C'est le mois de la rentrée. Et qui dit rentrée dit retour des devoirs, retour des albums, et du tant attendu cinquième album de Fontaines D.C., qui semblent tout droit foncer vers des contrées plus pop, moins guitaresques, plus synthétiques, trop mainstream... Pouah, et en plus, ils vont faire un featuring avec Rosalia, ça y est, on les a perdus. Mais, comme ils disaient sur leur morceau Chequeless Reckless : « What's really going on? ».
Eh bien Jamie, il se passe que peu importe ce que l'on pense de cette évolution, ces dernières années, dans leur sillage, ils ont inspiré et emporté toute une ribambelle de groupes à guitares irlandais, avec des ambiances de plus en plus sombres, à l'image de notre époque. Et que maintenant, on n'a plus besoin de compter sur eux si l'on veut du rock irlandais à guitares dans nos nouveautés. Par exemple, au moment où je vous parle, le quintet dublinois Gurriers vient de sortir son deuxième album, Nobody's Coming To Save You. Observons tout cela de plus près.
Une guitare distordue, un chant sombre et nonchalant accompagné d'explosions bruitistes et un slogan répété comme une prophétie bien déprimante : « Nobody's coming to save you ! » L'ambiance est lancée, et illustre bien ce que représente ce disque : le monde part en vrille, regardez bien, écoutez bien. On peut quand-même vous faire danser si vous voulez, tenez, prenez un peu d'ambiance funky avec Party Lines. Oui il y a des bruitages de lit d'hôpital, vous ne croyiez quand-même pas qu'on allait rigoler ? Shades oscille quant à elle entre instrumentations sèches et minimalistes et explosions de guitares métalliques bien industrielles. C'est anxiogène à souhait.
Mais alors, Pins prend une direction un peu différente, les instruments cessent quelques instants leur fourmillement pour se laisser de l'espace, le temps d'une respiration, d'une introspection sur l'amour, une image dévalorisante renvoyée par le miroir. Un morceau qui montre une autre facette de la musique de Gurriers, et qui permet de mettre davantage en valeur les morceaux noise-rock à la sauce Gilla Band.
Drones ralentit le tempo avec un morceau linéaire, survolant la ville avec son voyant rouge menaçant, dans une ambiance trip hop se rapprochant d'abord de Massive Attack, avant de larguer sa bombe, mélange de batterie frénétique, de cris, de guitares suraiguës, et de basse qui crisse agressivement. Et quand l'explosion a fait son œuvre, on ne peut que constater les carcasses de guitares brisées qui se laissent mourir en fin de morceau.
Lourd de sens, avec son débit presqu'enfantin, Nothing Ever Happens Twice, est un tube dont l'urgence fait plaisir à écouter, on imagine aisément l'ambiance explosive en concert, avec son efficacité punk se croisant avec une ambiance noise industrielle. Pourtant, le morceau le plus bordélique est le suivant : Waiting For Fisher semble très en retard, comme s'il voulait rattraper le dernier morceau de l'album. Loupé : l'avant-dernier, I Wish I Was, se rapproche d'une ballade. Une ballade à la Gurriers, mais une ballade tout de même. Même l'assemblage final de tous les instruments en fin de morceau a une saveur différente des autres titres et passages explosifs de l'album : l'intensité émotionnelle est forte, mais moins anxiogène, plus réconfortante. Crybaby continue dans la même lancée, quoique plus bruitiste, et évoque par moments Frank Carter & The Rattlesnakes. Les cris féroces ont été remplacés par un très beau chant intense.
Avec ce deuxième disque, Gurriers montrent qu'ils en ont sous la pédale, élargissant leurs horizons via leur nouveau label, Play It Again Sam. A noter, si vous n'étiez pas convaincus qu'il faille écouter ce disque, que celui-ci a été produit par Mark Bowen d'IDLES et Loren Humphrey de Geese, et mixé par John Congleton (St. Vincent, Modest Mouse, Swans).