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Rock en Seine

Saint-Cloud, Rock en Seine, du 26 au 30 août 2026

Live-report publié par Jean-Christophe Gé le 31 août 2026

Après un démarrage en douceur hier, toutes les scènes sont désormais ouvertes.


J'arrive trop tard pour Florence Road. Sûrement un acte manqué ! Comme ça je n'aurai pas à prendre partie entre, d'un côté, les fans ravis de les voir passer en quelques mois d'un showcase acoustique au Supersonic Records à un set électrique et plein d'énergie sur la Grande Scène de Rock en Seine, et de l'autre, les sceptiques qui ont vu un concert bien fait mais sans piquant.


Ainsi, en arrivant, au lieu de traverser le site, je peux directement me planter sur la scène AXS pour découvrir Changeline. Les quelques morceaux écoutés sur Internet promettaient un set énergique. C'est du rap avec un MC et deux voix, une double dose de piment pour accompagner la chanteuse. La musique arrache bien mais comme un plat bien assaisonné, ça brûle sans couvrir le goût. Changeline s’amuse et prend des risques avec des animations sur un écran video verticale, comme un mobile géant, à la limite du cringe mais en restant du bon côté pour des chansons enragées et avec une dose d'humour noir. Ce sera une des premières bonnes surprises Frenchy de la journée.

Quand Noga Erez monte sur la grande scène, quinze minutes de forte pluie sont prévues. Elle commence par Duck Season, un titre très à propos, les canards s'apprêtent à patauger dans la mare. Le ciel tient ses promesses, la pluie se transforme en douche et elle peut chanter que c'est la fin du monde. Ce déluge lui donne une énergie nouvelle, une grande partie du public part se mettre à l'abri, le devant de la fosse se couvre de parapluies. La chanteuse Israélienne est accompagnée d'une formation rock (basse, guitare, batterie) alors qu'il y a trois ans sur la scène de la Cascade elle était seule avec un MC. Son set en devient moins rap et plus pop. Après dix minutes de douche je n'y tiens plus et vais aussi chercher un abri dans l'espace Presse avec les photographes en PLS pour leur matériel.

A l'accalmie je zappe Parsa Sabet malgré un très bon show au Trabendo en première partie de Geordie Greep. Je finis donc avec Noga Erez pleine d'énergie et de gratitude pour le public qui a bravé les éléments. Le set se conclut dans la joie avec un message politique et pacifiste. Son set est efficace, mais quand même très formaté sans être de la soupe pop.


Je retrouve notre photographe qui se noie dans une flaque de boue pour aller voir (brièvement) Lykke Li. La Suédoise auteure du méga tube I Follow Rivers est habituée aux temps humides, les éléments de sa scène sont couverts de bâches qui sont aussi pratiques que jolies, comme chez Ikea (ndlr : la seule marque commerciale que nous citerons dans cet article). Son tube, c'était il y a quinze ans, et il ne se passe pas grand chose, en plus il se remet à pleuvoir fort ce qui va mettre de l'eau dans la soupe qu'on est en train de servir. Wednesday jouent au bout du site, mais entre le licenciement pour faute grave et la pneumonie, je sauve ma peau et pars me mettre à l'abri. Comme des demi VIP en recherche de l'adresse de l'after nous sommes rivés sur les applis météo pour savoir où et quand ça se passe.


Sur la Grande Scène, Djo fait son numéro. Il ressemble à un jeune Bono, mais ce n'est pas Inhaler, c'est le marchand de glaces « friendzoné » de la série Stranger Things. Même avec trois guitares, ce n'est pas très rock. Sa musique passe-partout est pour moi l'illustration que les musiciens n’ont pas besoin d’IA pour pondre des chansons, un minimum de théorie musicale suffit. Avec le soleil qui se reflète dans les tours de Boulogne ça pourrait presque être sympa si sa musique était intéressante. De manière inexplicable, son sex-appeal fonctionne sur une partie du public et ses t-shirts étaient d'ailleurs sold out deux heures après l'ouverture du site. Je reste sur le bas côté sans comprendre, un peu comme la playlist d'Autoroute FM.


