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Cardinals

Interview publiée par Laetitia Mavrel le 12 février 2026

En novembre dernier, nous rencontrions Cardinals pour la première fois juste avant leur concert au Point Ephémère à Paris. Ces derniers, originaires de Cork, nous avaient déjà fait grande impression en 2024 avec leur premier EP éponyme, ce dernier figurant alors dans le Top 10 de la rédaction.

À la suite de leur toute première prestation parisienne alors au festival They're Gonna Be Big au Supersonic fin 2024, ce sentiment n'a fait que se renforcer. C'est lors de la sortie de leur single Masquerade que Cardinals venaient se produire à Paris pour la seconde fois, afin de roder quelque unes de leurs nouvelles chansons à paraître dans leur premier album Masquerade, à découvrir dès le 13 février.

Bienvenus de nouveau à Paris ! Nous sommes fiers à Sound Of Violence de vous suivre depuis vos débuts, et nous avons été très surpris d'apprendre que vous officiez en première partie des Kings Of Leon il y a quelques semaines (ndlr : lors du concert des Américains à l'Adidas Arena le 5 septembre). Comment cela est-il arrivé ?

En fait, ça s'est décidé presque au dernier moment, ça a été une belle surprise pour nous aussi !

Cela fait donc quelques temps maintenant que l'on vous écoute et qu'on vous suit sur scène, comment pensez-vous avoir évolué depuis vos tous premiers singles parus ?

Nous avons définitivement évolué, pris de l'expérience et notre musique a mûri avec nous. Evidement, comme nous somme encore dans la vingtaine, on peut naturellement penser qu'évoluer est normal, mais ce sont surtout toutes les opportunités qui nous ont été offertes qui nous ont fait mûrir et progresser dans notre travail. Sortir un EP n'est pas la même chose que préparer un premier album. Et tourner avec tant de super groupes, ça a joué sur nos propres concerts. Nous nous sommes affirmés en live.

Vous donnez des concerts depuis longtemps ?

Oui, nous avons toujours joué ensemble, dès le départ. Nous avons donné beaucoup de représentations dans notre ville, c'est la meilleure façon de se mettre le pied à l'étrier.

La scène irlandaise du moment semble dominer le petit monde du rock indé. On ne fait que découvrir, année après année, de nouveaux talents irlandais tels que SPRINTS, Just Mustard, Basht., YARD ou Chalk... la liste est encore longue. Parmi eux, beaucoup viennent de Dublin. Vous semblez bien mettre en avant le fait que vous concernant, vous venez de Cork. On y trouve quelque chose de particulier musicalement parlant ?

Tu sais, la musique y est très différente de celle que l'on peut trouver à Dublin, et surtout celle qui a émergé à l'époque, il y a six ou sept ans maintenant. Les gens à Cork ont leur propre identité, ils ne souhaitent pas qu'on fasse absolument l'amalgame avec Dublin car nous avons des racines bien à nous tant musicalement que culturellement. Le mode de vie, lui surtout, est très diffèrent. Tous les groupes à Cork se sentent égaux entre eux, pas comme à Dublin. Et dans les provinces, il faut travailler deux fois plus pour se faire entendre, se faire reconnaître...

Oui, c'est pareil ici en France. Il n'y a pas qu'à Paris qu'on fait de la bonne musique, mais c'est semble-t-il toujours plus facile de trouver des opportunités dans les villes capitales. A propos de votre album à paraître, j'ai lu dans la presse britannique une interview très intéressante : vous expliquiez que depuis l'EP, vous avez réellement senti une différence dans votre musique, que vous ne composiez plus du tout de la même façon...

Tout à fait, et les gens s'en rendront compte eux même à l'écoute de l'album. Il y a une véritable cohésion, et grâce à tous ces concerts faits depuis, ça a été encore plus facile de composer un album en entier, tous ensemble. C'est aussi ça d'avoir mûri, nous nous comprenons et nous travaillons ensemble de façon naturelle.

Vous revenez des Etats-Unis où vous avez fait une petite tournée, je suis curieuse de savoir comment le public vous a accueilli là-bas, quelle a été sa réaction face à votre style tout de même très Irlandais ?

