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Nathan Fake

Evaporator

Nathan Fake - Evaporator
Chronique Album
Date de sortie : 20.02.2026
Label : InFiné
35
Publié par Franck Narquin, le 17 février 2026
Depuis plus de vingt ans, Nathan Fake s'impose comme l'une des voix majeures de la musique électronique britannique. Il n'a cessé de faire muter son style, quelque part entre electronica pastorale aux inflexions shoegaze et IDM anguleuse et bruitiste. Après le virage plus mélodique de Crystal Vision (2023), il signe avec Evaporator son premier album résolument diurne. Non pas un disque d'after à gober au petit matin mais, selon ses termes, « un album qui regarde en face la lumière du jour, avec cette sensation tangible de l'air qui vous fouette le visage ». Et, finalement, cela tombe bien. Il faut un jour prendre sa retraite de clubber. On finit irrémédiablement par raccrocher les gants, mais jamais la passion. On reste fan d'électro au nom du père Kraftwerk, du fils Aphex Twin et du Saint-Esprit du Berghain.

Dès Aiwa, Evaporator annonce la couleur. Le beat est sec, presque lourd, mais baigne dans une atmosphère étonnamment aérienne. Nathan Fake installe un réveil progressif, une montée en lumière. L'album avance ainsi par palier, alternant énergie contenue et larges respirations. Hypercube injecte une énergie rave plus frontale, accrocheuse, sans jamais sombrer dans l'euphorie facile. Nathan Fake semble ici dialoguer avec son passé club tout en le tenant à distance, comme un souvenir encore vif mais désormais maîtrisé. À l'inverse, Yucon ou Sunlight On Saturn s'enfoncent dans une ambient ample et contemplative, presque suspendue, où le temps semble se dilater.


Cette oscillation entre tension et relâchement constitue l'un des grands équilibres de l'album. Bialystok, avec ses nappes de synthé grésillantes, et The Ice House, traversé d'arpèges cristallins, illustrent cette écriture en clair-obscur, tout est texturé, mais jamais clinquant. Même lorsque Nathan Fake convoque des synthés aux couleurs rétro, comme sur You'll Find A Way et son imaginaire de science-fiction vintage, il le fait sans nostalgie appuyée, préférant l'évocation à la citation. Les collaborations renforcent cette impression de respiration contrôlée. Baltasound, en featuring avec Dextro, se construit comme une longue montée, patiente, presque chorale, tandis que Orbiting Meadows, partagé avec Clark, s'impose comme une pièce ambient délicate, parcourue de notes microtonales, d'une beauté fragile et retenue.

La fin de l'album confirme cette volonté de toucher juste, sans en faire trop. Slow Yamaha déploie un groove étonnamment addictif, teinté d'accents 80's, avant que Black Drift ne referme le disque dans une ambient crépusculaire, apaisée, comme un dernier regard porté sur l'horizon.

Mêlant nouvelles technologies et outils qu'il revendique comme antiques, de son fidèle Cubase VST5 à des synthétiseurs analogiques, Nathan Fake signe ici un disque sans esbrouffe, mais d'une maîtrise totale. Evaporator est un album aérien et solaire, qui sait marier plages atmosphériques et titres plus accrocheurs, parvenant à un juste équilibre. Un disque pensé comme un flux continu, qui s'écoute d'une traite, sans jamais saturer ni lasser, et qui confirme qu'on peut quitter le club sans renoncer à l'électronique.
tracklisting
    01. Aiwa
  • 02. Hypercube
  • 03. Yucon
  • 04. Bialystok
  • 05. The Ice House
  • 06. Sunlight On Saturn
  • 07. You'll Find A Way
  • 08. Baltasound (feat. Dextro)
  • 09. Orbiting Meadows (feat. Clark)
  • 10. Slow Yamaha
  • 11. Black Drift (Outro)
titres conseillés
    Slow Yamaha - Hypercube - The Ice House
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