Je pars me placer pour KOMPROMAT, un groupe que j'ai raté à l'Olympia, puis au Zénith, les deux concerts ayant été complets avant que je me décide à acheter un ticket. Le duo arrive sans prévenir et commence par la voix délicate de Rebecca Warrior qui partage ses interrogations sur le très beau Only In Your Arms. Le morceau monte doucement, le chant passe en anglais, les projecteurs palpitent derrière les fumigènes... Ce qui a commencé comme de la chanson française a muté en une techno allemande dure. Un pléonasme ? Crâne rasé, lunettes noires et tout de noir vêtue comme son compère de Vitalic coincé derrière ses machines : le duo a un look et une attitude. Ils ont aussi de très bonnes chansons, écrites pour la scène, la base pour un groupe électro. On retient des chansons froides et sans concession comme Niemand et son refrain glaçant en VO « Niemand hört es als ich schreie » (ndlr : « Personne ne l'entend quand je crie »). Rebecca Warrior prend des poses de mannequin androgyne mais, au-delà de la pose, il y a un sens artistique qui sert la musique autant que le show. Il n'y a pas un mot échangé entre les morceaux, ce serait aussi déplacé qu’un DJ qui parle, la connexion avec le public passe autrement. A la fin du set, la chanteuse remercie quand même le public et nous précise qu'il leur reste deux minutes pour conclure le set et leur tournée dans un rappel ultra speed.

Le contraste avec la pop sympathique de Lorde est saisissant : son jeu est aussi chaleureux que celui de KOMPROMAT était froid. Je n'ai plus trop envie d'écouter de la pop formatée, et je reste en marge, suivant le concert sur les écrans sans effet particulier. Après quelques titres, j'abandonne en me disant qu'une bonne nuit de sommeil me fera du bien avant d'attaquer la fin de semaine.


En guise de Bonne Nuit, je tombe sur un groupe vendéen complètement déjanté. Quand j'arrive ils ont des couvertures à paillettes sur les épaules et rêvent de partir à Montréal dans une sorte de chanson française teintée d'électro, de rock et d'humour surréaliste. Dans la chanson suivante ils chantent « t’aimes montrer ta voiture » avec pour seul lightshow deux lampes torches qui simulent les phares d'une automobile. Vu le nom de la scène sponsorisé par une marque Allemande, je me demande si le morceau n'a pas été écrit pour l'occasion. Je sors de ma rêverie par un morceau batterie-synthé qui déboîte comme un chauffard sur le périphérique ! Les deux chanteurs reviennent après un changement de costume : jupes dentelle/survêtement. Entre humour et poésie, ils ont des paroles malines et touchantes « je ne comprends pas ce qui se passe à l’intérieur de mon corps / c’est comme si j’étais mort mais que je le savais pas encore » sur Crier Vomir Pleurer. Leur electro chanson est très inventive et c'est la première fois que je vois un accordéon électronique. Ils concluent leur concert par « on a bien rigolé, on va tous crever ». C’est vrai, et pour nous consoler, ils apportent deux énormes brioches comme on en sert dans les mariages en Vendée. En novembre, c'est leur premier album qu'ils nous serviront, ça fait du bien de voir des groupes français qui assurent.


Sur le chemin de la sortie, je m'arrête à nouveau pour voir Lewis Ofman, un autre français. Seul sur une estrade surélevée comme un DJ, il est entouré de synthés et autres samplers. Sa musique est ensoleillée comme un film de vacances en super 8, voire en VHS, mais certainement nostalgique. Quand il y a une voix, elle est samplée d’un vieux film. Musicien, un peu danseur, un peu clown, son set marche bien et a le sens de la fête. On se trouve à mi-chemin entre un Sébastien Tellier instrumental et DJ Shadow, le gap est tellement grand que vous pouvez imaginer ce que vous voulez...

Aujourd'hui il a manqué aux artistes de la Grande Scène l'originalité et la fièvre que j'ai trouvé sur les plus petites scènes. La programmation a parfaitement assuré avec les découvertes, notamment sur la scène française. Par le passé, ce rôle était souvent relégué à des avant-scène de groupes souvent très verts, c'est une bonne évolution.
artistes
    Bonne Nuit
    Changeline
    Djo
    Florence Road
    Jean Dawson
    Kompromat
    Lewis Ofman
    Lorde
    Lykke Li
    Noga Erez
    Parsa Sabet
    Sam Quealy
    Wednesday
photos du festival