Courir d'un bout à l'autre de Brighton pendant le Great Escape, et entre deux concerts prendre une pinte avec THEATRE, la relève du rock irlandais, si d'une relève il y avait besoin. Quelques heures avant leur concert au festival et la veille de leur passage à Paris pour la Block Party, nous passons quinze minutes avec la chanteuse Maeve O'Shea, le batteur Sean Storan et le guitariste Dara Gooney pour en apprendre plus sur le groupe, ses origines, la longue tournée en première partie de Gurriers et ce premier EP de dream-rock gothy sorti ce vendredi, nom de code Incarnate.
Je vous ai vu à Paris au Petit Bain en décembre, avant Gurriers, comment c'était ?
Sean : C'était super fun ! On n'avait jamais joué sur un bateau avant. Ça tanguait, c'était marrant.
Je suis désolé, je vais vous poser les questions de base, mais pour le moment on ne trouve encore rien sur vous sur Internet ! Comment vous avez démarré le groupe ?
Sean : J'ai rencontré Maeve à l'université il y a quatre ans, et j'étais déjà dans un groupe à ce moment-là. Les membres allaient et venaient, et on cherchait un ou une nouvelle chanteuse. Et je savais que Maeve chantait parce qu'on s'était rencontrés à une session musique dans un pub, où on allait avec des amis de la fac. Donc je l'ai invitée un jour pour une jam session, elle est restée et quelques temps après Dara nous a rejoint. Dara : Je voulais rejoindre un groupe, et Maeve et Sean avaient déjà des plans de monter ce qu'allait devenir THEATRE. Quand j'ai entendu ça via des potes, je les ai contactés par téléphone et j'ai commencé à venir aux répétitions. Oscar, notre autre guitariste, nous a rejoints peu après ça. Et notre dernier membre, Gerry, à la basse, est arrivé il y a environ dix-huit mois. Les gens se sont vraiment pointés au fur et à mesure.
Vous venez de Limerick, c'est ça ?
Sean : Je viens de Limerick et Oscar aussi, oui. Maeve : Je suis allé à l'université là-bas. Donc j'y suis resté cinq ans. Et Gerry était à l'uni à Limerick aussi, avant qu'on le connaisse. Et Dara vient d'une ville du coin. Dara : J'ai passé pas mal de temps à Limerick avec ma famille donc je connaissais plutôt bien la ville. Mais je n'y suis jamais trop resté avant de rencontrer le groupe.
Et comment on lance un groupe à Limerick ? Il y a une scène qui vit et tout ?
Sean : Oui, clairement on doit rendre à Limerick d'en être arrivés là où on est. C'est la ville qui nous a donné la scène pour être vus, les bons outils pour lancer un groupe, des salles et des gens qui sont venus nous voir jouer. Parce que Limerick c'est tellement petit que tout le monde se connait, tu vas toujours voir tes potes jouer ou tu fais leur première partie. C'est très DYI mais les gens s'entraident vraiment. Dara : Il y a ce truc où quand un groupe joue son premier concert tout le monde est au courant, tout le monde se hype pour ça. Donc de débuter à Limerick tu pars avec un vrai soutien dès les premiers mois, ça aide beaucoup moralement.
Je vous pose la question parce que, pour être honnête, je pense qu'en France 99% des gens connaissent seulement Dublin. Et est-ce que la vague de groupes irlandais qui explosent récemment vous a aussi poussés à vous lancer là-dedans ?
Dara : Oui, ça ne nous a pas forcément influencés, mais de voir le mouvement se produire nous a donné confiance dans ce qu'on était en train de faire. De voir qu'il y avait des groupes de villes autour de nous qui marchaient bien, ça nous a fait nous dire, pourquoi pas nous ? Maeve : Dara, toi aussi tu as influencé le groupe à ta manière. Tu nous as montré qu'on pouvait travailler plus dur et sortir de Limerick, peut-être donner des concerts à Dublin et grandir un peu. Tu as été une véritable force pour ça.
La première fois que j'ai écouté votre musique j'ai très vite pensé à NewDad, qui sont très proches géographiquement, à Galway. Est-ce que les groupes se connaissent tous bien en Irlande, ou c'est juste des coïncidences et des théories de journaliste ?
Dara : Moi et Sean on écoutait pas mal leur musique quand on trainait ensemble à Limerick, donc oui c'est un groupe qu'on a toujours bien aimé. Maeve : Par contre on ne les connait pas du tout. Dara : Ils sont venus à un de nos concerts à Londres, ils sont venus dire bonjour et tout, mais c'est tout ce qu'on connait d'eux. Sean : Leur guitariste, c'est assez drôle, a suivi le même cursus que moi à la fac. A quelques années d'écart. Dara : C'est un beau fun fact. Et c'est vraiment des gens très sympas.
