IST IST est le groupe typique de l'ère post-COVID-19, que l'on a découvert durant les confinements alors que nous étions privés de concerts. Nous portons donc une affection toute particulière aux mancuniens qui, avec bien d'autres, nous ont aidés à sortir la tête du marasme dans lequel nous nous embourbions. Lorsque nous avons découvert Adam Houghton, Joel Kay, Andy Keating et Mike Peters, ce fut un petit coup de foudre aux couleurs plutôt sombres, de celles qu'a revêtu la scène mancunienne lors de son explosion aux yeux du monde à la toute fin des années 70. Entre punk et cold wave, entre ambiance des faubourgs industriels de la ville alors à l'abandon et émergence des sonorités synthétiques qui vont marquer au fer rouge les années 80, ce sont de très grands noms devenus cultes qui vont alors émerger et ainsi façonner notre culture musicale.
IST IST ont déjà fait l'objet dans nos colonnes de nombreuses comparaisons. Ces dernières se sont toujours révélées justes, et c'est en découvrant le groupe sur scène dès 2023 que l'on n'a pu que confirmer l'héritage que porte fièrement le groupe. Cependant, c'est aussi le petit reproche que nous leur faisons depuis lors. Qu'en est-il donc avec leur cinquième album studio DAGGER ? Tout d'abord, il faut saluer la productivité des musiciens, avec cinq EPs entre 2016 et 2019 puis cinq albums depuis 2020, voilà de quoi ranger sous le tapis toute idée que la patience a du bon. Titre après titre, IST IST ont façonné leur style unanimement post-punk des origines, les influences de leurs ainés de l'écurie Factory Records étant clairement assumées.
En 2026, nous attendons tout de même un petit truc en plus de la part de IST IST. Ce petit truc, nous le décelons dans DAGGER, cet album officiant sa transition comme, et ça n'est presque pas une surprise, l'ont fait avant eux leur modèle, lorsqu'il a embrassé les synthétiseurs et autres boîtes à rythmes lui permettant de fonder un nouvel ordre. Cela étant dit, IST IST ont tout autant appuyé sur la pédale d'effet que sur les nombreux claviers qu'ils utilisent dans DAGGER, rendant l'atmosphère véritablement plus rageuse, plus intense, tout en ne se séparant jamais de ce qui fait l'ADN même de leur musique : la patine toujours extrêmement attirante du petit monde de la cold wave.
Ligne de basse lourde, guitares aux larsens qui flirtent avec du hard rock FM, nos amis ont décidément un peu de mal à se dissocier des années 80. Et pourtant, la recette fonctionne car les titres sont, pour chacun d‘entre eux, beaucoup moins linéaires et redondants comme on pouvait le regretter sur les trois derniers disques. On aime l'abondance de boucles hypnotiques, des sons un peu primaires, un petit air « à la » Depeche Mode quand les Basildoniens testaient tout et n'importe quoi pour constituer leur banque de samples devenus maintenant mythiques.
Ce qui ne change pas, c'est le chant. Adam Houghton continue de façonner l'identité du groupe avec sa voix d'outre-tombe, et donc, continue également de représenter pour certaines oreilles un véritable obstacle à adhérer au son du groupe. Son style très pesant se pose même en petite contradiction avec les morceaux dont la musicalité s'est étoffée, a évolué du point de vue de la production, tombant beaucoup moins dans la facilité. Le single d'ouverture I Am The Fear en est la preuve, son accroche est automatique, et va mettre le feu dans la fosse. On aime également la puissance plus brutale que dégage Burning, la mélodie très prenante de The Echo avec sa cadence un peu martiale alors que d'autres morceaux renouent encore un peu trop avec le mimétisme que ne peut s'empêcher de pratiquer le groupe comme avec le très « new orderien » Obligations.
Au final, DAGGER s'émancipe un peu de l'atmosphère des albums précédents, en insufflant au travers des dix morceaux une nouvelle énergie, en apportant plus de matière au tout, notamment grâce à la force des guitares. Un premier pas vers une évolution plus personnelle ? C'est évidemment ce que l'on souhaite pour la suite de leurs aventures.