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Charli XCX

Wuthering Heights

Charli XCX - Wuthering Heights
Chronique Album
Date de sortie : 13.02.2026
Label : Atlantic Records
35
Publié par Franck Narquin, le 13 février 2026
Quel est le point commun entre Emily Brontë, Kate Bush, Neil Hannon et Charli XCX ? Wuthering Heights évidemment ! Monument de la littérature britannique et unique roman d'Emily Brontë, née le 30 juillet 1818, Les Hauts de Hurlevent choqua à sa sortie tant il s'affranchissait de toute convention morale. Mais Wuthering Heights, c'est aussi le tout premier single écrit par Kate Bush, née le 30 juillet 1958, et classique de la pop anglaise, prouvant au passage qu'on peut être numéro un des charts sans rien renier de l'exigence artistique. En 1994, avec le sublime The Booklovers, Neil Hannon donna l'envie à tout un tas d'adolescents, dont certains nés un 30 juillet, de se plonger dans l'œuvre des sœurs Brontë avant de reprendre sur scène, plus ou moins adroitement, le tube de Kate Bush. À trois jours près, ma démonstration était parfaite car Charli XCX, née un 2 août, signe aujourd'hui la bande originale du film Wuthering Heights (Hurlevent en version française), dont on ne saurait dire du mal avant de l'avoir vu.

Je le sais bien, de tous les artistes dont on vient de parler, Charli XCX est celle qui vous intéresse le moins. Mais comme le disait la prophétesse : « If you love it, if you hate it, I don't fucking care what you think ». Ainsi nous allons désormais nous consacrer exclusivement à la jeune fille de l'Essex, sa vie, son œuvre et accessoirement la présente BO. J'ai à ce sujet une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Que vous n'en pouviez plus ou que vous rêviez qu'il ne s'arrête jamais, le Brat Summer est over. Brat, Brat version extended, Brat les remixes, Brat la tournée, Brat le mariage à Londres dans un pub, Brat le mariage en Italie avec tout Instagram et bientôt Brat le mockumentaire (aka The Moment). La coupe est pleine !

Alors, comment enchaîner après avoir produit un tel phénomène de pop culture ? Comment tourner la page, sans cesser d'exister et sans décevoir ? Pour cela, Charli a plus d'un tour dans son sac. Après avoir habilement mis en scène le déclin inexorable de Brat, l'anglaise a dégainé son totem d'immunité critique avec un premier single (House) en duo avec la légende John Cale. Bien vu Lulu (ou plutôt Charli) ! Deuxième feinte de corps, ne pas sortir un nouvel album studio mais une bande originale, projet par essence mineur et donc moins exposé à un retour de bâton. Si c'est raté, c'est juste une BO, si c'est réussi, c'est un nouveau coup de Charli.


Sur House, premier titre du disque, elle met ces mots dans la bouche de John Cale comme un aveu intime et personnel : « Can I speak to you privately for a moment? I just want to explain the circumstances I find myself in. What and who I really am. I'm a prisoner of a world I created », avant de hurler à l'autotune : « I think I'm gonna die in this house ». Le message est limpide. Charli XCX n'est pas en train d'écrire la bande originale d'un navet calibré pour la Saint-Valentin. Elle parle d'elle-même, de ce que l'on ressent une fois arrivé à des sommets où tout gronde, les Hauts de Hurlevent d'une pop star. Aussi égocentrique que passionnant. Dans Eyes Of The World, c'est à Sky Ferreira qu'elle fait dire : « No matter what I do, no matter what I say, you're gonna think what you think about me anyway ». Elle se sert de la matière du film et du roman pour parler de sacrifice, de souffrance et de frustration, de ce que l'on doit irrémédiablement perdre en chemin et des compromis inévitables.

Initialement contactée pour livrer un simple morceau au film, Charli XCX a finalement transformé l'essai en un « album compagnon » à part entière. Un projet que son collaborateur Finn Keane décrit comme « le contrepoids idéal et un pivot radical après Brat ». Loin de l'hédonisme club de Brat, Charli revendique ici un versant plus gothique et pop, nourri par The Cure et Kate Bush, tout en empruntant aussi au langage de la bande originale plus classique (cordes à foison et motifs répétitifs) et à des formes plus radicales avec deux ou trois idées piquées à des spécialistes du genre comme Trent Reznor et Mica Levi. Pensé comme un concept album, Wuthering Heights existe ainsi dans un entre-deux volontaire, à la fois musique largement intégrée au film et disque autonome, où Charli mêle la matière du scénario à ses propres obsessions.


Morceau d'ouverture, House fait figure de pierre angulaire. Titre le plus sombre et le plus radical du disque, il convoque des textures industrielles et une tension presque suffocante, loin de toute logique pop immédiate. À l'inverse, Wall Of Sound ou Chains Of Love renouent avec une écriture plus frontale, rappelant la Charli des débuts, celle de True Romance, capable d'assumer une pop directe sans cynisme. D'autres morceaux, plus emphatiques, puisent clairement dans une esthétique 80's, quelque part entre romantisme gothique et lyrisme pop à la Kate Bush, comme Altars ou Eyes Of The World. L'album alterne ainsi violons omniprésents et une production synthétique plus sèche, parfois minimaliste. Fidèle à son goût pour les contrastes, Charli XCX joue constamment avec les opposés, à l'image de Funny Mouth, où nappes de cordes et beats saccadés se télescopent.

Plus qu'une simple bande originale ou qu'un album pop déguisé, Wuthering Heights s'impose comme un objet hybride, annonçant la « Cinema Era » de Charli, déjà engagée en tant qu'actrice dans plusieurs films à venir, réalisés par Takeshi Miike, Gregg Araki ou encore Romain Gavras. Et le film alors ? Jacob Elordi et Margot Robbie y sont très beaux.
tracklisting
    01. House (feat. John Cale)
  • 02. Wall Of Sound
  • 03. Dying For You
  • 04. Always Everywhere
  • 05. Chains Of Love
  • 06. Out Of Myself
  • 07. Open Up
  • 08. Seeing Things
  • 09. Altars
  • 10. Eyes Of The World (feat. Sky Ferreira)
  • 11. My Reminder
  • 12. Funny Mouth
titres conseillés
    House - Altars - Funny Mouth
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