceux qui étaient en premières parties deviennent ceux qui proposent leurs propres premières parties à d'autres groupes émergents. C'est essentiel selon vous ?
Ross : Le but est de donner sa chance à des groupes locaux. Nous demandons toujours quels groupes intéressants originaires des pays où nous nous rendons pourraient partager l'affiche avec nous. Pour cette tournée, nous avons de nouveau invité Makeshift Art Bar car nous avions déjà tourné avec eux l'an passé et nous sommes devenus fans. C'est évidemment aussi l'occasion de mieux les faire connaître, et nous aimons tourner au Royaume-Uni avec des groupes irlandais !
Où allez-vous jouer en France prochainement ?
Ross : Nous jouons pour la première fois à Grenoble, nous ne connaissons pas du tout cette ville, et on nous a informé que les billets se vendaient très vite ! Nous avons hâte de découvrir la ville.
Vous avez déjà un avis sur le public français ?
Ross : Nous l'adorons !
Et comme vous avez également joué ailleurs en Europe, peut-être avez-vous une préférence ?
Ben : Il n'y a pas de préférence, les spectateurs vivent tous de façon différente l'expérience du live, mais ce qui ne change pas c'est le public qui vient à notre rencontre à la fin du show, au stand merchandising, pour nous saluer. Bien sûr, ce que nous préférons, c'est quand les gens deviennent complètement fous, ça rend la synergie encore plus puissante.
Vous venez de partir en tournée aux États-Unis, comment cela s'est-il passé ?
Ben : C'était très fatigant ! (rires) Nous avons donné quelques concerts au festival SXSW à Austin, au Texas, nous avons encore nos visas et comme ils nous coûtent plutôt chers, nous essayons d'en tirer un maximum de profit. Notre maison de disques est basée à New York, c'est dont important pour nous de jouer là-bas, et c'est aussi un rêve de gosse de partir en Amérique.
Comment le public américain vous a découvert ? Via la radio peut-être ?
Ben : Oui, on nous diffuse sur leurs radios universitaires, celles avec toutes le lettres comme nom ! (rires) Ross : Et il y a toujours des tas d'Irlandais qui vivent aux États-Unis, et plein de bars irlandais aussi !
Pour terminer, j'aimerais savoir ce que vous écoutez actuellement ?
Ben : Nous adorons un groupe qui s'appelle MMMouth, ils ont sorti leur album cette année. Et ils viennent aussi de Belfast !