C'était génial, tout est énorme aux Etats-Unis, et le public change d'une ville à l'autre, entre New York, San Francisco ou Los Angeles. C'est totalement différent de jouer en Europe ou au Royaume-Uni.

C'était votre première fois là-bas ?

Non, nous sommes déjà allés à New York, et nous avons déjà joué dans un festival au Texas, à Austin. Mais là, c'était notre première tournée américaine.

Je me rappelle avoir échangé il y a quelques années avec Squid qui me disaient que lorsqu'ils jouent aux Etats-Unis, on les considère presque comme « exotiques », car ils sonnent très « européens » aux oreilles des américains. Est-ce que vous avez eu cette impression, que vous dégagiez aussi une « touche » européenne singulière ?

A la différence de Squid, nous partageons plus de points communs avec le rock qu'on peut faire en Amérique. On nous trouve des points communs avec des groupes qui sont reconnus là-bas, on parle de punk, de goth rock, comme Joy Division auxquels on nous a comparés. Il y a un courant européen très écouté aux Etats-Unis.

Est-ce que votre côté irlandais leur plait ?

On nous a classés comme groupe folk. Oui, c'est définitivement l'accordéon dans notre musique qui marque. Grâce à ça, on ne nous colle pas d'étiquettes du genre « britpop ». Les gens ont déjà entendu un de nos singles sur les plateformes, donc quand ils viennent nous voir ils savent que l'on a de l'accordéon, et donc ça ne semble pas les choquer plus que ça. L'accueil a été très chaleureux.

Le fait de jouer « en famille » facilite-t-il la cohésion dans votre travail de composition (ndlr : le groupe est composé des frères Euan et Finn, leur cousin Darragh, accompagnés de leurs amis Oskar et Aaron) ?

Tiens, nous ne nous sommes jamais vraiment posé la question ! (rires) c'est vrai que nos répétitions ressemblaient plus à des réunions de famille. Ça aide peut-être pour pour certains d'entre nous, le lien familial. C'est un peu dans cet esprit que nous avons composé les titres, l'esprit de famille.

Revenons à l'album à paraître, Masquerade. De quelle mascarade parle-t-on ici ?

Ça parle de la dualité qu'on exerce tous, tout le temps. Je pense qu'en découvrant les morceaux et leurs thèmes, les gens s'en rendront vite compte. Ce qu'il y a à la surface, et ce qui se terre en dessous, dans chaque personne. C'est ce qui nous définit tous de nos jours.

En 2024, votre EP a été un de mes deux coups de cœur de l'année. Le côté mélancolique et furieux à la fois, et surtout cette note qui nous évoque de la musique folklorique irlandaise, ça sortait du « tout venant » post-punk que l'on entend depuis quelques temps déjà...

Et nous en sommes très fiers, nous revendiquons cette identité irlandaise, et nous sommes ravis qu'elle résonne chez d'autres personnes qui, elles, ne sont pas irlandaises.

Toujours dans cette interview lue précédemment, vous annonciez espérer ne pas trop sonner « paddy ». Vous pouvez m'expliquer ce que vous voulez dire par là ?

Oui, en effet (rires). Il y a toujours en Irlande une contradiction, nous sommes fiers de notre pays mais certains aspects de notre identité irlandaise nous viennent des effets du colonialisme anglais et du catholicisme. Il y a encore de la honte liée au sentiment d'être irlandais, c'est assez compliqué pour certains. Mais la musique est riche, et elle s'accommode très bien avec l'indie rock.

On retrace maintenant l'explosion du rock irlandais à des groupes comme Fontaines D.C. ou The Murder Capital, vous vous sentez liés à eux ?

Ils ont définitivement tracé un chemin pour le rock irlandais. Un groupe comme Fontaines D.C. est devenu un très bon ambassadeur de notre pays et ce qu'ils ont fait avec leur dernier album est très intéressant, très aventureux. Et surtout ils utilisent leur renommée pour passer des messages, notamment pour la Palestine, et c'est très important de le faire à leur niveau.