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Freak Slug

Interview publiée par Adonis Didier le 12 mai 2026

La veille de son concert à la Bellevilloise à Paris en mars dernier, c'est dans un petit hôtel de Pigalle que l'on retrouve Xenya Genovese, nom de groupe Freak Slug. Une artiste comme il y en a peu, directe et mancunienne jusqu'au bout des ongles. Une rencontre située entre son EP Loose Tooth And A Short Skirt et un deuxième album prévu pour la fin de cette année, l'occasion parfaite pour parler Manchester, tournées, capricorne ascendant lion et limaces.

Des souvenirs particuliers à Paris ?

Je me souviens que les fans sont dingues ici, j'adore. En première partie de Dope Lemon au Bataclan, certains enlevaient leur t-shirt et nous demandaient de signer leur dos. Vous êtes des fous parfois, ça me plaît !

Tu viens de Manchester, c'est une ville assez unique en musique. Tu penses que ça a apporté quelque chose à ton style ?

Clairement. Mais plus que la musique, c'est l'attitude. C‘est l'attitude du nord que j'ai toujours aimée ! C'est ça qui rend la musique spéciale, c'est cette vibe. C'est différent, très différent du sud. Une vibe très cool, très swag et fuck it.

La vibe Gallagher genre ?

Ouais, un peu. Je le comprends. Même si les gens trouvent que c'est une petite merde, je le comprends. J'ai cette culture. Mon père c'est juste Liam Gallagher en plus vieux... un peu plus vieux. Donc quand tout le monde trouve que c'est un con, moi je trouve ça drôle, mais c'est comme ça ici.

C'est Manchester contre le reste de l'Angleterre, donc ?

Non, non, non ! Il y a plus une grosse différence entre le nord et le sud. Et la grosse différence, c'est que le nord est plus cool. C'est juste comme ça. Sans vouloir être méchante, on est juste plus cool ! (rires)

J'ai aussi lu que tu étais moitié russe et complètement capricorne ?

Oh ouais, une putain de capricorne ! Mon Dieu. Ascendant lion pour en faire toujours plus. Et ma mère, je veux juste dire qu'elle est née en Ukraine, parce que c'est le cas. Mais je parle russe à cause de l'Union Soviétique. Je veux juste poser ça là avant que les gens commencent à me haïr. Tu vois ? Il n'y a pas grand-chose que je puisse faire contre ça.

Oui, il y a une grosse différence entre avoir des origines russes et soutenir le régime russe. Et tu penses que ça t'a influencé dans ta musique, ou dans ta vie ?

Le côté russe ?

Ou le côté capricorne...

Oh putain de merde, le capricorne tellement, mec ! Mon dieu, je ne m'arrête pas avant d'avoir eu ce que je veux. Pour tout. Boulot, amour, tout. Si je veux quelque chose, je l'ai, c'est comme ça ! Et du côté de ma mère, c'est une personne très passionnée, qui travaille très dur, très sérieuse, donc bien sûr que ça m'a influencé. Le russe rencontre le capricorne, ça devient une putain de force surpuissante. Boum !

C'est trop cool, j'adore ! Et tu viens de sortir un EP en fin d'année dernière, Loose Tooth And A Short Skirt, avec un album de prévu fin de cette année. Pourquoi un EP entre deux albums ?

C'est juste le contrat pour être honnête... Je veux écrire album après album et ça va être le cas à partir de maintenant.

L'album de cette année, tu l'as depuis longtemps de prêt il me semble. Tu en parlais déjà dans une interview il y a six mois...

Oui, il est fini, je pense déjà à celui d'après, mec ! J'abuse, mais oui je n'en peux plus d'attendre cet album, je n'ai jamais été aussi excitée par quelque chose avant ça ! Mais sortir de la musique c'est tellement long et chiant. Ça ne tient pas qu'à moi, il y a le mix, il y a le label, il faut envoyer plein de trucs, faire la promo, préparer, tout ça... Il se passe plein de choses en coulisses que personne ne voit. C'est frustrant en tant qu'artiste, si ça ne tenait qu'à moi je sortirais l'album demain. Mais il faut faire avec le côté business, c'est comme ça que ça marche.

Tu avais déclaré que c'était la meilleure œuvre que tu aies jamais faite. Qu'est-ce qui le rend meilleur que les autres ?

C'est juste brillant, mec ! C'est tellement bon, je sais même pas comment dire ça. Mais ce n'est même pas de l'ego, c'est juste que la musique est trop bonne. Quand tu l'écouteras, tu comprendras. C'est plus honnête, plus spirituel, les paroles sont un cran au-dessus. J'ai juste décidé de m'y mettre à fond, ce que je fais pas toujours. Je me suis dis « putain Xenya, tu peux faire mieux que ça ! », et je l'ai fait !

Niveau musique, sur l'EP il y a une chanson écrite avec Dan Valentino, tu cites Mura Masa en influence, est-ce que le futur de Freak Slug aura une vibe plus hip-hop ?

Non, non, non ! C'était juste une phase. Je suis du genre un peu chaotique. Mais à partir de là, on revient à l'indie. Que de l'indie-rock, pas sûr de comment je décrirais ça, mais ça ne va pas être du hip-hop. Genre peace and love. Tu vois ? Merde, cette interview va avoir une de ces gueules, bonne chance à toi ! (rires)

Mes interviews sont toujours trop longues, au moins celle-là sera plus concise et directe...

Je suis très directe. Ça se voit je crois !

