Il y a les albums que l'on a hâte de découvrir, et ceux que l'on a envie de réécouter, juste pour le plaisir. You're Gonna Need A Little Music tombe dans ces deux catégories ! Nous suivons Yard Act depuis leurs débuts, et à chaque nouvelle sortie, c'est avec fébrilité et gourmandise que l'on se demande comment le groupe aura évolué, parce qu'il y a chez eux comme un besoin viscéral d'avancer, de se demander s'il faut dire quelque chose, et comment le dire de toute façon.
Comme leur public ne les a pas abandonnés avec Where's My Utopia? qui s'éloignait des clichés post-punk de leur premier opus, le groupe pousse le curseur plus loin, ce qui bénéficie grandement au flow et au groove plus décomplexé. Dans leur volonté de conquérir le monde, ou de plus simplement vivre de leur musique, à chaque album Yard Act donnent l'occasion de rejoindre leurs followers.
La production a été confiée à Justin Meldal-Johnsen qui, avec son parcours éclectique (Nine Inch Nails, Beck, St. Vincent, Wolf Alice, M83), a pu suivre toutes les errances créatives des musiciens. Surtout, avec ce troisième album, le quatuor de Leeds parvient enfin à dépasser son syndrome de l'imposteur : même s'il y a toujours une bonne dose d'humour dans leurs paroles, il y a moins d'autodérision et ils ne semblent plus s'excuser de faire des chansons sur des sujets plus importants pour eux que pour l'univers. Sur le titre d'ouverture Empty Pledges [ndlr : les engagements vides], une sorte d'anti manifeste, le groupe l'exprime ouvertement : “où est le mal à être fier ?”
Comme The Clash avant eux, ils mélangent le punk, le funk, l'engagement politique et une bonne dose d'humour. L'influence rap remplace juste le dub, quarante ans de musique sont quand même passés par là. Mais contrairement au triple album Sandinista, il n'y pas de rebus, le groupe de Leeds a distillé la quintessence de ce qui est sorti de ses sessions de jam. Disposer de leur propre studio leur a permis de composer en groupe, de prendre le temps de se poser, alors que les premiers albums avaient été écrits dans l'urgence entre deux tournées, et souvent sur des laptops sur la route.
Fiction marie une guitare funk et un piano désaccordé, le tout baigné dans la reverb évoquant un vieux souvenir de cinéma. Cherophobe Rock sonne très Britpop mais avec l'autodérision qui manquait à Blur, alors que les les divagations de James sur Talky Talky People me font de plus en plus penser à Pulp. Après tout, Leeds n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres de Sheffield. You're Gonna Need A Little Music, qui donne son nom à l'album, commence comme un tube disco avec une longue intro parlé alors que chaque instrument entre en scène comme sur un morceau d'électro. Le groove imparable donne envie de bouger en rythme, et vite revoir le groupe sur scène.
De cet album plein d'énergie créative se dégage une mélancolie empreinte de doutes qui en fait tout son charme et son humanité. Yard Act s'ouvrent sans détour et touchent juste sans superflu puisque toutes les fioritures musicales y sont absolument essentielles. You're Gonna Need A Little Music est peut-être la solution à tous les problèmes de la vie moderne !
tracklisting
01. Empty Pledges
02. New Beginnings
03. Tall Tales
04. Fiction
05. You're Gonna Need A Little Music
06. Cherophobe Rock
07. Thrill Of The Chase
08. Janey Said
09. Redeemer
10. Talky Talky People
11. Over The Barrel
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You're Gonna Need A Little Music - Redeemer - Talky Talky People