Ça y est, c'est parti pour Rock en Seine avec une programmation toujours éclectique d'un jour à l'autre, de Tyler, The Creator à The Cure en passant par Lorde. Mais en y regardant de plus près, chacune des scènes prend une coloration intéressante et, comme nous allons le voir, ça valait la peine de prendre l'itinéraire bis.

J'arrive trop tard pour Miki, mais je réussis à attraper la fin d'
AMG un quatuor de jazz français, première surprise de cette journée qui n'est pas seulement rap et pop. D'autant que c'est du jazz dans tout ce qu'il peut avoir d'apparemment bordélique, et qui force l'attention pour comprendre ce qui se passe entre le clavier, la contrebasse, la batterie et le saxophone. C'est le genre de chose que j'aurais plus imaginé dans une cave du quartier latin que dans un festival en plein jour. Moderne dans leur approche, et leur look de skaters, c'est un choix de programmation osé, mais très pertinent et qui aura parfaitement bien marché.

A l'inverse, le R&B de l’Américaine
Ravyn Lenae sur la grande scène me laisse de marbre. Il y a un petit effort de scénographie : elle est venue avec de vrais musiciens et a ajouté un étage à la scène pour prendre de la hauteur. Mais ça ne suffit pas à donner de la vraie hauteur à sa musique et j'ai l'impression qu'on me sert une soupe sans assaisonnement.

Avec deux scènes, il n'y a pas de chevauchements aujourd'hui, mais je retourne discuter avec les copains sur la petite scène en attendant le démarrage de
Magi Merlin. Et là, on a de la musique ! Puisant dans le hip-hop, le R&B, le jazz et même un peu d'électro, la québecquoise et ses musiciens livrent un set énergique et sexy avec des touches mélancoliques pour gagner en profondeur. La partie rythmique est particulièrement impressionnante avec une basse cinq cordes et crée un vrai dialogue avec le chant. L'énergie est folle, Magi Merlin a du charisme à revendre et un premier album sorti le mois dernier pour prolonger la découverte.

Retour sur la grande scène pour le premier grand nom de la journée pour le New Yorkais de
sombr. Il a d'ailleurs apporté un peu de sa ville natale sur scène avec un panneau Canal Street et une cheminée fumante comme sur les trottoirs de Big Apple. Selon que vous préfériez les verres à moitié plein ou à moitié vide, il joue de la bonne pop, ou alors du glam rock pas terrible. Que l'on aime ou pas sa musique, il faut reconnaître à ce jeune chanteur de tout juste vingt-et-un ans une vraie présence scénique. J'ai été particulièrement impressionné quand, tout en dansant sur scène, sombr a réussi à se glisser entre la guitare et le guitariste, qui jouait à bout de bras, les bras levés. Sans s’arrêter, il a continué à chanter, et le guitariste à jouer.
Sekou, sur la petite scène, est à peine plus âgé, mais le britannique chante dans un style radicalement différent entre soul et pop. Accompagné juste d'un clavier et d'une batterie, il ajoute des enregistrements de cuivres et de l'autotune. J'ai un peu l'impression de regarder un Barry White de mariage et vais voir ce qui se passe sur le reste du site.
Il y a notamment cette vieille Peugeot 504 [ndlr : la seule marque commerciale que nous citerons dans cet article] couverte de haut-parleurs qui m'intrigue. Quand je passe,
Jain y donne sa deuxième performance de la journée. Sur le toit avec ses platines, elle enflamme la foule pour un set dance semi improvisé. L'idée de happening pour annoncer son album est excellente. Je ne connaissais pas cette Française, demi-milliardaire sur Spotify, qui fait de la pop dans une configuration stade qui aurait tout aussi bien sa place à Los Angeles.

Justement, il est temps d'aller voir
Tyler, The Creator, la tête d'affiche de la soirée. On est aux antipodes du set minimaliste de
Kid Cudi l'année dernière. Tyler est lui aussi seul sur scène, mais il ne fait rien à l'économie : il danse, chante, hurle, pose et communique avec la foule. Bref, il fait le chaud et enchaîne les titres sans temps mort, sa maîtrise de l’image et de la vidéo lui permettant de se démultiplier sur scène. Le light show et les moyens pyrotechniques sont impressionnants sans en faire des tonnes, ils sont là pour illustrer la musique, pas pour distraire. Le public est chaud, et le rappeur réussit à faire pousser des forêts de torches mobiles. On est sur la Grande Scène, ce qui donne une touche glamour au rap de Tyler, The Creator qui va de la voix rauque et de la litanie de f-words et de n-words à des chansons plus délicates pour lesquelles sa voix part dans les aiguës.
Une première journée plutôt réussi qui m'a permis de découvrir AMG et Magi Merlin, ou de voir sur scène des artistes au succès plus mainstream comme sombr, Jain et Tyler, The Creator.