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Freak Slug

Amulet

Freak Slug - Amulet
Chronique Album
Date de sortie : 18.09.2026
Label : Future Classic
3
Publié par Adonis Didier, le 20 septembre 2026
Imaginez-vous être née à Manchester, capricorne ascendant lion, avec un daron qui ressemble à Liam Gallagher, une daronne ukrainienne qui a grandi sous l'URSS, vous appeler Xenya Genovese, ne jamais avoir hésité à ouvrir votre grande bouche à l'accent de patate chaude en parka, et découvrir grâce à une medium australienne que dans une ancienne vie vous étiez une guérisseuse persécutée et exilée dont la sœur fut tuée à sa place. Ça fait beaucoup là, non ? Croyez-le ou non, tout ceci est bien la vie de Xenya Genovese, mieux connue sous le pseudonyme de Freak Slug, la limace chelou.

Une carrière lancée en 2019, une petite notoriété en 2020 suite au single indie pop Radio, une image de girl pop contre laquelle elle se battra jusqu'à son premier album, I Blow Out Big Candles, en 2024. Un titre provocateur et sûr de lui qui affirme la personnalité taureau sous crack coupé au Redbull de Xenya, un album lo-fi rock crasseux et inventif qui à l'image de sa pochette se veut déglingué, dépouillé et hypnotisant. Le premier essai transformé, la mancunienne très fière de sa ville enchaîne sur l'EP Loose Tooth And A Short Skirt, une description pas si déconnante d'elle-même qui retourne pour quelques chansons très réussies à une indie pop slacker avec des touches de hip-hop.


Tous les signaux semblent alors au vert pour un deuxième album annoncé par l'intéressée comme le meilleur boulot qu'elle ait jamais fait, une maître classe d'indie rock comme diraient les jeunes (les djeunz, pardon). Et c'est peut-être à ce moment qu'on l'a perdue. Amulet, c'est le nom de ce deuxième album, s'engage sur la piste ésotérique et féministe de cette vie passée en tant que guérisseuse à une époque où on brûlait les sorcières quand aujourd'hui on se contente de leur taper dessus dans le salon. L'idée est bonne, le sujet toujours d'actualité, et même si féminisme et ésotérisme sont des thèmes qui gagneraient à moins traîner ensemble, ce n'est pas là-dessus que l'on aura des choses à redire.

Non, ce qui choque au premier abord de ce deuxième album, c'est que du freak et de la slug il ne semble plus rester que la limace. Et une limace sans le côté chelou, ça fait des trous dans les salades, mais pas beaucoup plus. La production est calée, la voix aussi, et l'album se veut être shoegaze-rock ténébreux comme à peu près un album sur deux qui sort en 2026. A vouloir trop en faire, à vouloir sortir un disque monumental et sérieux, Xenya en a oublié qu'une grande partie de son génie reposait sur sa capacité à naviguer la débrouille, entre une guitare branchée sur un radiocassette et une boîte à rythmes asthmatique. De la même manière que Beck après Loser c'est moins bien, Freak Slug bien produit et trop bien chanté on s'ennuie (un peu).


Serpent parvient tout de même à nous surprendre avec son chant de poupée tétanisante fixant l'horizon avec des yeux vides, ses lamentations saturées et le retour de la vibe slacker-hip-hop en contexte ésotérique. Black Eyes rappelle à Xenya ses autres vies et les hommes qui ne font que copier ce que faisaient leurs pères, Penny Drop retrouve le côté front de mer chill et la gouaille mancunienne du précédent EP, les alternances de chant du refrain de Wishing Bone fonctionnent à merveille et Actress marque une très jolie touche acoustique dépouillée au bout du chemin. Mais Girl, Intentions manque cruellement d'intentions dans sa reprise du Don't Let Me Be Misunderstood des Animals, un peu comme le reste de l'album, qui sans jamais être mauvais manque toujours d'une vraie bonne idée pour rester en tête.

Volonté de grandir tant dans sa vie que dans sa musique, l'écriture de Xenya s'est véritablement améliorée, et on pourrait au final voir Amulet par ce prisme : comme un film avec un très bon scénario, de bons acteurs, mais une mise en scène et une direction inexistante, pour un rendu sans prise de risque et sans anfractuosités. Ce qui faisait tout le sel de la musique de Freak Slug, ce qui rend Xenya Genovese absolument renversante à vivre (ne serait-ce que pour trente minutes d'interview), cette inarrêtable force de traction mancunianno-ukrainienne s'est finalement arrêtée à la frontière de ce deuxième album, pour notre plus grande tristesse. Comme quoi, l'enfer vient d'être repavé et personne n'a manqué de bonnes intentions.
tracklisting
    01. Big Boy
  • 02. Wishing Bone
  • 03. If I Could
  • 04. One Trick Pony
  • 05. Penny Drop
  • 06. Serpent
  • 07. Black Eyes
  • 08. Jade Green
  • 09. Girl, Intentions
  • 10. Then Let Me
  • 11. Actress
  • 12. Muse
titres conseillés
    Serpent, Black Eyes, Penny Drop
notes des lecteurs
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