Près de deux ans après le split de black midi, groupe très important (même si, entre nous, Squid est bien meilleur) de la scène du Windmill et pionnier de l'utilisation d'éléments plus jazz avec une énergie punk, l'un de ses deux principaux multi-instrumentistes, Cameron Picton, a fait un retour remarqué cette année avec un très bon premier album de son nouveau groupe My New Band Believe. La Maroquinerie ne s'y est pas trompée : l'attente est grande pour ce concert, Cameron Picton étant actuellement le plus à même de perpétuer l'héritage de black midi. Le public est plutôt jeune et la musique jouée avant le concert va piocher dans le répertoire de groupes similaires : Black Country, New Road, The Orchestra (For Now), mais aussi Yard Act ou Mount Kimbie. L'occasion de constater à quel point cette approche musicale a essaimé et gagné des adeptes.

La première partie est assurée par
Jasper Llewellyn, membre du groupe caroline et coproducteur de l'album de My New Band Believe, venu en solo, et attendu par un certain nombre au vu du public plus nombreux que d'habitude pour une première partie. Jasper Llewellyn est seul, principalement à la guitare acoustique, et s'aide d'un certain nombre de sons pré-enregistrés. De manière similaire à son groupe, les chansons sont assez déstructurées et font preuve d'une grande créativité au niveau des textures, le tout avec une émotion indéniable. Des trouvailles sonores surprenantes apparaissent régulièrement, notamment avec une caisse de batterie suspendue devant la guitare qui vibre en même temps et des larsens à la guitare acoustique joués en boucle. Ces sonorités ultraprécises sont parfaitement maîtrisés, sans pour autant tomber dans le simple exercice de reproduction. La combinaison de ces idées et d'une interprétation émouvante nous emportent de manière convaincante. Les forces de ce concert peuvent néanmoins se transformer en faiblesses : les différentes phases de chaque chanson sont parfois séparées de manière un peu trop nette, et leur discrétion mêlée à des sonorités parfois difficiles à appréhender dilue un peu les ambiances et leurs évolutions, si bien qu'on se dit que, si elles étaient plus canalisées, toutes ces idées seraient davantage comprises. Néanmoins il est évident que la créativité à l'œuvre est peu commune.

A la fin de l'entracte, une musique classique spéciale retentit pour annoncer et préparer l'ambiance propre à
My New Band Believe et son instrumentation spécifique : en plus de la batterie et de la guitare, on trouve une contrebasse et occasionnellement une guitare à douze cordes extrêmement reconnaissable et importante pour le son du groupe sur des morceaux comme
Target Practice et
Opposite Teacher qui ouvrent le concert. Cette entame est impressionnante, notamment car le live permet de dégager une énergie et une puissance beaucoup plus marquées que sur l'album. La section rythmique formée par le batteur Dillon Harrison et le contrebassiste Joe MacLaren est d'un niveau ahurissant, fournissant la sophistication du jazz tandis qu'aux guitares, Cameron Picton et Kit Mosely déroulent les mélodies et le songwriting à grande vitesse. Les meilleurs morceaux de l'album comme
In The Blink Of An Eye donnent lieu à des crescendos endiablés, allant de pair avec des trouvailles sonores telles les cymbales jouées à l'archet, faisant en quelque sorte le lien avec la première partie.
Les nouvelles chansons sont nombreuses ce soir, où les extraits de l'album occupent à peine la moitié de la setlist, rendant parfois le concert difficile à suivre vu le niveau de sophistication et de chaos (maîtrisé). Pour autant, il y a souvent des spécificités auxquelles se raccrocher, notamment avec l'utilisation ponctuelle d'un harmonica. Cameron Picton couvre de louanges ses musiciens (à juste titre !) et les présente plusieurs fois, leur permettant au passage de souffler un peu tant ils semblent exténués par moments (notamment le batteur).

Comme sur l'album, le sommet du concert est probablement
Heart Of Darkness, longue aventure passant d'une mélodie réussie au début à un grand fracas pour finir au ralenti sur des sonorités perturbantes dans des lumières rouges. Bien que Cameron Picton ait affirmé que la chanson n'était initialement pas inspirée du roman du même nom de Joseph Conrad, c'est une comparaison qui fait toujours sens tant au niveau de l'atmosphère que de la structure.
Le concert s'achève sur une belle reprise de
Make You Feel My Love de Bob Dylan, dédiée à feu Matt Kwasniewski-Kelvin, guitariste de black midi, avec Cameron Picton seul à la guitare et finissant par un impressionnant effet de delay. Cela conclut un très bon concert, dont on se dit néanmoins que, tout comme sa première partie, il souffre parfois des défauts de ses qualités : au milieu de tout ce fracas plus que maîtrisé et parfois joué avec une certaine raideur (Cameron Picton n'ayant presque pas bougé un orteil du concert), la surprise est partout, et en même temps nulle part tant tout semble au-delà de toute considération stylistique. Ce sont d'ailleurs les morceaux les plus épurés qui nous auront les plus touchés ce soir. Peut-être que la quantité de nouveaux titres difficiles à appréhender pour la première fois y est aussi pour quelque chose. Il faudra quoiqu'il en soit suivre de très près les prochaines sorties de My New Band Believe, qui confirme qu'il est beaucoup plus qu'un complément à black midi.