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Fontaines D.C.

Montreuil, Bal Chavaux - 2 septembre 2026

Live-report par Laetitia Mavrel

Dans la petite salle sombre à l'atmosphère déjà moite, le public se presse contre la scène à hauteur de mi-genou, les rangs successifs de fans, bière à la main, sentent la pression monter à l'idée de retrouver leur groupe favori, le joyeux brouhaha des cinq-cent spectateurs tous occupés à discuter et rigoler entre eux couvre la musique d'ambiance qui sort des amplis grésillants. Un cadre normal... en 1997. Mais nous sommes en 2026 et l'obligation de déposer en consigne son smartphone à l'entrée du Bal Chavaux à Montreuil pour cause d'interdiction de filmer le concert de Fontaines D.C. nous oblige à remonter dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, comme le disait le vieux Charles, et nous dorénavant.

Ce soir, peu sont les privilégiés à avoir réussi à décrocher le sésame lors de la mise à disposition plus que chaotique des places pour le concert privé des dublinois, de nouveau organisé par notre ami Michka Assayas et France Inter. Avec une liste conséquente d'invités divers et variés, les fans ont donc dû jouer des coudes dans la longue file d'attente virtuelle vers la billetterie de Radio France, un mercredi matin entre le café et le bol de corn flakes. Pour ceux-là, la fierté est réelle et le sentiment d'un sans-faute se révèle chez votre fidèle chroniqueuse, après avoir réussi à ne rater aucune des quatre prestations radiophoniques du groupe : pour mémoire la première en plein COVID-19 en 2020, alors assise et masquée au studio 104, la seconde en direct du Bataclan en 2022, les musiciens fidèles à leur promesse de revenir dans la salle du Boulevard Voltaire dont ils nous avaient fait part en interview, puis la troisième de retour à la Maison de la Radio et de la Musique en 2024 pour le lancement de l'album qui allait leur ouvrir les portes du succès mondial, Romance.

Ce soir changement d'environnement, c'est au Bal Chavaux à Montreuil, ancien cinéma d'art et d'essai transformé en salle de concert que les antennes de France Inter se sont installées. Situé au cœur d'un centre commercial, coincé entre Bricorama et Monoprix, l'endroit a maintenu une patine très vintage avec sa salle engouffrée au sous-sol munie d'un éclairage modeste et d'un petit bar. Ce qui change vraiment est la logistique autour de Fontaines D.C. eux-mêmes, l'image et la communication du groupe étant depuis déjà deux albums extrêmement verrouillées. Le public n'échappe pas à la règle, il est alors exigé de déposer notre téléphone dans des petits sacs scellés le temps d'assister au concert.

Nous laisserons les pour et les contre cette méthode radicale s'exprimer en commentaires sur nos réseaux sociaux, en attendant nous nous plions aux consignes et c'est alors dans des conditions telles que nous les avons connues il y a maintenant sept ans lors de la sortie de Dogrel que nous retrouvons Fontaines D.C. En bon hôte, Michka Assayas vient nous présenter ce nouveau concert exceptionnel, ne dissimulant pas son admiration sincère pour le groupe. La foule est bigarrée, entre fans devenus inconditionnels grâce à l'explosion de Romance qui reprendront l'intégralité de ses titres par cœur, et le public France Inter avec ses looks de profs de lycée, fidèles des sessions live qui n'hésitent pas à se ruer sur les tickets quel que soit l'artiste. C'est évidemment les premiers qui se situent au plus près de la scène et qui mettront le feu dans la petite salle, pour le plus grand plaisir de Grian Chatten qui continue sa mue pour se métamorphoser en bête de scène, prêt à dompter les plus grandes foules du monde entier, on en veut pour preuve leur concert à l'Accor Arena à Paris du 13 novembre prochain dont la mise en vente des billets cause actuellement de nombreuses crises de nerf derrière les écrans.

La setlist dévoile une majorité de titres issus de Skinty Fia et de Romance et sont bien ceux que le jeune public maitrise de bout en bout, Dogrel n'étant présent que via l'explosif Boys In The Better Land en guise d'introduction alors que A Hero's Death est malheureusement totalement éclipsé. Fontaines D.C. assument totalement leur ouverture à un public plus large, tout en continuant de distiller leur fougue et leur rage dans une musique devenue plus sophistiquée, plus recherchée. J'entends encore les puristes qui regrettent l'évolution de leur style et pourtant, rares sont les groupes de post-punk pur et dur à remplir avec leurs titres bileux des salles de dizaines de milliers de personnes, sous peine d'oser un passage à la catégorie supérieure sans aucune transition et de retomber au sol tel un gros pétard mouillé qui termine dans les bacs à solde à 1€. Le talent de composition de nos amis s'affine avec le temps et leur capacité à lier intrinsèquement émotion et puissance, tout en s'extirpant du carcan guitare-basse-batterie souvent réducteur, est le cheminement naturel vers une carrière longue et fructueuse.

Malgré les différences d'âge, l'harmonie règne au Bal Chavaux et on en profite pour découvrir trois des prochains singles de Dopamine Chamber à paraitre le 16 octobre, qui crantent un peu plus la nouvelle direction que prend le son du groupe : le délicat Happy For You, le sombre et très cold wave Six Shot Morning avec les notes hypnotiques jouées par Conor Curley qui apportent une belle tension au tout et Marianne, le single à la base écarté du tracklisting mais finalement réintroduit en hommage à leur ami et manager dernièrement disparu, Trevor Dietz. La patte de James Ford, de nouveau appelé aux commandes de ce nouvel opus est imposante et permet la mutation de ce petit groupe de gamins énervés qui nous rentrait alors dedans sans préliminaires en une formation solide, cohérente, inspirée et surtout qui continue de parler au plus grand nombre. Tom Coll à la batterie (difficilement observable avec la tonne de fumée répandue sur la scène), Conor Deegan et Conor Curley aux basse, guitare et clavier ainsi que Carlos O'Connell à la lead guitare se donnent au maximum mais toujours avec beaucoup de retenue alors que les regards se dirigent principalement sur le look (t-shirt du du Cwmbran Celtic FC floqué au nom des écossais de Mogwai) et la nouvelle prestance de Grian Chatten et ce soir, dans cet espace restreint aux senteurs de cave humide, c'est le Fontaines D.C. des pubs et des petites salles que nous avons le privilège de retrouver, un petit retour aux sources avant l'avalanche qu'ils vont de nouveau déclencher dans le monde entier à grand renfort de gigantesques arénas et autres stades sold-out.

Mais ce qui nous a le plus émus est bien d'assister aux premières idylles entre un public jeune et un groupe, là où nous avons connus les mêmes sensations aux mêmes âges pour The Cure ou Pulp pour certains, pour The Strokes ou Arctic Monkeys pour d'autres, Fontaines D.C. sont en train de laisser une empreinte indélébile chez ces fans alors en pleins rudiments, et cela les marquera à vie.
setlist
    Boys In The Better Land
    Nabokov
    Marianne
    It's Amazing To Be Young
    Roman Holiday
    Bug
    Happy For You
    Big Shot
    Favourite
    In The Modern World
    Six Shot Morning
    I Love You
    Starburster
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