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Miles Kane

Interview publiée par Jordan Meynard le 24 mars 2026

Miles Kane était de passage en France en ce mois de mars dans le cadre de sa nouvelle tournée, qui le mènera également pour la première fois aux États-Unis. L'artiste britannique a ainsi fait escale au Trianon, à Paris, pour défendre sur scène son nouvel album, Sunlight In The Shadows. À cette occasion, nous sommes allés le rencontrer dans sa loge, au cœur de la mythique salle parisienne, quelques heures avant son concert. L'opportunité d'évoquer ce disque, véritable jalon dans sa riche discographie, mais aussi l'homme qu'il est devenu aujourd'hui et la manière dont cette évolution se reflète dans sa musique. Entretien.

Bonjour Miles, comment vas-tu ?

Ça va super bien. Ce soir c'est la dernière date d'une longue tournée, on est dans un lieu magnifique et on va pouvoir finir cette tournée en beauté.

La dernière fois qu'on t'a rencontré tu venais nous parler de l'album One Man Band, que tu as enregistré avec ton cousin James Skelly. Tu nous disais vouloir sans doute repartir avec lui pour un nouvel album et pourtant tu as enregistré celui-ci avec Dan Auerbach des Black Keys...

Oui, c'est ce qui était prévu à la base. James et moi avions discuté du fait qu'on était tous les deux très fan de ce que fait Dan et que ce serait super de pouvoir faire une session d'écriture avec lui. S'il acceptait, on voulait lui proposer de composer ensemble puis je serais rentré en Angleterre pour faire l'album avec James. L'idée venait surtout de James, donc on a contacté Dan et il a accepté ! Après seulement un jour ensemble, le courant passait tellement bien que Dan m'a dit qu'il voulait produire l'album. C'était une opportunité que je ne pouvais pas refuser. Ça a été une collaboration incroyable, on est devenus très amis, Dan est un mec génial.

Cet album a été fait avec Dan mais aussi avec de super musiciens. Vu de l'extérieur, on imagine presque un supergroupe, avec une vraie connexion humaine. Comment ça s'est passé de l'intérieur ?

Oui, ce sont des musiciens que j'admire beaucoup : Tommy de The Budos Band, Malcom (Catto) à la batterie, Barrie (Cadogan) à la guitare... Ce qui était génial, c'est qu'on avait tous les mêmes influences et centres d'intérêt musicaux. On a fait de nombreuses sessions ensemble, ils comprenaient tout de suite où je voulais aller, Dan aussi d'ailleurs. C'était vraiment une super expérience, j'espère pouvoir remettre ça un jour.

Est-ce que cet album a été enregistré aussi vite qu'on l'imagine ?

En cinq jours seulement ! Tout a été enregistré en live. Tout s'est fait naturellement, tout coulait de source.

Pour l'album précédent tu disais que tu voulais rester simple et éviter d'en faire trop, sans fioritures, pour que ça te ressemble, et pour cet album, j'ai l'impression que c'est la même philosophie mais que tu as apporté quelque chose de nouveau grâce à ces collaborations. C'est le cas ?

Là, il y a pas mal de fioritures (rires) ! À la base j'ai composé les chansons à la guitare acoustique. On s'est retrouvé à six musiciens donc on a enregistré ça live puis on a enregistré les overdubs. On n'a pas vraiment rajouté grand-chose après, à part sur une ou deux chansons. C'était assez brut. J'ai aussi assuré tous les chants moi-même. On a tout gardé, il y a de jolies imperfections dans cet album et c'est ça qui fait son charme.

Sur la pochette de l'album, tu es assis sur une moto et tu regardes dans un rétroviseur. Est-ce une façon de faire le bilan après tes quarante ans tout en continuant d'avancer, comme pour marquer un nouveau chapitre avec cet album ?

Inconsciemment, je pense que c'est le cas, oui ! Depuis le dernier album, ça a été deux années super intéressantes pour moi. Je me sens super bien (je touche du bois !) et j'aime bien là où j'en suis dans ma vie. Sans vouloir paraître gnangnan ou exagéré, j'ai l'impression que ce nouvel album est le début d'un nouveau chapitre. Quand on passe le cap des quarante ans, il y a quand même un peu de ça, et c'est ce que représentent la musique et les paroles de Sunlight In The Shadows.

Il y a toujours des morceaux très efficaces dans tes albums, comme Coming Down The Road, dans la lignée de morceaux passés comme Never Taking Me Alive, Inhaler ou Bad Habits avec The Last Shadow Puppets. On a l'impression que tu as besoin de ces morceaux un peu efficaces d'outsider...

Oui, elles sont toutes dans le même univers. Je sens que j'ai toujours eu un sentiment d'outsider en moi. Et c'est vrai, ces morceaux évoluent dans le même univers ; très forts, presque agressifs.

Et en même temps, cet album contient aussi de grands morceaux comme The Pray, Always In Over My Head et Walk On The Ocean, où tu ralentis le tempo pour laisser transparaître des fragilités. Quand on t'a rencontré il y a trois ans, on avait dit qu'avec Scared Of Love, tu avais été le plus sincère possible, on avait même l'impression que tu prenais conscience que tu étais vraiment « scared of love ». Je ne pensais pas que tu pourrais aller encore plus loin dans la confidence de tes paroles. Et pourtant, tu t'ouvres sur des thèmes intimes comme la spiritualité, mais aussi sur ton père que tu as à peine connu : "waiting on words that my father never said"...

Oui, Always In Over My Head est complètement dans la lignée de Scared Of Love, tu as tout à fait raison. Ça m'émeut toujours cette chanson, un peu comme Scared Of Love à l'époque. Je pense qu'on peut voir cela comme une suite logique entre les deux chansons.

