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The Damned

Interview publiée par Pierre-Arnaud Jonard le 9 février 2026

The Damned ont sorti récemment un très bon album de reprises 60's en hommage à leur membre fondateur, Brian James, disparu l'an dernier. Un disque qui reflète les goûts musicaux de cet excellent guitariste. A l'occasion de leur concert à Paris, nous avons pu nous entretenir avec leur mythique batteur, Rat Scabies.

Comment vous est venu l'idée de faire cet album en hommage à Brian James ?

La mort de Brian a été un choc. Elle nous a profondément attristés. Nous avons eu envie de lui rendre hommage à travers les artistes qui l'ont influencé et nous ont influencés. Nous avons choisi des morceaux qui étaient dans l'esprit de celui de Brian comme Making Time des Creation ou Pink Floyd de la première période. Nous ne sommes pas des fans de ces derniers et Brian ne l'était pas non plus mais il adorait Syd Barrett, et c'est pourquoi nous avons fait cette reprise de See Emily Play. H3>A propos de See Emily Play, avez-vous pensé à la version de David Bowie sur Pin Ups, son disque de reprises ? Pas du tout. On nous le demande tout le temps et c'est justement du fait qu'on nous le demande que nous avons tilté sur le fait qu'il l'avait lui aussi jouée en son temps.

Vous aviez déjà sorti un album de reprises 60's sous le pseudo de Naz Nomad And The Nightmare avec les Damned dans les années 80. Vous aimez beaucoup la musique des 60's ?

Oui. Il y a beaucoup de similitudes entre le rock garage et le punk : la liberté ou la naïveté par exemple. Il est parfois difficile de jouer au même niveau que celui de tes héros. Le garage et le punk sont des musiques basiques. Tout le monde peut en jouer. C'est plus facile que de jouer du Eric Clapton ou du rock progressif.

Généralement les gens pensent que le punk est arrivé en réaction à la musique qui précédait, mais les groupes punk appréciaient les groupes 60's...

Le rock progressif était difficile à comprendre. Nous n'étions pas contre les dinosaures en tant que tels mais plutôt de ce que ses artistes étaient devenus, comme Bob Dylan ou Pink Floyd. Pink Floyd étant passés de l'avant-garde de leurs débuts à Dark Side Of The Moon. Le punk a été un mouvement intéressant parce que chaque groupe était différent : les Clash ne sonnaient pas comme les Sex Pistols et, nous, nous étions également différents de ces deux groupes.

Vous avez sorti le premier single punk en Angleterre avec New Rose...

Oui. Nous avions une approche un peu différente de celle des autres groupes. Et nous tournions plus qu'eux.

Cela a été facile de faire le choix des morceaux pour ce disque ?

Très. Nous avons choisi les artistes que Brian avait plaisir à écouter.

Je connaissais la version des Fuzztones de You Must Be A Witch mais pas l'original...

C'est un super morceau. Très garage et avec une belle dynamique. Et en plus il convient parfaitement, avec son côté gothique, à la voix de Dave.

L'album se termine par The Last Time des Rolling Stones...

Cela reflète bien l'humour de Brian. Il chantait souvent « this could be the last time, maybe the last time », sachant que tout cela peut s'arrêter à tout moment. Brian adorait les Rolling Stones, surtout Brian Jones.

Tu avais joué avec lui avant même les Damned, dans London SS...

Ce n'était pas vraiment un groupe mais, oui, nous jouions ensemble dans ce projet. Nous avons toujours été proches tout au long de notre vie. Parfois il arrivait que nous ne nous voyions pas des mois durant mais nous avons toujours été en contact. Je regrette que nous n'ayons pas pu nous voir à la fin alors qu'il travaillait sur un nouvel album.

Quand tu as continué avec les Damned et que lui est parti et a fondé les Lords Of The New Church avec Stiv Bators, vous continuiez à vous voir souvent ?

Nous nous voyions, oui. J'aurais aimé que nous nous voyions plus souvent. Quand tu es dans un groupe, tu es tout le temps sur la route et c'est parfois difficile de faire coïncider les agendas. Mais avec les Damned, nous avons parfois tourné avec Lords Of The New Church.

Brian n'a joué que sur les deux premiers albums des Damned mais son empreinte sur le groupe est très forte...

Absolument. Il m'a éduqué à la musique, me faisant découvrir les Stooges, le MC5, Creation...

Après son départ la musique des Damned a changé...

Oui, c'est vrai. Nous avons expérimenté d'autres choses.

Même si vous étiez des punks Brian et toi, vous étiez aussi branchés jazz. Je sais qu'il aimait beaucoup Cecil Taylor par exemple...

Avant le blues, il y avait le jazz. Pour Brian, John Coltrane et les Stooges c'était la même chose : le même esprit, la même attitude.

J'ai été étonné qu'il n'y ait pas de reprise des Who sur ce disque car ton jeu de batterie sur certains morceaux me fait penser à celui de Keith Moon. Il t'a influencé ?

Il a influencé tous les batteurs. N'importe quel batteur aime Keith Moon.

Tu es revenu dans les Damned l'an dernier après quarante ans sans avoir joué avec le groupe. Comment cela s'est-il passé ?

Cela a été étrange mais cela a été quelque chose de positif. Je faisais des sessions de batterie par ci par là. J'ai fait la tournée avec les Damned l'an dernier et cela avait été un très beau moment. Retourner en studio avec eux pour cet album a été un vrai plaisir. Il y a une vraie connexion entre nous.

J'ai l'impression que vous vous éclatez toujours autant sur scène ?

C'est normal. Cela doit être ainsi, sinon cela n'aurait aucun intérêt.

Vous avez une énorme tournée prévue cette année...

C'est très bien parce que plein de gens n'ont jamais vu ce line-up sur scène. Et nous, nous avons toujours autant plaisir à jouer. C'est idéal pour tout le monde.

Vous avez toujours beaucoup joué en France. Vous étiez à l'affiche du premier festival punk à Mont-de-Marsan et, quarante ans plus tard, vous y jouez toujours souvent...

Les Français étaient, plus que d'autres, à fond dans les Stooges. Ils aimaient la simplicité de la musique pop. J'aime beaucoup la France pour ça. J'aime y passer du temps. En Angleterre les gens sont souvent à fond dans la pression de leur carrière. Ici les gens sont plus cools. Et puis vous avez du bon vin, de la bonne nourriture. C'est agréable de passer du temps en France.