OK donc on est bien sur des théories de journaliste ! (rires) Ceci dit, vous avez fait une tournée européenne avec Gurriers. Comment c'était de partir faire une vraie tournée hors d'Irlande et du Royaume-Uni ?
Dara : C'était trop bien. Notre première expérience de tournée c'était au Royaume-Uni déjà avec Gurriers, et c'était en soi une expérience incroyable. Ça a été un tel succès de notre côté, et du leur, qu'ils ont voulu nous amener à un autre niveau. Ils nous ont proposé de faire quelques dates en Europe, c'était une nouvelle étape qu'il restait à explorer et qu'on n'aurait pas pu atteindre aussi vite sans leur aide et leur soutien. C'était trop marrant de voyager, de voir de nouvelles villes, des cultures différentes, et de jouer tous les soirs bien sûr !
Vous avez appris des choses sur vous-mêmes et le groupe pendant cette tournée ?
Maeve : Tellement... A chaque fois qu'on part pour une tournée de plus en plus longue, où on est coincés dans une petite voiture les uns avec les autres pendant des heures, on apprend et se comprend de plus en plus à chaque fois. Mais en Europe ça ne semblait pas si différent des tournées au Royaume-Uni ou à la maison. Il y avait juste la barrière de la langue ici et là, mais c'était marrant. On a appris quelques phrases pour s'en sortir. Sean : Pendant la tournée on a appris à prendre soin les uns des autres, pour faire en sorte qu'on ne soit pas juste là à travailler ensemble, mais qu'on sache aussi vivre ensemble. Parce qu'au final c'est ce qu'on fait la majeure partie du temps en tournée. On joue et on travaille une ou deux heures pendant les balances et le concert, mais le reste du temps on vit ensemble, donc vu le ratio il faut qu'on soit capables de vivre ensemble pendant des semaines et qu'on ait envie d'y retourner.
Et les gars de Gurriers vous ont donné des conseils, ont cherché à vous aider, en vous donnant des retours après les concerts, ce genre de choses ?
Maeve : En vrai pas toujours, mais on a eu de la chance avec Gurriers que eux nous filent plein de conseils, comment garder la tête claire pendant une longue tournée, tout ça. Des choses super utiles. Dara : Ils n'avaient pas forcément à le faire, mais je crois qu'ils ont vu un potentiel en nous et qu'ils voulaient juste nous donner tous les conseils qu'ils auraient voulu qu'on leur dise plus tôt, quand ils ont commencé. C'était un super sentiment d'avoir des genres des mentors. Maeve : Dan de Gurriers appelle ça grimper à l'échelle, spécialement pour la scène irlandaise. Si tu réussis à atteindre des endroits avec ton propre groupe, c'est un juste rendu que de trouver des gens plus jeunes, avec moins d'expérience et les aider à grimper à l'échelle avec toi. C'était vraiment leur attitude pendant toute cette tournée.
Vous avez grandi en tournée, et là vous sortez de l'enregistrement de votre premier EP, Incarnate. Vous avez aussi appris et grandi en studio par rapport au live ?
Sean : Ce sont deux mondes différents. D'un côté tu bouges beaucoup tout le temps, et de l'autre tu stagnes toute la journée dans un studio. Maeve : Nous sommes tous des gens très différents, mais je crois que les tournées vont plutôt bien au groupe. On aime avancer, et aller de villes en villes sans arrêt. Là où je trouve le studio plus difficile, de rester dans la même pièce un très long moment, et au bout de trois jours tu chopes le syndrome de la cabane (ndlr : cabin fever en anglais) et tu commences à devenir dingue. Dara : Le studio c'est un peu une bataille mentale. Maeve : C'est genre des muscles dans ton cerveau dont tu avais oublié l'existence qu'il faut réactiver et faire bosser au maximum pendant une semaine. C'est un autre sport. Là où tourner c'est physiquement épuisant, le studio c'est mentalement exigeant.
Et vous êtes confiant pour l'EP ? Parce que moi oui !
Sean : On est giga excités de sortir cet EP. On a travaillé dessus et on est assis sur certaines chansons depuis près de deux ans, et le moment est venu de les sortir pour de bon. Après beaucoup d'évolutions, de versions, de ravalements de façade pour certaines, mais là au moins c'est figé et c'est disponible !
Et après ça, vous avez des étapes en tête qui arrivent ?
Maeve : Ah, on ne peut rien dire ! (rires)
Mais vous planifiez un peu quand même la suite ? Ou vous profitez du moment ?
Dara : On profite du moment c'est clair, mais de toute façon où qu'on soit on est toujours en train d'écrire, de parler musique, de faire des plans, d'imaginer des trucs ensemble. Mais il faut essayer de profiter au moins pendant la sortie, et on verra bien ce qui arrive derrière.