Fin septembre 2026. Chez Nadine, la soirée de lancement de WOOF., le premier album de Fat Dog, bat toujours son plein.
« You better wither baby before you die ! Tchik Boom Tchik Boom ! I’m the King of the Slugs ! You’re all the same to me ! YEAH ! I just watched Karate Kid 2 ! Bang bang bang bang then bang ! WOOF ! ».
Ah ben dis donc, qu’est-ce que tu fais là, toi ? [@rchtk#&/ststs… suite inaudible]. Quoi ? J’entends rien avec la musique à fond. Une chronique de quoi ? T’es là pour le nouvel album de Fat Dog ? Sérieusement ? Mais on est encore en train d’écouter le premier. Regarde, y’a Nadine qui vient de s’enfiler le saladier de sangria cul sec.
Allez, fais pas le con et viens avec nous. Non ? Y’a vraiment déjà un nouvel album ? Et je dois le chroniquer ? Moi ? Bon, attends deux secondes.
Nadine ! Y’a un gars qui dit qu’il est là pour la chronique du nouvel album de Fat Dog. Tu l’as écouté ? Ah super, tu voudrais pas le chroniquer, ça m’arrangerait ? Quoi ? T’es encore sous acide ? Alors là non, Nadine, on n’écrit pas une chronique d’album sous acide chez Sound of Violence, sauf si t’es Adonis Didier.
Bon ben j’vais m’y coller même si j’l’ai pas écouté. Laisse-moi trente-quatre minutes et vingt-quatre secondes et je reviens vers toi. Entre nous, ça doit pas être dégueu.
Trente-quatre heures et vingt-quatre minutes plus tard…
Nadine ! Je viens d’écouter soixnate fois le nouvel album de Fat Dog. C’est encore une dinguerie, t’aurais pu me prévenir. C’est quoi son titre ? Cancel Me (I’m Tired) ? Ah oui, tellement 2026.
T’es toujours là, toi ? Quoi, tu veux ta chronique ? Bon allez, Hey ! Ho ! Let's go !
Joe Love a une nuque longue, une moustache, un chapeau de cowboy, un manteau en cuir comme dans Matrix, un bandage à la main et des santiags. Il officie sous le nom de Fat Dog avec six de ses copains de biture. Ça s’appelle un septuor. Fat Dog ont été à deux doigts de représenter l’Angleterre à l’Eurovision. Ça aurait été drôle, mais comme Cole Palmer et Phil Foden, ils ont été contraints de regarder ça à la télé. Leur label Domino Records présente Cancel Me (I’m Tired) comme « un triomphe électro-punk-art-pop-rock’n’roll-space-country grisant, arrogant, panoramique, inventif, réinventif et re-réinventif, qui mérite tous les adjectifs possibles ». Je n’aurais pas dit mieux. Nadine aurait dit pareil.
Fat Dog étaient crevés après avoir fait le tour de la planète et ne rêvaient que d’une chose, être cancel pour pouvoir se taper une petite sieste kiltran. Faut dire que les gars n’ont pas chômé depuis deux ans. Ils ont conquis le monde, foutu le dawa dans tous les festivals de la terre et sorti Peace Song, un banger qui n’est présent sur aucun de leurs albums, à l’instar des meilleures chansons de The Smiths.
Ensuite Joe Love s’est marié dans une chapelle de Las Vegas sous l’égide d’un sosie d’Elvis. Puis Joe est entré en studio pour enregistrer dix chansons sur l’addiction, l’amour, l'IA, les extraterrestres, le SM, H&M et les M&M’s. Le résultat s’appelle Cancel Me (I’m Tired) et, comme aurait pu nous le dire Nadine dès le début, c’est sacrément chanmé.
C’est bon là, ou tu veux que je parle des chansons aussi ? D’accord mais c’est vraiment parce que je t’aime et que personne ne t’attend nulle part.
Alors ça part pied au plancher, à fond les ballons, tout feu tout flamme avec Smile And Wave. Gros riff metal, saxophone à tue-tête et nappes de synthé qu’on croirait tirées d’un film de SF des années 80s, la bande à Joe joue les gros bras d’entrée de jeu. Un début en trompe l’œil tant l’album va alterner uppercuts et bisous dans le cou. Le gros chien a grandi et s’est forgé des biscottos d’acier mais aussi un petit cœur de guimauve. Soit exactement l’inverse d’un journaliste musical. Il n’est d’ailleurs pas impossible que Go Fuck Urself nous soit dédié et ça tombe bien, on adore ça. Le single Cancel Me (I’m Tired) tire ensuite le meilleur des deux premiers titres, à savoir l’énergie contagieuse de l’un et le délire synthpop de l’autre.
Contrairement à ce que son titre pourrait laisser supposer, c’est Heart of Darkness qui vient le premier nous faire des bisous dans le cou. Car oui, Joe Love n’est pas qu’un sympathique animateur de soirée, c’est aussi un putain de songwriter, capable de nous mettre des frissons tout le long de l’échine et les poils sur les bras avec deux bouts de ficelles et un caillou, comme à l'époque où les gamins savaient s’amuser sans téléphone (dixit Nadine). La vérité, c’est beau comme Ethan P. Flynn, peut-être même comme Silver Gore. Et il y en a d’autres dans la même veine, comme le déchirant Snakes, qui ressemble à un titre de The Pogues si Shane MacGowan avait encore eu des dents. Joe Love nous y glisse tendrement : « Appelle si tu te sens un peu triste ». Hotline Bling.
Et puis dernier bisou dans le cou mais cette fois avec la langue et une grosse marque de suçon, Aliens. C’est le dernier titre de l’album et pour le coup c’est encore mieux que les autres, c’est beau comme du Famous, le génie incompris du Windmill. « You’re the reason why Aliens don’t come », ça c’est de la déclaration d’amour, du genre de celle qu’on aurait envie d’adresser en retour à Fat Dog. Avec eux pas besoin d’extraterrestre. Et pas d’extraterrestre ça veut dire pas de film de Steven Spielberg et ça c’est toujours une bonne nouvelle.
Bon, il nous reste quoi comme titres à couvrir ? Shit Love ? « It’s a nightmare, coming over me » à toute berzingue, du punk klezmer épileptique. Tu vas adorer ! Call It What You Want ? Quand le moins bon titre de ton album pourrait être le lead single de 90% de la concurrence, c’est plutôt bon signe. Next. Bad Dog ? Oh coquin ! Je te vois déjà sautiller et t’imaginer en clôture de festival à pogoter à en perdre tes clés, ton portable et ta dignité dans une flaque de boue et de bière. « I’m a Bad Dog, I’m a real Bad Dog ».
Terminons par The Devil, titre western spaghetti qu’on imaginerait parfaitement interprété par un mec avec une nuque longue, une moustache, un chapeau de cowboy, un manteau en cuir comme dans Matrix, un bandage à la main et des santiags. Comme quoi, parfois le monde est bien foutu. Et parfois Sound of Violence termine dans Le Figaro pour avoir laissé des punks anglaises insulter Marine Le Pen. Si c’est comme ça, alors Cancel Me (I’m Tired) .