Pionnier de la techno-shoegaze et sculpteur de sons parmi les plus singuliers de la scène électronique britannique, Nathan Fake demeure incompréhensiblement confidentiel au regard de son talent. Révélé au début des années 2000, il façonne depuis plus de vingt ans une musique immédiatement reconnaissable, faite de mélodies mélancoliques, d’accidents analogiques et de textures brumeuses hautement psychédéliques. Loin des formats standardisés des clubs, elle se vit comme une expérience à la fois physique et mentale, dualité magnifiée en début d’année sur l’album Evaporator et prolongée aujourd’hui avec le nouvel EP Caldera. Bref, si le monde était sérieux, il devrait kiffer Nathan Fake presque autant qu’il kiffe Nathan Fielder. Et Dieu sait comme on kiffe Nathan Fielder.
Quelques mois après un album atmosphérique et diurne, Nathan Fake revient avec un EP taillé pour les clubs. Gros kick et tout bpm dehors, Caldera ouvre le bal et nous donne envie de monter le son jusqu’à transformer notre appartement en annexe clandestine du Rex. Mais le morceau nous entraîne peu à peu vers d’autres cieux, glissant vers un univers plus mental et mélancolique et pourtant irrémédiablement dansant. On trouve ici tout l’ADN de Nathan Fake, une musique charnelle et onirique, taillée tant pour le corps que pour l’esprit.
On se détend un peu et on s’hydrate au bar avec le court Palau, sorte de funk-vaporwave (oui ça existe, la preuve) aussi rafraichissant que fortement chargé en opioïdes. Il faut en profiter, car nos jambes vont ensuite avoir du fil à retordre avec Gonggong, qu’on qualifierait dans mon petit village du sud-ouest de putain de banger de puta madre. Fort heureusement, en 2026, plus personne ne parle comme dans mon petit village du sud-ouest. Cela dit, si vous ne dansez pas sur ce track, c’est la preuve que vous êtes cliniquement mort.
L’EP se clôt sur Slow Yamaha Dub, relecture du meilleur morceau d’Evaporator, qui nous donnait déjà envie de « drive you through the night, down the hills », pour citer l’ami Kavinsky. Le titre s’étale tranquillement sur sept trop courtes minutes, diffusant son groove délicieux et hypnotique. On danse, on rêve, on plane, on est bien. Quatre titres et puis s’en va, pas le temps de niaiser. Suivez donc nos conseils et ne ratez pas ce nouvel épisode de Nathan For You.