L'année dernière, on titrait que The Orchestra (For Now) étaient les nouveaux Man/Woman/Chainsaw, comme si Man/Woman/Chainsaw c'était les Beatles. En 2026 la routourne a tourné, le premier album est arrivé et enfin on peut le dire : Man/Woman/Chainsaw, c'est vraiment les Beatles ! Déjà ils sont quatre… enfin six, mais six c'est quatre plus deux, c'est presque pareil. Ensuite ils viennent de Liv… de Londres, mais allez, c'est le même pays. Et enfin, inspirés par la musique pop de leur époque ils l'ont déjà dépassée et sont en train d'en redéfinir les contours mieux que personne.
Pour ceux qui, en 2026, auraient la chance de ne pas encore savoir qui sont Man/Woman/Chainsaw (soit probablement 90% d'entre vous), un petit topo s'impose : Billy Ward et Vera Leppänen deviennent amis à l'école en discutant des Beatles (évidemment), passent leur confinement du COVID-19 à faire des reprises de Nirvana et d'Adele dans leur chambre, et sortent de cette période à la fois compliquée et génératrice avec l'idée d'un groupe, d'un homme, d'une femme et d'une tronçonneuse.
Viennent les rejoindre une batteuse, Lola Cherry, puis deux amies d'école formées au conservatoire : Emmie-Mae Avery au piano et Clio Starwood au violon. Power Rangers pop-rock, les cinq musiciens dansent et s'assemblent en un MegaZord conjuguant ados grunge, chanteuses lyriques, envolées orchestrales techniques et puissance de feu rock n'roll. Une puissance de feu qui double ses dégâts en montant sur ses canons la Flying V de Billy Doyle, deuxième guitariste du groupe ajouté d'abord pour les concerts puis pour de bon peu avant leur premier EP.
L'EP, Eazy Peazy, la première danse des six mousquetaires, le plus brillant des tâtonnements musicaux. Du punk, de la musique bruitiste, de la grande pop lyrique, une douce ballade et puis l'Everest Ode To Clio. Un des plus grands EPs de la décennie et pour Man/Woman/Chainsaw presque un brouillon sur lequel se lit déjà la suite : un premier album intitulé Cannonball, pièce majeure dans la refonte en cours subie par la pop-rock mainstream et dans la compréhension de ce qu'est Man/Woman/Chainsaw. Une chambre de jeune adulte remplie d'objets et d'histoires diverses, collectées en deux dizaines d'années de vie, une atmosphère cosy et bordélique et au centre de l'image l'occupante des lieux qui saute sur son lit, autant d'excitation que de rage et de désespoir.
Man/Woman/Chainsaw encapsulé dans une pochette et sur onze chansons : de très jeunes adultes qui s'amusent, s'aiment, s'enragent et se séparent avant d'aimer encore dans le tourbillon des sollicitations du Londres de 2026. Musicalement, un bordel organisé autour des voix de Vera Leppänen à la basse, Billy Ward à la guitare et Emmie-Mae Avery au piano, sublimé par l'ouragan électrique au centre duquel danse, joue et rit les yeux fermés Clio Starwood, renommée depuis son nom de Harwood parce que c'est elle la star.
Mais réduire cet album à Clio et son violon ne serait pas seulement une erreur mais aussi une grave méconnaissance de ce qu'ont enfin trouvé Man/Woman/Chainsaw dans leur vie : l'équilibre. Cannonball marque, plus encore que les deux singles Adam & Eve et MadDog, ce moment où le groupe a arrêté de jouer à six fois un pour se mettre à jouer à un fois six. Un pour tous et tous pour un, les voix s'assemblent et se séparent, les instruments vont et viennent en attendant de tirer tous ensemble le bouquet final.
En solo ou en duo, le piano d'Emmie Mae-Avery se fait une place au paradis sur Lighter, la chanson préférée de votre chanson de mariage préférée, passe derrière le bar pour servir la crooner-rock Flick Of The Wrist jusqu'à la fin de soirée et la soul grandiose de Canyons. Soul, pop, lyriques et rock n'roll, Man/Woman/Chainswa sont tout ça à la fois et séparément : Snakebite et Still Angry en douce fureur contenue sur lit de cordes frottées, Canyons et Get Up And Dance des orages déchaînés, Nosedive la boucle pop du vingt-troisième siècle et The Thing la plus grande chanson de rock n'roll de l'année.
La voix de Billy pour la crasse électrique, celles d'Emmie et Vera pour la tendresse lyrique et la colère divine, un violon quantique remplissant toutes les couches de la bande sonore et une section rythmique avec le jeu de jambes de Kobe et le déhanché de Doechii : Man/Woman/Chainsaw ont récupéré tout ce qui fait la culture pop-rock de 2026 et l'ont mis dans un premier album qui recompile à la source les codes du genre. En définitive, Cannonball représente la quintessence de ce que pouvaient offrir ces deux ados qui jouaient des reprises de Nirvana et d'Adele dans leur chambre. Black Country, New Road, Jorja Smith et Wolf Alice attachés à une fusée scotchée à quatre réacteurs nucléaires sur le dos d'une tortue cosmique, et peut-être un nouveau standard de ce que pourrait et devrait être la pop-rock mainstream. Une barre mise tellement haut que la concurrence est partie acheter des télescopes en urgence, téma la barre, on dirait Thomas Pesquet.