Tu nous avais dit la dernière fois que l'écriture des paroles était toujours une épreuve. Pourtant ici on a le sentiment que ça s'est fait tout naturellement...

Complètement ! Tout le processus d'écriture a été très fluide. Je pense que c'est sans doute l'album que j'ai fait le plus rapidement. Je pense que la rencontre avec Dan y est pour quelque chose : il m'a fait me sentir bien tout de suite, l'enthousiasme dont il a tout de suite fait preuve m'a immédiatement rassuré. J'étais un peu stressé au départ : je débarquais seul à Nashville, dans un monde qui n'est pas le mien, on n'avait jamais travaillé ensemble... Dans ces cas-là on rentre dans leur monde et leur quotidien, ce n'est pas évident. Et pourtant je me suis tout de suite intégré. Je me suis nourri de cet accueil et de cette sincérité. Honnêtement, j'ai eu le sentiment d'être chez moi à Liverpool avec James. Je dois les remercier pour ça, pour la chaleur avec laquelle ils m'ont reçu.

Tu t'es lancé dans beaucoup de concerts sur une période très resserrée : full live, sans click ni backing track...

Ça fait vraiment du bien ! (rires) C'est un vrai plaisir de faire ça tous les soirs. On se permet quelques petits jams sur certaines chansons pendant le concert, surtout sur Coup de Grâce et Walk On The Ocean, ma préférée. Mes prestations live ont pris une nouvelle énergie : on a cette liberté avec le nouveau groupe, on ressent le public, on peut étirer certaines chansons si on en a envie... Rien n'est imposé, ça dépend juste de l'ambiance et du public.

On parlait des quarante ans que tu as atteint, j'ai l'impression que sur scène tu as de nouveau vingt ans ?

Exactement ! (Rires)

Nous, comme ceux qui connaissent bien ta musique, savons que tu es un excellent musicien. Pourrait-on un jour te voir t'enfermer pendant un an quelque part pour créer un album concept, ou est-ce un exercice trop éloigné de ce que tu fais ? Par exemple, quelque chose inspiré de l'Italie, toi qui es fan de Ennio Morricone, Martin Scorsese et Roberto Baggio !

Pourquoi pas ! Je suis toujours ouvert à ce genre de choses. J'étais à Milan récemment, je me suis lié d'amitié avec un chanteur italien, Calcutta, et il est venu avec nous pour jouer une chanson. J'aime vraiment ce qu'il fait et peut-être qu'un projet italien / anglais, séparé de nos deux carrières, serait quelque chose que je pourrais tenter. Ou un album en duo avec une fille, un peu comme Lee Hazlewood et Nancy Sinatra...

On parlait d'un nouveau chapitre avec cet album : entre The Little Flames, The Rascals, The Jaded Hearts Club, The Last Shadow Puppets et ta carrière solo, tu as déjà sorti onze albums. Selon toi, quels ont été ceux qui ont marqué de véritables étapes dans ta carrière ?

Ils ont tous joué un rôle. J'ai appris à jouer de la guitare et à écrire des chansons grâce à The Little Flames, The Rascals m'a permis de découvrir ce que ça faisait d'être chanteur principal pour la première fois, The Last Shadow Puppets m'a fait ouvrir de nouvelles portes à partir d'une idée commune avec mon meilleur ami et dans ma carrière solo je dirais que Colour Of The Trap a été un point marquant. C'est difficile de choisir car j'aime être dans le moment présent, mais chaque album représente un chapitre de ma vie : ils m'ont tous conduit ici aujourd'hui avec Sunlight In The Shadows. Ils ont tous été marquants à un moment de ma vie.

L'album de The Rascals a été réédité à l'occasion du Record Store Day. Tu nous avais confié la lourde décision qu'avait été d'arrêter les Rascals. Quel souvenir te revient quand tu repenses à cette époque ?

Pour remettre dans le contexte, j'étais jeune, j'avais la vingtaine. C'est toujours difficile de casser une routine ou de changer de vie à cet âge-là. Mais je ne regrette pas d'avoir arrêté, ça m'a mené là où je suis aujourd'hui. Même si ça ne semble plus vraiment fou maintenant, c'était une décision osée à l'époque. C'était audacieux et courageux et je suis fier d'avoir suivi mon instinct quand les gens me disaient le contraire. Mais je m'en fiche, je leur ai prouvé qu'ils avaient tort !

Je sais que tu es fan de Liverpool (même si, enfant, tu étais plutôt fan de Man U), et ici tu es à Paris, champions d'Europe en titre. Deux villes, deux grandes équipes de football, c'est quoi tes pronostics sur l'issue de la Ligue des Champions cette année ?

C'est quand le match ? (Rires) Je dirais Liverpool gagnant pour le match aller !

Paris c'est aussi un public d'une fidélité sans nom depuis des années pour toi. Qu'est-ce que ça fait de revenir chaque année avec ce public qui est toujours au rendez-vous, presque comme un vieil ami ?

Le public parisien m'a toujours soutenu. Preuve en est, c'est complet ce soir ! Et la France en général a toujours été très présente. Je pense que c'est le pays européen dans lequel on a fait le plus de concerts pendant la tournée, avec pas loin de sept dates. Pour être honnête, j'aime autant la France que mon pays, il y a une connexion ici, vous me comprenez... Sans doute plus que chez moi ! (Rires)

Concernant tes futurs projets, j'ai cru entendre que tu souhaitais refaire un album à Nashville si c'est possible ?

Oui, c'est l'idée, on en a déjà parlé avec Dan. Je le rejoins en avril pour quelques concerts aux États-Unis, ce seront mes premiers concerts solo aux US. C'est encore un nouveau chapitre qui s'ouvre ! On verra pour la suite, j'en veux encore plus de Walk On The Ocean !

Interprète: Marion Di Meo