Tu pars bientôt aux Etats-Unis pour jouer avec NewDad, tu as aussi fait une longue tournée là-bas l'an dernier. Tu adores ce pays ?

Oui, j'aime vraiment l'Amérique. J'adore Los Angeles. Je pense à partir là-bas. Je me sens juste bien dans ce pays. J'entends par là que les gens ont un problème avec la politique là-bas, mais la politique est merdique partout. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Je ne fais pas les règles. Je ne suis pas une putain de politicienne, ce n'est pas moi qui sème la mort et la destruction dans le monde. Ça ne me représente pas, et ça ne me représente pas quelque soit là où je suis, là où je vais. Et ça ne représente pas tout le peuple américain non plus. Donc oui, j'aime beaucoup aller aux Etats-Unis, et j'aime la plupart des gens que j'y croise. Pas tous bien sûr, mais je rencontre surtout des artistes. Donc soyons honnête, ma perception des gens est très limitée à un milieu créatif de gens qui pensent d'une certaine manière.

Et c'est cool de tourner là-bas ? Parce que pas mal de groupes m'ont dit que ça pouvait être une galère avec beaucoup d'argent perdu...

Où que tu sois, tourner c'est dur. Mais oui, aux Etats-Unis chaque voyage est super long, huit heures dans un van, c'est horrible. Mais on s'habitue, c'est comme ça, c'est la vie.

J'ai remarqué que tes tournées étaient très chargées. Des semaines avec un concert par soir, chaque soir dans une ville différente... Est-ce que ça va ? Je veux dire physiquement, mentalement...

C'est chaud ! C'est dur pour le corps, et j'aime beaucoup prendre soin de mon corps. Mais en tournée c‘est compliqué de maintenir une bonne routine de santé, une bonne alimentation. Si la bouffe est merdique, souvent je ne mange pas. Je préfère avoir faim et attendre de manger un truc sain que manger de la merde. Le groupe adore les fast-foods et les conneries comme ça, moi je vais dire « non, je ne mange pas ! », et j'attendrai la prochaine fois pour manger. Ah et l'alcool aussi... Dans une industrie construite autour de l'alcool, c'est difficile de ne pas boire, mais on s'habitue et on évite de boire tous les jours !

Si je devais avoir une chanson préférée de Freak Slug, ce serait Sexy Lemon. Et je me suis demandé, tu as un moment dans ta vie qui aurait pu tout changer si tu avais fait les choses différemment ?

Hum, je ne pense pas trop comme ça, j'avance tout droit, c'est tout. Mais ma vie est faite de coïncidences et de synchronicités et de chance, toute ma putain de vie, mec ! Mais je me contente de croire que je suis sur la bonne route et les choses avancent. Je ne me demande jamais si j'aurais mieux fait de faire ça ou ça. Ce n'est pas un bon état d'esprit. Mais je sais que j'ai pris beaucoup de bonnes décisions, que j'ai souvent fait confiance aux bonnes personnes et que j'ai souvent écouté les bonnes personnes. Mais je n'ai pas besoin de repenser à avant, parce qu'il y a trop de décisions à prendre dans l'instant. Et si je n'arrive pas à prendre une décision seule, je la prends avec quelqu'un, et dans tous les cas j'avance.

J'ai aussi vu que tu n'étais pas une GenZ...

Non, je le suis pas ! Les GenZ sont un peu cringe si tu veux mon avis. Ils veulent tellement avoir l'air cool que ce n'est pas cool. C'est gênant des fois. Mais ils vont apprendre, ça va. Ils sont toujours jeunes, ils vont évoluer. Comme nous, ils regarderont leur version jeune et ils feront « ouh là ! ».

Je précise ça parce que pour beaucoup de gens ta musique passe pour de la musique de GenZ, dans l'énergie, dans le public que ça attire...

Oui et ça me plaît. Je veux que ma musique parle à tout le monde. Je vois de tous les âges à mes concerts, et c'est trop bien.

J'ai vu que tu faisais aussi de la peinture. Tu continues en même temps que la musique ?

Non, c'est vraiment différent. C'est souvent soit l'un soit l'autre.

Donc tu est concentrée sur la musique là ?

Oui ! Je suis tout pour la musique. Je suis née pour ça, et je vais mourir en faisant de la musique. Et j'aime cette idée. Enfin peut-être. Tout peut arriver aussi. La vie change, je pourrais développer des pouvoirs spirituels de fou et devenir guérisseuse, qui sait ? Tu ne sais pas ce que la vie a en stock pour toi.

Je crois que c'est le moment de l'interview où je dois t'avouer que j'ai une phobie des limaces (ndlr : slug = limace en anglais)...

Ah oui ? Ne t'inquiète pas, je ne suis pas très fan non plus ! Je ne sais pas à quoi je pensais quand j'ai inventé ce nom. J'en ai pas grand-chose à faire des limaces, et c'est vraiment très con, parce que mon nom c'est Freak Slug...

Oui et tu as fait plein de merchandising et de communication autour des limaces !

Mais je sais, mec ! Je ne sais pas ce que je fous, vraiment ! (rires)

Et tu penses que tu pourrais changer de nom un jour ? Jouer en tant que Xenya Genovese, par exemple ?

Non, aucune chance.

Tu pourrais gagner l'Eurovision avec ce nom !

Oui, mais non ! (rires) Pas dans cette vie. Je n'y vais que si je commence à perdre la boule. Quand je serai sénile, plutôt qu'à l'EPHAD, mettez-moi à l'Eurovision !