Le soleil de Saint-Malo accueille la 34ème édition de l’un des meilleurs festivals de l’hexagone : La Route du Rock dans son écrin du fort de Saint-Père-Marc-en-Poulet. Ce festival à la riche programmation, encore une fois cette année, a gardé son ADN depuis de nombreuses années, tout en s’adaptant à la nouveauté. Pour ma part cela fera ma 17ème édition, pile la moitié… Et c’est non sans émotion que je franchis une nouvelle fois la porte de fort pour cette première soirée du jeudi !

Les américaines de
Horsegirl sont chargées d’ouvrir le bal avec leur rock tendu et abrasif en mode power trio. Les mélodies entêtantes s’enchainent avec une classe sans faille et on retrouve avec joie les meilleurs moments de leurs albums dont le fameux tube
Anti-Glory qui fera remuer le public pour la première fois du festival. Entre déflagrations sonores monocordes et hyper-directes et accalmies transitoires de quelques passages aériens proches de la twee pop, Horsegirl nous enivrent de mélodies faites pour danser et s’émouvoir, lorsque les voix s’emmêlent dans un périple au tempo élevé. On a à peine commencé et c’est déjà un petit cœur sur le papier.
La grande scène s’ouvre à nous avec
Cate Le Bon dans une ambiance lumineuse de fin du monde. La Galloise suspend littéralement le temps en tentant de le ralentir avec sa voix fredonnée et sa guitare aux accents surf, mêlant folk et une certaine déviance lo-fi dans des sonorités millimétrées. La musicienne et son groupe tout de blanc vêtues font entrer le fort en lévitation, nous laissant dans la béatitude d’une prestation en clair obscur. La nonchalance du psychédélisme engendre la contemplation, d’autant plus lorsque le saxophone rejoint la guitare électrique et la voix de Cate qui s’envole dans les aigues. N’oublions pas la section rythmique toujours très présente dans les concerts de Cate Le Bon, une pierre angulaire en fil rouge. C’était bien bon.

Trente ans après leur première apparition à La Route du Rock,
The Divine Comedy fait son retour, même si on se souvient de plusieurs passages intermédiaires. Neil Hannon et sa classe de dandy pop sont en pleine forme. Sa voix si reconnaissable s’élève pour égrainer les meilleurs morceaux du groupe venue à huit pour multiplier les orchestrations. Que ce soit au violon, aux claviers ou au shaker à cocktail, les nord-irlandais sont sur tous les fronts. Le genre de groupe qui parvient à ramener à nos oreilles des titres oubliés mais qui représentent toute une époque, comme ce
Bad Ambassador : l’année 2001 à lui tout seul. La mélancolie, la beauté et la justesse des arrangements termineront de nous coller un smile aussi indélébile qu’un sticker des Gérards

C’était un peu l’OVNI de cette première journée, les norvégiennes de
Smerz aux cheveux volants derrière leur ventilateurs, envolent un électronica mystérieux et trépident. De longues nappes flottantes et synthétiques accompagnent leur voix tantôt parlées ou chantées, perdues quelque part entre Beach House et Air. Des influences orchestrales classiques se font ressentir mais samplées et remixées dans un labyrinthe électro magnétique subjuguant. Le violon s’emmène au vent autant que les cheveux ventilés, on se laisse emporter. Allo Major Tom ?

Le
Darkside of the Fort de Saint-Père s’installe sur la grande scène et on commence à comprendre à quoi les programmateurs ont voulu nous préparer. La soirée bascule dans un synthétisme au ralenti avec de longues plages ambient à faire tourner des tourbillons dans nos yeux salés. La nuit est tombée et après une entrée en matière toute en langueur, le light-show s’affole pour réclamer la danse au public. Nicolas Jaar montre tout son talent de producteur de sonorités spatiales et dissonantes tandis que Dave Harrington place sa guitare pour nous ramener sur la terre ferme. Nous voilà tiraillés entre une énergie de club techno sous substance et une étendue bucolique de prairie jaunie par la canicule. Un concert de Darkside, c’est un peu comme se prendre toute la flotte des satellites Starlink sur le coin de la face mais rigoler parce qu’on voit enfin les étoiles dans le ciel.

OK fini de jouer, place au punk avec nos amis anglais de
DITZ et leur énergie sans commune mesure. Leur charismatique leader Cal Francis se trouve être dans un forme olympique, sautant dans la fosse avant même le premier titre. Le voilà qui s’élève porté au milieu du public avant de sauter pour un stage diving mémorable. Il ne cesse de réclamer mosh pit sur circle pit à un public qui ne demandait que cette étincelle pour exploser. Leurs sonorité graves venues tout droit de l’enfer fait le lien entre post-punk et rock indus, le tout subjugué par les enrouements criards de Cal Francis en mode pile électrique. La connexion se fait entre un groupe harangueur qui lâche ses meilleurs riffs heavy et une fosse qui bout comme du beurre sur le billig. Une énergie déployée qui pourrait chauffer la ville de Châteauneuf-d’Ille-et-Vilaine pour l’hiver.
La prêtresse Peaches termine la soirée, me rappelant l’un de mes premiers concerts à La Route du Rock en 2004. Enchainant les cascades chorégraphiques électro-clash autant que les costumes, la canadienne n’a rien perdu de son sens du spectacle. Le show théâtral mélange références sexuelles et électro-rock bizarroïde et percutant qui pousse le public à la folie. On n’en sortira pas indemne et on met un terme à cette première journée de festival.
Entre des moments hors du temps et précieux avec The Divine Comedy, Cate Le Bon ou Smerz, des passages plus excités avec Horsegirl, DITZ et des déflagrations électroniques de Darkside et Peaches, cette première journée à tenu toute ses promesses. On y est, on y reste !
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